A MADAME MERLIN DE THIONVILLB A BRUYÈRES (VOSGES
Veytaux, 12 février 1867.
Chère Madame,
Voici la lettre pour M. G... Puisse-t-elle rendre service à H. Rigade. S'il est votre ami, il est bien près d'être le mien. J'ai toujours voulu écrire à monsieur votre fils. Qu'il soit certain que le mot dans la Convention : « Nous avons fait un pacte avec la mort! }> est bien de Bazire, comme je l'ai rapporté. Il l'a assez payé de sa vie. C'est son nom que donne le Moniteur,
En passant sous vos anciennes fenêtres, combien mes souvenirs vont vers vous et vers notre cher M. Merlin.
Adieu, Madame, mille vœux pour vous.
EDGAR QUINET
DCVIII
A M. HENRI MARTIN
Yeytaux, 12 février 1867.
Mon cher ami. Que n'aurais-je pas à vous dire sur vos sympathiques paroles à propos de la souscription italienne! Elles sont d'un véritable ami que l'absence n'a pas -changé. Je vous en remercie du fond du cœur. Ces paroles ont fait plaisir en Italie. On m'y demande votre adresse, et vous recevrez bientôt quelque témoignage de Brescia. Tamburini, celte âme rare, va vous envoyer la seconde édition de son ouvrage.
Ma Critique de la Révolution paraîtra ces jours-ci, et vous en aurez un des premiers exemplaires. Mon but n'a pas été de répondre à mes contradicteurs , mais d'établir l'esprit de la critique nouvelle, qui, selon moi, doit servir <le base à l'élude et à l'Histoire de la Révolution française.
N'est-ce pas, entre nous, une chose pitoyable de voir ces journaux qui s'appellent de l'opposition s'acharner contre moi, parce que je veux dégager de noire passé l'idéal dji Droity sans lequel nous périssons ? Il n'y a plus qu'une chose nouvelle à tenter pour nous: c'est de nous attacher au droit, à la liberté, dans le passé comme dans le présent. Osons donc faire cette grande et suprême expérience
LETTRES D'EIIL. 199
d'appliquer l'idée de justice à la Révolution, même lorsque nos passions en souffrent quelque chose. Voilà le seul chemin qui n'a pas été essayé. C'est la voie de salut qui nous reste. Cest celle où je convie tous les gens de cœur.
Il ne s'agit pas ici d'une polémique de circonstance, il s'agit d'un fonds de vérité, sans lequel la liberté ne sera jamais qu'un leurre en France et en Europe. Quand ils me déchirent, je sens qu'ils refont l'éternelle servitude et qu'ils déchirent la conscience.
Adieu, mon cher ami; soyez heureux si cela est encore possible. Pourquoi Genève et le lac vous attirent-ils si peu?
Votre
EDGAR QUINET