‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 177 sur 233 · A M X. DE RICARD A PARIS · texte numérisé non relu

A M X. DE RICARD A PARIS

Vcylaux, 3 Janvier 1868.

Avant tout, cher Monsieur et ami, mille et mille bons vœux pour vous et votre avenir. Croiriez-vous bien que

je n'ai pas encore reçu le manuscrit que vous m'annoncez? Sans doute, il va m'arriver un de ces jours. Vous savez combien je m'intéresse à ce que vous faites. Votre lettre si excellente, si modeste, tranche avec Tesprit de notre temps ; elle augmente encore mon affection pour vous et mon intérêt pour vos œuvres. Cette dédicace sera, je n'en doute pas, un lien nouveau entre nous.

M. Joël Cherbuliez est un homme pour lequel j'ai la plus grande estime. Mais, si loin de Paris, est-il bien l'éditeur qui convient le mieux à votre ouvrage ? Vous avez eu, sans doute, quelque raison particulière pour vous adresser à lui.

Votre amitié fidèle m'est très douce, dans ma solitude d'ours de caverne. J'aurais été heureux de vous y voir. Ce jour ne viendra-t-il pas ?

Vous avez cent fois raison de ne pas attendre pour produire des temps plus favorables. Il faut profiter de l'heure qui nous est donnée, bonne ou mauvaise. Les plus tristes sont quelquefois les plus fécondes pour le poète.

Je me suis réfugié contre ces temps amers dans un ouvrage d'une nature nouvelle pour moi. Il s'achève et je m'en séparerai avec peine.

Je vous ai certainement écrit après la mort de monsieur votre père. Recevez encore une fois le témoignage de tous les sentiments qu'une si grande perte m'inspire.

Courage, espérance quand même, créations heureuses, joies de l'âme, sérénité d'esprit, voilà mes vœux pour vous.

Votre dévoué et affectionné

EDGAR QUINET

DCCIV

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