‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 138 sur 233 · DCL · texte numérisé non relu

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A M. BARNI A GENÈVE

Veyttux, 27 juin 1867.

Mon cher ami. Quand je parlais de moi, je parlais aussi de vous. Je me plaignais précisément de ce que

vous ne savez pas plus que moi les détails de l'affaire. Si vous aviez pris Tinitiative, tout eût été très simple. Nous eussions causé entre nous.

Il s'agit pourtant d'une chose sérieuse.

Prendre sur soi une part de la responsabilité d'un Congrès universel t.. . Si l'on nous eût consultés, j'aurais demandé qu'avant tout, on s'assurât du concours d'un certain nombre de démocrates allemands. Là est le point. S'en est-on occupé avant de lancer le programme î C'est ce que nous ignorons absolument. Rien pourtant de plus indispensable. Car, si l'on n'a qu'un groupe de Français, comment prendre le titre de Congrès universel de la paix ? Et que signifiera cette paix, si elle n'est demandée avec autorité que par un seul côté, c'est-àdire par des Français ?

Je persiste à croire que les amis de Paris, dont je ne connais pas encore le nom, auraient dû correspondre avec nous et ne rien lancer avant de s'être assuré le concours de l'Allemagne. Relisez encore une fois mes observations, elles étaient autant pour vous que pour moi. J'ai la plus grande et absolue confiance en Versigny, aussi bien qu'en vous. Mais il y a tant de manières de donner par complaisance son nom! Tous les jours, ne voyons-nous pas faire telle demande, et, le lendemain, on écrit que de nouveaux renseignements changent l'état des choses. Croyez donc bien qu'en demandant des explications pour moi, j'en ai demandé pour vous.

Je souhaite de tout mon cœur le succès du Congrès. Je crois que l'on est allé trop sommairement, trop vite, à la décision, et, si je pouvais vous voir un moment, je compléterais ma pensée ...

Adieu, mon cher ami. Votre

EDGAR QUINET

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