‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 226 sur 233 · A M. MARC MONNIER A GENÈVE · texte numérisé non relu

A M. MARC MONNIER A GENÈVE

Plans de Fresnière, 26 août 1868.

Cher Monsieur,

J'ai emporté Figaro et ses aïeux dans la plus belle vallée des Alpes Yaudoises. Je vous ai lu dans le recueillement des forêts, au pied du grand et du petit Muveran. Au milieu de ce silence, rien n'a pu m'échapper des grâces originales de votre récit. J'ai revu par vous notre pauvre humanité riant de sa destinée, en dépit des dieux et des choses. Il n'est que trop vrai que, de siècle en siècle, l'homme toujours esclave s'est chatouillé pour rire. L'ironie est bien souvent sa dernière défense contre le sort. De nos jours, les hommes ont tant abusé de ce moyen qu'il est presque aussi difficile de les faire rire que de les faire pleurer.

Vous avez retrouvé, mon cher Monsieur, la joyeuse et courageuse humeur qui est l'ëclair de l'esprit; tous ceux qui vous liront (et ils seront nombreux), vous devront de belles heures de sérénité. Je vous remercie cordialement de celles que je vous dois. J'aurais aimé à vous le redire ici, dans cette solitude alpestre où il ne me semble pas

possible de prononcer une parole qui ne soit la vérité même. Car ici les dieux nous écoutent.

Recevez, etc.

DCCLXXXIX

A M. LOUIS VniLLEMIN

A LAUSANNE

Plans de Fresniëre, 29 août 1868.

Monsieur,

Oui, certainement, j'aurai l'honneur d'assister à la réunion de la Société d'Histoire de la Suisse française dans le château de Chilien, le 3 septembre, et je serai trop heureux de fraterniser avec vous dans le banquet. Depuis dix ans, je suis un peu l'ombre du prisonnier de Chilien, et, en cette qualité, du moins, je me permettrai de me mêler à votre savante Société*. Je compte retourner le 31 à Veytaux, après être resté un mois dans cette merveilleuse vallée qui a eu, je crois, le grand mérite de vous rendre la santé.

EDGAR QUINET

Ma femme, M. et madame Bergeron, et tous les

1. V. Livre de VEonlé, Discours prononcé au château de GhiUon.

Plans et lé grand Muveran se rappellent à votre bon

souvenir.

DCCXC

Page 1