A M. PAILLOTET A GLION SUR MONTREUX
Plans de Fresnière, 17 août 1868.
Cher Monsieur et ami,
Si vous êtes bien sur votre montagne, nous sommes parfaitement sur la nôtre. Le vent de ces dernières nuits devait, disait-on, emporter notre chalet. Il Ta pourtant laissé debout; mais quels torrents de pluie! N'importe. Tout est bien sur ces heureux Plans que vous connaissez comme moi.
M. et madame Bergeron sont partis pour Paris et peutêtre pour Londres. Je ne sais au juste quand nous reviendront nos excellents hôtes. Toute la maison est remplie
de jeunes demoiselles angHKses. C'est un rire continuel au milieu de la pluie et du tonnerre.
Rien ne nous a été plus au cœur que votre jugement sur Un mois dans un moulin. Ma femme répète que rien ne lui a fait tant de plaisir que votre sympathie. C'est la meilleure farine que lui ait valu son moulin.
Michelet et madame Michelet sont avec vous. Je suis donc bien sûr que rien ne leur manque. Ce qui me console de n'être pas à Veytaux, c'est que j'y serais aussi loin de Glion que d'Hyères ou de Paris. Michelet ne me donnerat-il pas de ses nouvelles? Il y a un an que je n'ai vu de son écriture. Combien je souhaite que ce séjour à Glion vous soit bon à tous !
C'est bien à M. d'Haussonville que vous vous êtes adressé. Il est venu nous voir ici, aux Plans, et m'a raconté beaucoup de choses et de curieuses larmes d'une curieuse € souveraine », comme on dit en province.
Adieu, cher Monsieur et excellent ami, nos amitiés à madame Paillotet. Ne m'oubliez pas auprès de vos compagnons.
EDGAR QUINET
4U LETTRES n*EXIL,
DCCLXXXVl