A M. DE BIÉVILLE A PARIS
Vcytaux-ChilloD, 20 avril 186S.
Monsieur,
Il m'est bien doux de vous remercier de votre sympathie pour mon Prométhée. Car, après trente ans, je me retrouve aujourd'hui tel que j'étais alors au fond de l'âme ; les événements se sont chargés de m'expliquer pourquoi je m'étais attaché à cette figure. Dans la réalité, nous sommes encore restés eux Prométhée enchaîné.
LETTRES D'EXIL. 40i
Mais le dernier acte suivra, je n'en doute pas. Et vous verrez le Prométhée délivré. Par quel Hercule? par quel Archange?Par vous tous qui avez conservé le souvenir du passé et la foi dans l'avenir.
Votre interprétation * si vive, si éclatante, prouve à elle seule que l'ancien feu sacré du Titan n^est pas éteint. La flamme vit encore, et vous et ceux qui vous ressemblent, vous servez à la propager. Espérons donc ! ! Cette longue nuit finira.
EDGAR QUINET
DCCLVI
A MADEMOISÇILLE MARIE DUGROT A CHAROLLES
Veytaux, 21 avril 1868.
Chère Marie. Plains-moi de n'avoir pu te remercier sur-le-champ de ta fidélité à te souvenir de l'anniversaire du 17 février. J'ai bien pensé à toi, tu n'en doutes pas. Tes bonnes lettres nous font grand bien. Nous nous entourons, en ce moment, des souvenirs de tous ceux qui nous aiment, pour traverser ce cataclysme du déménagement, et j'espère que tout se passera à merveille.
Ce n'est pas le moment de s'attendrir sur la maison que nous quittons. Nous serons raisonnables, et, quand je