A M. MICHELET A GLION SUR MONTREUX
Vcytaux, 6 septembre 1808.
Cher ami. Voire écriture me manquait depuis trop longtemps. J'avais grand besoin de la revoir. Je suis heureux des nouvelles que m'apporte ma femme. Tenons bon, cher ami, contre le temps et l'absence. Un mot de vous réveillera toujours en moi quarante années (et plus) de souvenirs et d'intimité. Comptez-y. Ne nous laissons pas déraciner par quoi que ce soit.
Je ne puis grimper jusqu'à, vous, votre montagne ardente, sans prendre une insolation. Mais, si vous ne descendez pas à Montreux et si la chaleur diminue, je tenterai ce que je n'ai jamais fait, une seule fois, en dix ans.
Pour monter aux Plans, j'étais protégé par une forêt qui me manque cruellement ici.
Adieu et au revoir. Aimez-moi donc comme je vous ai
toujours aimé ! Hélas ! la vie est si courte et le temps si rapide !
Mille choses à madame Michelet.
Votre
EDGAB QUINET.
Je ne feuillette pas un seul de mes jours passés sans vous retrouver en tout. Ne serions-nous pas inconcevables de ne pas entretenir chèrement cette chose sainte?
DE