‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 207 sur 233 · A MADAME DITTMAR, NÉE MORE A DEUX-PONTS (BAVIÈRE RHÉNANE · texte numérisé non relu

A MADAME DITTMAR, NÉE MORE A DEUX-PONTS (BAVIÈRE RHÉNANE

Veytaux, 12 avril 1868.

Chère sœur. C'est aujourd'hui le jour de Pâques, et je veux commencer saintement la journée en t'écrivant. Si tu pouvais vivre quelques jours avec nous, tu verrais, à chaque instant de la journée, combien ta sœur bien-aimée Minna est près, au milieu de nous; tu verrais ses lettres, placées là, dans une boîte sous mes yeux ; et, dès que je sens le besoin de reprendre des forces, et de me renouveler, j'ouvre cette cassette, je lis quelques-unes de ces lettres, et il en sort toujours pour moi une puissance céleste qui m'élève au-dessus des travaux de la vie. Ma femme s'associe à toutes ces saintes pensées, à ce culte domestique.

Tu vois par là, chère sœur, si je te suis reconnaissant des lettres que tu m'as envoyées et qui s'ajoutent à mon

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^ésor. Je voulais pour te le dire une heure bien recueillie, et cette heure ne venait pas. En relisant ces lettres que je ne connaissais pas, j'y ai trouvé plus d'une fois un accent de mélancolie que Hinna n'a jamais eu avec personne autant qu'avec toi. Oh! que j'aurais voulu dissiper pour toujours ce fond de mélancolie qui était en elle!

Dieu merci, j'y ai souvent réussi. Mes souvenirs les plus vivants me l'attestent. Je la vois encore sourire, avec un rayon divin qui me remplit encore de joie, de reconnaissance, de bonheur, après quarante ans.

Ma force et ma paix, c'est de me dire que je l'ai vue heureuse. Oui, heureuse! En dépit des imperfections de celle terre.

J'ai besoin de te revoir, chère sœur, tu me parleras de ces jours passés. Il n'est pas un moment que je ne veuille recueillir. Tu as toujours été bonne et douce pour moi.

Tout ce qui le touche me touche. Le temps n'a rien pu sur mon cœur. Je te vois encore dans nos jours de Lichtenthal.

Ma tendre affection à tes enfants, à Emma. Mes meilleurs vœux à M. Stempel. Au revoir, chère sœur. Je t'aime et je t'embrasse; ton frèro

EDGAR QUINET

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