A M. MERLE D'AUBIGNÉ
Veytaux, landi, décembre 1867.
Cher Monsieur,
Quelle vie! quelle éloquence!* quelle jeunesse! Vou nous prouvez votre texte par vos actions : Non, ce n*es pas le temps de dormir.
Ce que j'aime dans votre discours, c'est que voui laissez à la Réformation toute la grande significatioi que tant d'autres cherchent à atténuer. Vous osez encon l'appeler une Révolution.
Les mots ne vous font pas peur; vous avez conservé h bravoure d'esprit et de cœur et l'âme vigoureuse dei héros du x\V siècle. Rien de la petitesse des calcul! pharisiens de nos jours. Voilà mon premier sentiment sui une rapide lecture. Rien de plus entraînant que toute: ces pages sur l'arrivée de Calvin à Genève. C'est la vi( même.
Veuillez considérer, cher Monsieur, que c'est un homm( grippé qui vous écrit cette lettre à la hâte. Croiriez-vous hélas! que je ne connais personne au Journal des Débats: Ces messieurs me font de loin en loin l'honneur de m< donner en passant un coup de griffe plus ou moin
fourrée. Voilà mes seules relations aimables avec eux.
N'importe! Il ne sera pas dit que vous m'ayez offert l'occasion de vous être agréable et que je ne l'aie pas prise aux cheveux.
Je vais en conséquence écrire à M. Bersot, à Versailles, que je ne connais pourtant d'aucune façon. Il me semble, à tort ou à raison, un peu plus traitable qu'un autre. Et, s'il n'écrit pas les lignes nécessaires dans les Débats^ vous le lui pardonnerez plus chrétiennement que je ne ferai. Il faudra que votre libraire lui envoie sans tarder le discours.
Ah ! Monsieur, que vous me combleriez, de me prêter pour cet hiver votre Réforme de Genève! Je vous en remercie d'avance. Ma femme est très reconnaissante de votre souvenir, et moi, cher Monsieur, je vous envoie tous mes vœux et l'expression la plus cordiale de mes sentiments d'affection.
EDGAR QUINET
3U LETTRES D'IIIL.
DCXCV