‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 96 sur 233 · A M. FÉLIX DUFOUR A SAINT-QUENTIN · texte numérisé non relu

A M. FÉLIX DUFOUR A SAINT-QUENTIN

Veytaux, 15 décembre 1866.

Cher Monsieur et ami,

La voilà sur ma table, la montre de notre sage. Nous avons été longtemps avant d'oser l'ouvrir, puis enfin nous avons vu Tinscriplion que vous et votre chère famille y avez fait graver. Il m'est impossible de vous dire tout ce que ce témoignage de votre part et ce souvenir si intime nous font éprouver de reconnaissance, de douleur et en même, temps d'illusions et de paix momentanée. Je ne l'ai pas encore montée; mais nous ferons pour cela un effort. Elle me marquera les heures, les minutes; il me semblera que notre cher Théophile est ici endormi tout près de nous.

Chaque jour, cher Monsieur et ami, je sens plus profondément la perte irréparable que nous avons faite. Tous ceux qui me connaissent un peu savent que j'ai perdu un frère. J'ai la consolation de voir combien Théophile est compris et vénéré. Sa mémoire, ou plutôt sa présence (car il est toujours près de nous) nous aidera à achever notre tâche. Gardez-nous, je vous prie, un peu de cette amitié qu'il nous avait donnée. Tout ce qui vous

arrivera nous touchera de'près. Affection, vœux pour toute votre famille, en attendant que je puisse répondre à Texcellent Auguste. Ha femme est de moitié dans ma lettre, comme dans tous mes sentiments.

Recevez, etc.

EDGAR QUINET

DLXXXIII

A MADEMOISELLE MARIE DUGROT A GHAROLLES

Veytaux, 15 décembre 1866.

Mille et mille vœux, chère Marie. Sois heureuse, tu es destinée à Tétre, tu accompliras tous nos beaux horoscopes pour toi. Ta tante, qui est continuellement occupée de ta pensée, te dit ce que je pense, si je n'écris pas. Tout est dans ce mot : Paix et bonheur. Adieu, chère mignonne. Tu ne peux pas te figurer combien ta tante m'a encore assisté dans ces derniers temps. Sans elle, je serais resté embourbé dans mes écritures à n'en plus sortir. Adieu encore, chère aimable fée. Mes amitiés à ton papa, à ta maman. Que deviennent le Cromivell de K. Oargaud, le Coriolan de M. Carlhand ?

Ton oncle

EDGAR QUINET

DLXXXIV

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