A M. ERNEST NAVILLE A GENÈVE
Vcytaux, 4 mai 18C7.
Cher Monsieur,
Un lumbago, qui m'a cloué fort désagréablement au lit, m'a empêché de vous remercier de vos brochures phi^ losophiques et politiques. Je les ai lues avec l'intérêt et l'attention que je mets à tout ce qui me vient de votre part. Il est vraiment impossible que l'espèce humaine reste dans ce désert moral où elle est arrivée. Elle cherchera tôt ou tard une issue ; et, ce jour-là, elle bénira ceux qui lui auront préparé le chemin, à leurs risques et périls.
En attendant, fai vu Vimpie adoré sur la terre, et, aussi longtemps que ce triomphe durera, n'espérons pas que la conscience et la morale survivent dans un grand nombre. Une douzaine de justes peut-être, c'est beaucoup ! N'en attendons pas davantage.
M. et madame Michelel viennent de nous arriver. Nous voilà retenus à Veytaux pour le mois de mai. Mille souvenirs affectueux de ma chère femme.
Recevez, cher Monsieur, etc.,
EDGAR QUINET
DCXXX
A M. A. DE GANDOLLE A GENÈVE
Veytaux, 5 mai 1867.
Monsieur,
A mon grand regret, une indisposition m'a empêché de vous adresser plus tôt, ainsi qu'à madame de Candolle, mes compliments sur le mariage de monsieur votre fils. Veuillez agréer aujourd'hui mes vœux que j'espérais aller vous porter moi-même. Mais l'arrivée de M. et de Madame Michelet nous retiendra ici tout le mois de mai.
Croirez-vous, Monsieur, qu'à force de vivre avec la Géographie botanique, j'ai été amené à rédiger ce que m'inspiraient les grands horizons que vous découvrez à chaque pas ? Avant de publier ces sortes de méditations, il me faudrait une bonne heure de causerie avec vous sous vos arbres du Vallon. Je ne sais quand cette heure désirée arrivera.
Recevez, etc.
EDGAR QUINET
LETTRES D'EXIL. 2âl