‹ Lettres d'exil à Michelet et à divers amisChapitre 99 sur 233 · A M. TAMBURINI A BRESCIA · texte numérisé non relu

A M. TAMBURINI A BRESCIA

Veytaux, 2 janvier 1867.

Cher et bien cher ami. Vous m'envoyez de belles étrennes, et je les ai reçues très exactement hier, le jour de l'an. Elles m'ont été plus douces que je ne puis vous dire. Tant de fidélité, tant de persévérance de votre part, c'est ce qui me touche infiniment. Dans une époque telle que la nôtre, où les amis s'endurcissent, il est, je vous assure, extraordinaire de rencontrer encore une éloquence si ardente, des paroles si pénétrantes et si émues. Cet accent de flamme montre, cher Tamburini, qu'il y a des âmes en Italie, et c'est aujourd'hui la chose la plus rare en Europe.

Le feu sacré vit chez vous. On sent, dans chaque ligne ce qui fait ressuciter les peuples, je veux dire l'espérance, l'enthousiasme, la possession anticipée de l'avenir.

Vous savez encore aimer et vous osez le dire.

Je voudrais pouvoir remercier aussi, avec vous, tous ceux qui vous ont fait un si sympathique écho dans le comité d'Ascoli Picena* (il comitato promotor) et dans les journaux italiens.

1. Le comité ouvrit une souscription pour le buste d*£dgar Qui* net destiné au Gapitole.

J'ai dit souvent des vérités sévères à l'Italie, et les Italiens, qui auraient pu les repousser, m'ont su gré de cette sévérité même. Rien n'atteste mieux la force et la vérité des sentiments d'une nation faite pour les grandes choses. Oui, l'Italie m'aura consolé dans l'exil. Elle aurait pu oublier mes travaux, et cela m'eût semblé naturel. Vous et vos amis, vous montrez, au contraire, une énergie de souvenir qui ne peut se trouver que dans mi peuple renouvelé. Ce souvenir des services passés, au milieu même du triomphe, voilà un trait unique de caractère.

Pose dire que c'est là un gage singulier, au milieu de tant d'autres, qui assurent d'avance vos destinées.

Si le sculpteur vient ici, comme vous me le donnez à entendre, et comme cela semble indispensable, nous serions heureux de lui offrir l'hospitalité.

Il est donc vrai que l'Italie existé, moins Rome I Mais Rome aussi aura son jour ! Ce serait un péché d'en douter.

Avez-vous vu que la papauté vient de mettre mon ouvrage la Révolution à VIndex? C'est ce que je viens de lire dans nos journaux. Si c'était là, du moins, le testament du pouvoir temporel !

Adieu, véritable ami. Mes vœux et ceux de ma femme à vous et à toute votre chère famille, mère et enfants.

Puissions-nous vous voir un jour!

EDGAR QUINET

DLXXXVIII

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