‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 33 sur 233 · DXVI · texte numérisé non relu

DXVI

A M. BANGEL A VALENCE

Veytaux, 13 janvier 1866.

Vous savez, mon cher ami, combien vos deux lettres wïesont précieuses; je ne puis trop le redire. Dans cet accord est le gage de l'avenir. J'ai le sentiment d'avoir donné à la démocratie un terrain inexpugnable, si elle

sait s'y établir. Quelques pauvres insensés aiment mieux le radeau de la Méduse pour s'y manger les uns les autres, jusqu'au dernier. Le succès de mon livre s'est fait tout seul, malgré eux. De même, la démocratie devra s'établir et durer, malgré eux.

L'occasion estassurément grande de faire faire un pas à la démocratie. L'opinion est toute préparée. Il s'agit • de mettre en pleine lumière les principes nouveaux d'où sortira le monde nouveau. Oui, ce sera une date nouvelle pour la conscience publique. Osons marcher. Les traînards suivront.

Marat et Hébert ont fait leur temps. Ce que je reproche aux robespierristes, c'est d'avoir tué les meilleurs révolutionnaires, c'est de s'être tués eux-mêmes. Voilà à quoi personne ne s'avise de répondre. Adieu, cher ami.

Votre

EDGAR QUINET

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