‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 126 sur 233 · A BRUNSWICK · texte numérisé non relu

A BRUNSWICK

Veytaux, £2 mai 1867.

Chère et excellente amie. C'est à vous que je veux jeter un cri de conscience. Vous êtes faîte pour Tenlendre.

Votre ami, M. Fichte, déclare, dans une lettre au Temps (21 mai 1867), que « Tauteur du Deux-Décembre acquerra la gloire d'avoir été pour la seconde fois le sauveur de la société européenne. »

Tant qu'il me restera un souffle de vie, je protesterai contre de telles paroles. Voilà donc que, au nom de la philosophie morale, le parjure, l'assassinat, le massacre, la basse perfidie, les proscriptions, le mensonge permanent, sont une gloire et consacrent le Sauveur de la société européenne! Cela me désole, chère et digne amie. Cet éloge du crime, dans la bouche d'un homme de bien, de l'un des représentants de la morale, est fait pour confondre et pour achever de pervertir notre époque. Il est donc bien vrai que, à cette heure, la conscience humaine est morte, puisque les philosophes en ont perdu la notion et qu'ils s'en font honneur. Dites, à l'occasion, à votre ami ce que j'aurais voulu lui dire, si je le connaissais. Blesser à mort la conscience humaine! Quel remords et quel deuil I

AdieUy chère et excelleate amie. Pardonnez-moi .ce cri da cœur. Ma femme vous aime et vous embrasse, et, moi, je suis votre dévoué à toujours.

EDGAR QUINET

DCXXXVII

Page 1