‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 109 sur 233 · A THANN · texte numérisé non relu

A THANN

Veytaux, iO février 1867.

Chère Mademoiselle,*

Ah! la belle surprise! Elle dure. encore! et j'ai voulu vingt fois vous en remercier.il aurait fallu nous voir ouvrir celte grande caisse. Madame Cantacuzène tenait le marteau et frappait à grands coups ; ma femme tenait les tenailles, et moi, que faisais-je ? Vraiment, peu de chose. J'allais, je venais, je soulevais une planche, j'étais la mouche du coche.

Enfin, la caisse s'ouvre. Voilà donc Thann! La ville de

notre chère famille Kestner ! Mais songez à notre embarras. Où trouver la maison qui renferme tant de personnes que nous aimons ? — « C'est ici ! dis-je, sur ces hauteurs, parmi ces arbres noirs. — Non, dit madame Cantacuzène, c'est ici, plus bas, près de la rivière. — Vous vous trompez, s'écrie ma femme; c'est là-bas, là-bas, vers ces murs blancs, jd Elle avait raison, comme toujours. Arrive heureusement Bergeron, qui met fin à nos incertitudes, en nous montrant au loin de petits peupliers, vos plus proches voisins. Il s'est même fait fort de nous montrer le bout du toit de madame Charras. Depuis ce moment, nous allons bien souvent nous promener de ce côté, à travers ces peupliers'. Vous nous y avez certainement rencontrés. Mais vous ne nous avez pas vus ; car vous pensiez à autre chose.

Les deux photographies nous font de fréquentes visites.

L'une d'elles, qui est assise, est une personne du monde, très distinguée, mais qui nous témoigne un peu d'indifférence. L'autre est debout, excellente, cordiale. C'est une très ancienne connaissance, et j'allais presque dire une amie, à laquelle nous adressons tous nos meilleurs vœux pour elle et pour tous les siens.

Et j'allais oublier le portrait de la cathédrale!

Adieu, chère Mademoiselle, croyez à tous les sentiments de vos deux solitaires de Veytaux.

EDGAR QUINET

DCVII

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