‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 39 sur 233 · DXXII · texte numérisé non relu

DXXII

A M. SAINT-RENÉ TAILLANDIER A PARIS

Veylaux, 11 février 1866.

Mon cher ami. Un homme a sacrifié sa vie entière à la démocratie. Après quarante ans, il se permet d'examiner librement Robespierre, Hébert, Marat, et pour cela il est guillotiné en effigie, faule de mieux, par le petit comité des démocrates Mômiers de Robespierre.

N'est-ce pas quelque chose de passablement odieux, et dont se révolte la conscience des gens d'honneur de tous les partis ?

Gela ne m'étonne pas. Je savais que les démocrates autoritaires sont esclaves, et qu'à ce titre, ils devaient déchirer la main de celui qui tente de les affranchir. Je le savais déjà, il y a quatorze ans, en écrivant les ^iclavesy Spartacus.

Ce qui m'a étonné, c'est le succès. Puisque mes adver-

saires mêmes le constatent, que la Gazette de France

appelle ce succès un événement^ je suis bien forcé d'y croire. La Gazette Universelle d'Augsbourg dit la même chose : Das Werk Quinefs ein bedeutendes Ereigniss *. J*ai sur ma lable deux cents lettres d'adhésion, cent quaranle grands articles de journaux de Paris, et je n'ai eu véritablement contre moi que les vides diatribes de r Avenir National. Il m'est donc permis de penser que ce livre sert et servira à renouveler la conscience publique.

Chose curieuse! Ce sont les journaux mangeurs de prêtres qui ont crié à l'impie ! On voit combien cette colère, ce zèle de dévot sont joués. Nos petits terroristes cherchent à couvrir leur guillotine par l'Église. Rien de plus singulier.

Adieu.

EDGAR QUINET

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