‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 193 sur 233 · III · texte numérisé non relu

III

ut LETTRES D'EXIL.

Je me sentis alors dans Tim possibilité de me faire con-< naître et d'arriver jusqu'à vous.

Jugez de mon état d'esprit, c'était de l'indignation ; elle fut si grande que je me réveillai.

N'est-ce pas là, Madame, un beau retour dans ma patrie! Et mon nom qui s'efface sous mes yeux ne donnel-il pas à penser? Vous remarquerez au moins (et voilà l'important), que mon premier mouvement, ma première visite ont été pour vous. C'est là ce qui n'est pas une chose manquée. D'ailleurs, mon indignation a été si vive, que j'ai oublié de congédier ma voiture de voyage. Elle est bien certainement encore à votre porte.

Je vous parle d'un rêve, quand je devrais vous parler de PatU Forestier. Je l'ai lu certainement avec intérêt. Il me semble pourtant qu'il faut le jeu des acteurs pour donner le coloris et la passion qui manquent souvent à la pièce.

M. Renan s'est décidé à donner son jugement sur la France. Certes il a bien le droit d'être prophète. J'ai vu de lui, dans le journal le Temps, une prophétie de ruine sur notre malheureuse et lamentable Jérusalem de boue et de fumée. Ne voit-il pas un seul coin de bleu dans ce noir, et une fin à notre captivité de Babylone ? C'est ce que je désire bien savoir.

Gardez-moi votre afTection, elle m'est douce, elle m'est salutaire, elle m'est nécessaire. Quant à moi, ma belle action dans ce voyage que je vous ai raconté avec trop de détails est assez éloquente. Je ne la gâterai pas par d'inutiles paroles.

EDGAR QUINET

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