A M. BERSOT, DE L'INSTITUT A VERSAILLES
Veytaux, 21 décembre 1867.
Monsieur,
Un de nos amis communs, M. Paillotet, m'a si souvent parlé de vous, que je croîs vous connaître, et je n'hésite pas à vous écrire dans la circonstance que voici.
H. Merle d'Aubigné, le célèbre et vénérable auteur de Y Histoire de la Réformation, vient de publier un discours qu'il a dû vous envoyer : Jean Calvin, un des fan. dateurs des libertés modernes.
M. Merle d'Aubigné désire naturellement et bien légitimement qu'il soit fait mention de son discours dans les Débats, Il ne demande que six lignes; mais il a plus de soixante et dix ans, et il n'a guère le temps d'attendre.
Voudriez-vous, Monsieur, donner cette satisfaction à ce digne vieillard qui reste encore sur la brèche contre le papisme, le parti prêtre et le despotisme, qui plaisent à tant d'autres?
Je vous en saurais, pour ma part, Monsieur un gré tout particulier, et je saisis cette occasion de vous exprimer tous mes sentiments, etc., etc.
EDGAR QUINET
DCXCVI
A M. X...* A PARIS
Veytaux, 24 décembre 1867.
Monsieur et ancien collègue,
Je ne sais si vous vous souvenez de moi, tant il s'est passé de choses, depuis no s anciennes réunions du Collège de France. Pourtant je prends la liberté d^ vous écrire, sur la demande d'une des plus honorables familles de Genève, à laquelle je ne puis rien refuser.
M. Sarasin, président du Consistoire de Genève, désire beaucoup que son fils, étudiant en droit à Paris, ait l'honneur de vous connaître, et il pense que je puis vous le présenter. Je serais heureux, Monsieur et ancien collègue, que vous voulussiez bien accepter cette présentation de ma part, et autoriser cet intéressant jeune homme à vous offrir ses respects le jour où vous recevez et où il serait sûr de ne pas vous déranger.
Croyez, Monsieur, que personne plus que moi ne s'est réjoui de vos publications et de vos succès, qui sont ceux de la chose publique.
Agréez, etc.
EDGAR QUINET
1 . Cette lettre s'adresse peut-être à M. Littré, qui a écrit vers cette époque à Edgar Quinet.
DCXCVII
A M. FRIGYESI A GENÈVE
VeyUux, 27 ddcembre 1867.
Mon cher colonel,
C'est bien malgré moi que je n'ai pu vous répondre plus tôt. Votre lettre ainsi que votre visite m'ont fait grand plaisir. Je ne puis trop vous presser d'exécuter le projet d'écrire votre dernière campagne. Ce récit, de votre part, aura beaucoup d'importance et de succès. Vous servirez par votre plume la cause que vous venez de servir par votre épée. Que je vous trouve heureux!
J'ai dévoré la brochure de Delvecchio.il m'a demandé de lui écrire quelques mots pour sa seconde édition; ce que j'ai fait.
J'ai eu, indirectement et par divers côtés, des nouvelles de notre cher général. Il écrivait, par exemple, à M. Giorgio Pallavicino, il y a quelques jours :
Slo benino e procura nella mia solitudineydi dimenticare le vergogne délia povera Italiat... Si, povera! tre volte, povera Italia t
A une autre personne, il écrit : « Je ne songe point, pour le moment, à aller en Amérique. y>
Adieu, mon cher colonel. Achevez bien vile de vous rétablir.
EDGAR QUINET
DCXCVIII
A MADAME R
A PARISJ
Veytaiix, 30 décembre 1867.
Madame,
Voici encore une année qui s'engloutit. Que nous at-elle apporté? Je m'interroge, je me demande si j'ai bien fait tout ce que j'avais à faire. Car, enfin, ce temps ne reviendra pas. Ai-je profité de chaque instant pour montrer mon affection à ceux qui la possèdent? Ah! Madame, pourquoi ne puis-je pas retenir ces jours qui s'écoulent d'une manière si inexorable ? Il me semble que je n'en perdrais plus une minute.
Dans cette année 1867, je retrouve votre visite, comme un point lumineux. Vous souvenez-vous de ce chemin pierreux et de notre descente de la montagne, et de vos apparitions sous notre toit sombre? Ces jours-là reviendront, n'est-ce pas?
J'ai fait de longues visites à Venise * avec vous et votre cher mari. Quels bons moments passés ensemble dans celte Cour des Doges! Personne de ceux que nous aimons n'y manquait. Mais, Madame, j'ai peur que vou^k