‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 215 sur 233 · A M. AGÉNOH DE GASPARIN A GENÈVE · texte numérisé non relu

A M. AGÉNOH DE GASPARIN A GENÈVE

Veytaux, 2 juin 1868.

Monsieur,

Un déménagement (chose terrible pour moi!) autour de mon rucher de Chiilon, et une installation dans une nouvelle maison, avec toules les préoccupations de détail qu'un pareil changement a entraînées pour moi, voilà l'excuse que je vous prie d'agréer de mon trop long silence. Rien n'a pu m'empêcher de lire la Liberté morale au milieu de mon petit cataclysme. Mais il m'a été impossible de vous dire plus tôt tout ce que j'y ai trouvé de salutaire, de fortifiant. C'est une lecture à laquelle je reviendrai souvent. Je voudrais en faire mon bréviaire à certains

jours; ce n'est pas seulement un livre, c'est une expérience. On y senl ce qu'il y a de plus rare dans notre temps, le désir réel de faire du bien; et ce désir s'accomplit immanquablement. Car il est mêlé d'indulgence, de bonté, de pénétration. On se prête volontiers à un guide qui semble prendre sur lui la moitié de nos maux et de nos infirmités. Dans toutes ces pages, on respire la paix, surtout la vérité. Ce n'est pas seulement un auteur qui parle, c'est un ami, au moins un conseiller auquel on voudrait recourir dans les cas difficiles.

Voilà, Monsieur, ma première impression ; elle est douce et profonde. Je suis sûr qu'elle sera la même pour toute âme sincère.

Notre France est assurément bien malade. Vous faites mieux que découvrir la plaie. Vous versez l'huile et le baume, comme le bon Samaritain.

Ma femme est de moitié dans mes félicitations et mes remerciements.

Veuillez, Monsieur, agréer et faire agréer à niadame de Gasparin l'expression de mes sentiments les plus vrais, les plus dévoués.

Combien n'aurais-je pas à vous remercier du souvenir bienveillant que vous me donnez dans ce livre !

EDGAR QUINfiT.

418 LETTRES D'EIXIL.

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