A M. LEMONNIER A PARIS
Veytaux, 26 juin 1867.
Monsieur,
A mon grand regret, je n'ai pas vu notre ami M.Barni, et il est difficile de traiter ces grands sujets par correspondance. Je suis bien d'accord avec vous sur l'utilité et la nécessité de la paix, pour l'émancipation politique du peuple. Une réunion à cet égard, sous le nom de
Congrès, peut produire de bons résultats; mais, je vous l'avoue, la première condition, à mes yeux, c'est le concours formel des principaux représentants de la démocratie prussienne et allemande. Sans cela, que serait ce groupe formé presque entièrement de Français? Pour stipuler la paix, vous avez senti qu'il faut l'adhésion effective de ceux qui ont été si près de se faire la guerre. Les Allemands et les Prussiens (je veux dire la gauche prussienne) viendront-ils? agiront-ils réellement? J'en doute, et cela m'empêche de prendre la responsabilité d'un projet qui suppose leur adhésion entière. La gauche française ne peut manquer, vous le pensez. Monsieur, de signer la proposition de ce Congrès.
Ici je suis obligé de marquer nos situations respectives.
Je suis resté sur le terrain de la proscription ; il est tout opposé à celui de la gauche.
La gauche du Corps législatif reconnaît le gouvernement du Deux-Décembre. Je ne le reconnais pas.
La gauche du Corps législatif a prêté un serment auquel elle reste fidèle. J'en ai prêté un autre et je le tiens aussi.
La gauche du Corps législatif pense ou laisse penser que la liberté est compatible avec le gouvernement sorti du Deux-Décembre. Je pense exactement le contraire.
La gauche du Corps législatif veut l'amélioration de ce qui est. J'en veux l'extirpation.
Évidemment, avec des principes si opposés, nous ne pouvons, elle et moi, signer les mêmes actes. Croyez