‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 64 sur 233 · AH. SGHMIDT, RÉDACTEUR EN CHEF DU CONFÉDÉRÉ · texte numérisé non relu

AH. SGHMIDT, RÉDACTEUR EN CHEF DU CONFÉDÉRÉ

A FRIB0UR6

Veytaux, juin 1866.

Cher, excellent citoyen. Vous avez dû recevoir hier nioa obole de trente francs pour le Confédéré. Que ne Pttis-je faire ce que je voudrais ! Les services que vous rendez sont si grands ! C'est grâce à vous que je puis lire encore une parole de probité dans le monde. Jamais celte Me n'aura été plus nécessaire et plus salutaire que ^Qs le chaos où nous tombons.

Quelle confirmation me donnent les événements qui s'approchent I Voilà donc les peuples menés à la bou-

chérie, comme avant la Révolution, par la seule volonté de deux hommes ! Cette guerre *■ a le mérite de manifester le mensonge universel dans lequel nous sommes plongés.

En nous reniant, nous, les exilés, le parti démocratique en France a montrée qu'il est en pleine dissolution. Nous représentions le droit; les démocrates avaient une base, tant qu'ils s'appuyaient sur nous. Mais, le jour où ils nous ont reproché notre solitude, notre exil, c'està-dire tout ce que nous souffrons pour eux, ils ont laissé voir qu'ils ont perdu dans la servitude la notion même de la vie politique.

C'est donc bien une poussière; mais il ne faut pas désespérer d'y faire rentrer la justice et la vie.

Pour moi, j'ai de plus en plus la conviction que le livre de la Révolution^ contient les principes et l'âme par lesquels cette poussière pourra renaître un jour. Ce livre donnera une force nouvelle à ceux qui l'ont compris comme vous. Quant à ceux qui le repoussent, j'ai peine à croire qu'ils ne soient brouillés pour longtemps avec la liberté.

Puisque la guerre est là, c'est le moment de nous retremper dans l'airain. Quoique seuls et abandonnés en apparence, nous avons aussi nos bataillons. Je crois qu'il faut nous retrancher, plus que jamais, dans l'inflexible probité. Que le monde sache qu'avec nous est le droit, la vérité, la persévérance, la liberté, l'humanité ; que ces idées, qui vont se voiler et disparaître, se réfugient chez

Page 1