‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 127 sur 233 · A SIR PITER SMITH A LONDRES · texte numérisé non relu

A SIR PITER SMITH A LONDRES

Veytaux, 24 mai 1867.

Mon cher ami. Où èles-vous? et comment étes-vous? Il y a un mois que ma femme vous a écrit, et nous serions tout heureux d'avoir de vos nouvelles, car ce silence nous trouble. Nous commençons à nous inquiéter de votre santé. Pourquoi n'êtes-vous pas, en ce moment, sur notre tête, à Glion? Vous auriez été bien étonné de nous voir, aujourd'hui 24 mai, sous la neige qui couvre nos monlâgnes. C'est ce que nous avait prédit votre infaillible baromètre.

Vous aimez, cher ami, à savoir ce que nous devenons. Hélas ! nous ne le savons plus nous-mêmes. Imaginez que nous serons obligés de quitter notre maison de Veytaux, •que la propriétaire reprend pour son petit-fils ! Quel changement! et quel inconnu! Je n'aime pas à en parler. Nous cherchons et nous ne sommes pas encore fixés. Le plus probable est que nous nous refugerions à Ouchy, au

bas de Lausanne. Nous nous donnerons, je pense, le plaisir et la peine de prendre une maison qui n'aura que les quatre murs. Nous achèterons nos meubles, ce qui nous donnera un peu l'illusion d'être véritablement chez nous. Hais que de soucis dans ce bouleversement ! Je n'ose pas y penser. Voilà, cher ami, où nous en sommes. Dites-nous, de grâce, un mot sur vous, vos projets. Je vous aime et vous embrasse du fond de nos anciennes années 1830 et 1831.

Votre

DCXXXVIII

A M. L. CHALMETON A CLERMONT-FERRAND

Veytaux, Î9 mai 1867.

Monsieur,

Vos beaux vers, dont je vous remercie, trouvent ici un grand écho dans les libres rochers des Alpes. Je les relis au pied du château de Chilien, qui se connaît en poésie; ses vieilles tours me chargent de vous dire que vous leur avez rendu pour un moment le sourire et l'espérance. Continuez, Monsieur, d'évoquer de meilleurs jours. Ils finiront, je n'en doute pas, par s'éveiller et apparaître.

Recevez, Monsieur, etc.

EDGAR QUINET

DCXXXIX

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