A M. ERNEST DUVER6IER DE HAURANNE
A PARIS
Vcytaux, 16 juin 1866.
Vous m'envoyez en souvenir un livre * qui m'est précieux à toute sorte de titres. Je Tai lu avec avidité, avec surprise, avec joie, quand il a paru pour la première fois, et je vais le relire. Vous m'excuserez d'avoir ^lé étonné de trouver tant de maturité, un jugement si ferme, un langage si excellent, un esprit si solide, dans le plus jeune des habitants du bois de Céry. C'est une des plusvives et des plus heureuses surprises que notre temps m'ait causées. Je vois, dans ce concours de qualités si diverses et si précoces, un bon augure pour tous. Quel avenir s'ouvre devant vous et quel juste orgueil pour votre famille I Je salue du fond du cœur votre succès
^" ^ Étatsr-Unis d'Amérique.
iU LETTRES D'EXIL.
présent et votre succès futur. Notre France a tant besoin de forces nouvelles!
Veuillez, Monsieur, féliciter de ma part monsieur votre frère sur son mariage. Le pauvre Veytaux est bien isolé depuis que le bois de Céry* a perdu ses habitants.
J'ai voulu vingt fois écrire à monsieur votre père et le remercier de sa lettre. Je me proposais de m'expliquer avec lui sur la Religion. 11 aurait vu que nous nous entendons mieux qu'il ne croit. J'ai fait de ces explications unesortede Défense qui paraîtra tôt ou tard. Il s'agissait d'une hypothèse, et non pas d'une affirmation.
L'idée ne pouvait nie venir de me démentir si visiblement sur ce qui est le fond de ma vie, la liberté.
Recevez, Monsieur, pour vous et votre famille, l'expression de mes sentiments dévoués.
A l'instant même, je reçois ces mots: «Flocon, mort à Lausanne. y>
Nous en sommes réduits à jeter à l'ennemi nos têtes de mort.