A MADAME RÉVILLIOD DE SELLON A GENÈVE
Veylaux, 8 janvier 1868.
D'où venez-vous fleurs bien aimées?
— Du Paradis et du Carmel Où les anges nous ont semées.
Nous t'apportons l'odeur du ciel.
Oui, Madame, ces fleurs me sont saintes et sacrées, puisqu'elles me parlent de votre amitié. Je ne sais ce qui m'a empêché de prendre sur-le-champ le chemin de fer pour aller vous remercier de votre lettre.
Oh non! Madame, ne croyez pas que je sois triste.
330 LETTRES D*£XIL.
Comment le serais-je, avec celte chère et parfaite âme qui est avec moi et qui ne m'a jamais quitté un seul jour ? Je demande seulement au ciel de me laisser les bien squ'il m'a donnés. Et, parmi ces biens, permettez-moi, Madame, de compter pour beaucoup votre affection. Je voudrais pouvoir vous témoigner la mienne autrement qae par mes paroles. Si vous en découvrez une occasion, elle sera un bonheur pour moi.
Peut-être ai-je une trop grand bâte de voir ici le règne de la justice. Je devrais savoir combien, dans tous les temps, il a toujours été lent à venir.
Veuillez, Madame, adresser encore une fois mes vœux, mes remerciements pour la précieuse boîte à mademoiselle Hortense, mon courageux complice du Congrès de Genève, et agréez, pour vous et pour tout ce qui vous touche, l'hommage de mes sentiments les plus dévoués.
EDGAR QUINET
DCCVII
A M. DESPOIS A PARIS
Veytaux, 13 jan>ier 1868.
Monsieur,
Remerciements de cœur et félicitations pour votre article sur le beau livre de Dufraisse. Vous comprenez les
exilés; ce qu'ils sont; ce qu'ils veulent. Leur mission est de se souvenir. Et franchement que deviendrait un peuple qui ne saurait qu'oublier? Il finirait par s'oublier lui-même. Rappelons-lui donc qu'il a existé, qu'il peut exister encore.
Mille bons vœux reconnaissants de votre dévoué
EDGAR QUINET
DCCVIII