DXLVII
A M. ANTONIN PROUST A NIORT
Veytaux, 21 juin 1866.
Cher Monsieur,
Où avez-YOus donc trouvé ces chants grecs si étincelants, si vrais , si intimes , si passionnés ? Ils m'ont rejeté d'un bond en pleine Morée, et je me suis revu, tel que j'étais en 1829, à Mavromati et Mistra. Celait le temps de l'extermination; personne ne chantait. Mais cette poésie, douce et âpre comme l'odeur des bruyères à demi brûlées, se respirait je ne sais où. Votre traduction est vivante et parlante. Elle est si naturelle, que je me suis demandé quelquefois, si vous n'étiez pas vous-même inventeur plutôt que le traducteur. Je vous remercie encore une fois de m'avoir rendu, pour quelques moments, mes jours et mon soleil d'il y a trente-six ans!... ïoi aussi, j'ai été Klephte, et je m'en souviens!
Voilà donc la guerre !
• La parole humaine n'était plus que mensonge. C'est ^ux canons de parler. Pourvu qu'ils ne mentent pas à »eurtour! Le monde sortira de là petit, non pas autre- ''■^ent, et les hommes, pour un temps, encore plus aplatis, s'il est possible.
Ne viendrez-vous pas, cher Monsieur, causer ici un peu librement? Quand je veux espérer quelque chose, je pense à vous et à ceux qui vous ressemblent.
Votre très dévoué et affectionné
EDGAR QUINET