A M. LACROIX, LIBRAIRE A PARIS
Vcytaux, 28 janvier 1807.
Cher Monsieur,
M. Schérer doit recommander à votre attention les Souvenirs d'un ex-officier (1812, 1813, 1814 et 1815). Il semble donc bien inutile que je joigne la moindre explication à l'avis d'un homme si autorisé et si parfaitement compétent. Je veux pourtant, vous dire que, ayant entendu la lecture du manuscrit, j'y ai pris le plus grand intérêt. C'est l'histoire toute personnelle d'un simple lieutenant à travers les dernières guerres de l'Empire. Cette histoire est celle de quelques millions d'hommes. C'est beaucoup qu'un Erkmann-Chatrian qui peut dire: «J'ai vu, j'ai fait, j'ai senti telle chose à Bautzen, à Leipzig, à Waterloo. »
Dans nos temps où l'on a le cauchemar de la guerre, les impressions d'un jeune officier de 1812 ne sont pas sans actualité, tant s'en faut. Le style est net, franc, plein d'entrain; et, ce qui n'ôte rien à l'originalité, ce jeune officier est aujourd'hui l'un des plus vénérables et des plus éloquents pasteurs de l'église de Genève. Seulement le rabat ne parait point sous l'uniforme. Voilà mon jeune
auteur (célèbre en Suisse par ses sermons) et dont je voudrais bien vous voir éditer les commentaires en un petit volume. Je croirais faire un joli cadeau au public. Recevez, etc.
EDGAR QUINET
DC
A M. BULOZ A PARIS
Veytaux, 4 février 1867.
Mon cher Buloz. Beaucoup de bruit pour rien ! Il ne m'a pas été possible de vous écrire plus tôt. J'imprime en ce moment la défense de m2L Révolution. J'ai été obsédé de mille détails.
Ah! mon Dieu! Quelle querelle me faites-vous! Ces articles, France et Allemagne, étaient sur un ton polémique qui ne convenait guère à la Revue. Vous m'auriez certainement ajourné d'une quinzaine ou deux. Et il s'agissait de paraître sur-le-champ. Souvenez-vous que vous avez tardé neuf ou dix mois à publier la Philosophie de rHistoire de France, Marnix, etc, etc. Le moindre ajournement de ces articles politiques leur ôtait tout à-propos. Il n'y avait donc pas à hésiter. Cet été, je vous ai rappelé que j'avais prévu, en 1831, dans la RevuCyhs événements d'Allemagne. C'était chose à con-
gtater. C!oinme vous ne m'avez pas répondu à ce sujet, j'en ai conclu que vous ne vous souciez pas de rentrer avec moi dans cette forêt Noire. Je répète d'ailleurs que ces articles n'étaient pas dans le ton de la presse française en général. Ils vous auraient offusqué et nous auraient donné par là, à vous et à moi, beaucoup de soucis. J'ai agi sagement de nous les épargner. Au lieu de m'adresser des reproches, vous devriez bien plutôt me féliciter d'avoir pu glisser quelques vérités utiles dans une époque où il est SI difficile de parler.
Pendant que vous récriminez à tort, je travaille; il s'agit d'un sujet qui ne peut vous donner, ni à vous ni a moi, aucun embarras. Je pense avoir deux ou trois feuilles très pacifiques, et où le plus méchant ne pourrait trouver à mordre.
Voyons! pourquoi ne diriez-vous pas un mot de ma France et Allemagne que vous avez dû recevoir? Ce serait l'occasion de rappeler que c'est dans la Revue que, il y a trente-six ans, j'ai montré l'avènement de la Prusse.
Adieu. Paix et bonne humeur!
Tout à vous.
EDGAR QUINET
DCI