A M. LIARD, A L'ÉCOLE NORMALE SUPÉRIEURE
A PARIS
Veytaux, 19 juin 1868.
Monsieur,
Je suis heureux de concourir pour ma petite part à la bonne œuvre de l'Ecole normale. Voici un mot pour mon éditeur qui vous remettra un exemplaire de la dernière édition de mon ouvrage, la Révolution.
Veuillez le recevoir comme un témoignage de mon attachement à cette glorieuse école, destinée à jeter encore tant de lumière dans le monde. Qu'elle vive et qu'elle prospère! Dans ce vœu est renfermé la régénération de notre France.
Je suis très reconnaissant, Monsieur, de ce que vous voulez bien me dire de la part de vos amis. Ils verront, je l'espère, de meilleurs jours que moi. Ils en sont la promesse, ils la réaliseront. C'est ma foi inébranlable.
Recevez, Monsieur, pour eux et pour vous l'expression de mes sentiments les meilleurs et les plus dévoués.
EDGAR QUINET
Je vous prie de ne pas m'oublier dans vos bonnes œuvres à venir. Je suis des vôtres.
DCCLXXII
A M. RIGOPOULOS, ANCIEN DÉPUTÉ
A PATRAS
Veytaux, 2 juillet 1868.
Cher Monsieur,
Croyez qu'il m'a été impossible de vous répondre plus tôt. Mille affaires m'ont assailli. Vous demandiez une somme assez considérable pour la démocratie grecque, trente mille francs. Que pouvais-je répondre à ce sujet, sans prendre du temps? Il m'est aujourd'hui démontré que les comités qui se sont formés pour venir en aide à la Crète n'ont jamais eu cette somme à leur disposition. Je ne sais où l'on aurait pu recueillir ailleurs cette somme de trente mille francs, bien faible pour les besoins de la Grèce, mais introuvable dans l'état actuel des partis en Occident.
Tout se prépare, en France, pour la lutte électorale ; on essaie de fonder des journaux, le peu de ressources de la démocratie est employé à ces entreprises.
Vous souffrez de la réaction générale qui semble arriver à sa dernière période. De meilleurs jours viendront, je n'en doute pas. Heureux qui les verra!
C'est un triste signe que votre échec aux élections.
Vous aurez votre revanche, cher Rigopoulos. Votre discours de 1861 est très éloquent, très généreux; il fait honneur à la Grèce.
Adieu.
EDGAR QUINET
DCCLXXIII