MADAME EDGAR QUINET
Page 6. — Après la cérémonie funèbre de Bâle, Edgar Quinet tomba malade de chagrin; voilà pourquoi on n'a pas de lettres sur la mort de Gharras. Gette mort fut un coup terrible pour la proscription. G'était un grand caractère, une âme très haute, une épée au service de la liberté. Tout le désignait comme chef futur de la République. Par sa fermeté de principes, par son expérience de la guerre et l'élan héroïque de sa nature, il eût rendu les plus grands services à la Défense nationale, à la Patrie.
Page 31. — Une éclatante satisfaction attendait l'auteur de la Révolution; après un an d'ardente polémique, il vit revenir à lui tous les journalistes républicains qui l'avaient combattu. Taxile Delord, dans le Siècle, se rallia franchement à ce point de vue élevé : Tolérance, Humanité.
Rentré en France, Edgar Quinet trouva à l'Assemblée nationale deux nouveaux amis qui devinrent ses compagnons inséparables, Louis Blanc et M. Alphonse Peyrat, de rAvenir national. De tous les collègues politiques, c'étaient les plus . chaleureux. Quant à MM. Jules Ferry, Nefftzer, Antonin
Proust, ils farenty dès la première heure, les champions éloquents de cette œuvre de liberté.
Louis Jourdan, après un magnifique article dans le Siècley écrivait : c Vous me remerciez, cher maître ? que dois-je faire alors, moi qui ai puisé la vie à vos enseignements? £n faisant connaître au public ce magnifique livre que je ne me lasse pas de relire, en vous faisant connaître vous-même à tant de cœurs et d'esprits qui vous connaissent de nom, mais qui ignorent vo tre grandeur, je n'ai fait que mon devoir. >
Pages 134 et 135. — La prophétie de 1831 sur la future puis sance de la Prusse et le rôle de M. Bismark était assez importante pour qu'on y revînt, à plusieurs reprises, après Sadowa, quatre ans avant l'invasion prussienne. M. Jules Ferry a signalé dans le Temps cette prédiction, en 1866 et en 1877 à l'occasion de la Coirespondance (Lettres à sa mère).
Page 149. — On a été surpris qu'Edgar Quinet ait répondu si rarement et d'une façon brève aux admirables lettres de Théophile Dufour^. C'était un pacte conclu avec son ami luimême près de la fontaine de Spa, en 1856, avant cette belle correspondance ; il fut convenu que , n'ayant pas le loisir d'écrire, Edgar Quinet se ferait remplacer par « un autre lui-même >. (Voy. Mémoires d'Exil).
Page 272. — Le proscrit éprouva d'abord une grande répugnance à faire partie du Congrès de la Paix ; il n'y voyait qu'une occasion de joutes oratoires, de vagues discours humanitaires, peu de saison quand le césarisme opprimait la France et que l'Allemagne s'apprêtait à fondre sur elle. Les vives instances de plusieurs amis le décidèrent enfin, surtout les lettres de Victor Versigny qui lui écrivait : « Nous aspirons à vous voir, vous lous, représentants en Europe de la Révolution, tenir les grandes assises de la démocratie, montrer aux peuples que le génie, la probité, la vérité, la paix, sont du côté de la démocratie et de la Révolution, t* Le professeur du Collège de France s'était promis de ne reprendre la parole en
1. Lettres à QuineU par Th. Dufour. Calmann Lévy, éditeur, 1883.
public que pour accomplir un acte. Son discours, la Mort de la conscience humaine, tranchait singulièrement avec l'optimisme général et flatta peu ceux qui venaient entendre des louanges^.
Page 280. — Dans cette lettre à un inconnu (dont je ne puis retrouver le nom) le proscrit ne se fait guère d'illusions sur Tulilité immédiate de l'exil. Ge qu'il vit au Congrès de la paix eût suffi pour le confirmer dans ses pressentiments.
Page 298. — Un incident véritablement comique se produisit au Congrès. Une députation d'athées ayant à leur tête M. le baron de Ponnat se rendit solennellement auprès de Garihaldi et lui fit subir un interrogatoire à propos d'un mot, Dieu, qu'il avait prononcé publiquement. Garibaldi s'en excusa avec sa fine bonhomie, c En Italie, dit-il, on n'est pas aussi avancé qu'en France; ce mot, on le prononce encore. D'ailleurs j'entendais parler du Dieu de Platon, de Rousseau, d'Edgar Quinet. > Il n'en fallut pas davantage pour tout rejeter sur celui qui venait d'encourir un grief semblable. Pendant que nos théologiens athées toléraient l'Empire en France, le déiste Garibaldi renversait le pouvoir clérical à Rome.
Page 283. — Garibaldi, après le Congrès de la paix, s'élança avec une poignée de patriotes pour arracher Rome aux troupes papales et césariennes. Vaincu à Menlana, défendu par Edgar Quinet contre les oulrages de la presse impériale, ce cœur maganime a réalisé l'idéal de la vertu, car, trois ans après, il est venu au secours de la France et a préservé le midi de l'invasion prussienne. Les provinces non envahies gardent leur gratitude au héros et ne font pas retomber sur lui la marche de Bourbaki vers l'est.
Pages 387 et 427. — Je ne puis vérifier à qui s'adressent ces lettres. Beaucoup de jeunes gens, alors obscurs, et qui se sont fait depuis un nom, écrivaient au proscrit presque à la même date et sur les mêmes sujets. Ainsi, à l'occasion du livre