A M. TIERSOT A BOURG
Veytaux, 19 avril 1868.
Monsieur et cher compatriote,
Pour vous répondre, j'attendais de voir un peu plus clair dans le projet de dissolution. Les ténèbres continuant sur ce point comme sur tous les autres, je ne veux pas différer davantage.
Je puis au moins vous assurer que je suis entièrement de votre avis. Vous pensez avoir de grandes chances pour vos candidats. Cela résoud la question que je posais, il s'agit de présenter des candidats qui aient des chances de faire sortir notre département de la routine et de l'ornière où il est tombé depuis dix-sept ans. Ce premier point gagné et Thabitude servile une fois brisée, tout deviendra facile dans les réélections.
A ce point de vue, les noms de Thiers, Picard sont excellents, quand même ils devraient opter pour un autre déparlement. Ce qu'il vous faut, ce sont des noms puissants, appuyés de toute la France, capables par là de faire brèche dans ce mur de prison qui s'appelle aujourd'hui le département de l'Ain.
On me signale pour la troisième circonscription d'autres noms. Il est bien fâcheux que M. X... ait établi chez nous cet horrible état de siège de 1850. Peut-on prendre pour candidat celui qui vous a mis en servitude? Cela me paraît difficile. Toutes les lettres que je reçois de Bourg me montrent quelle nuit s'est faite! Ambérieux semble être à mille lieues de Bourg. Il serait important de se rapprocher. Par exemple, on m'écrit que la candidature de M. Thiers est une manifestation cléricale qui doit se produire dans vingt arrondissements. Votre lettre du 5 avril prouve évidemment le contraire, et, après tout, le plus urgent est de renverser les officiels. Sur cela point de doute.
Marchez donc, comme vous faites, sans hésiter.
A Bourg (toujours selon les renseignements que je reçois), on pense que l'arrondissement continuera, selon
400 LI!;TTKES D'EKIL
toute apparence, de n'avoir qu'un seul candidat, M. Lehon, dont l'élection est assurée, mais qu'une candidature qui ne blesserait pas les cléricaux pourrait obtenir une minorilé très respectable.
Ceci prouve, du moins, combien il est nécessaire de rétablir les relations entre les points différents du département. La servitude a fait cette dislocation et cette nuit. Je suis heureux, mon cher compatriote, des efforts <{ue vous faites pour ramener la lumière. Croyez bien, vous et vos amis, que je suis tout à vous. Vienne le moment! La lettre que vous demandez ne se fera pas attendre.
DCCLV