‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden] (volume 2)Chapitre 10 sur 44 · QUATRIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

QUATRIÈME LETTRE

Mon cher Ami,

Vous m'accorderez sans difficulté qu'il y a moins d'imprimeurs, en général, dans un lieu donné que dans un temps donné ; car le dernier nombre est une somme dont le premier n'est qu'une partie; ainsi, pour aller du simple au composé, nous chercherons d'abord la patrie de notre Psautier, ensuite sa date, et nous terminerons la solution du problème, en dégageant la grande inconnue : le nom de l'imprimeur.

1® Remarquons d'abord que dans les litanies je trouve, épelés de la manière suivante, les noms de quelques saints :

Bemharde^ Bemhardine, Ludowtce, ThatheCy Anthoni.....

Or, ce n'est qu'en Allemagne que cette orthographe était possible et même fréquente ; vous savez, en effet, que les Allemands remplacent souvent un d par un t, aspirent fortement les voyelles et qu'ils expriment notre son v par la double lettre w, tandis que leur v se prononce comme notre consonne f .

Je trouve de même, dans h; texte de notre Psautier, hiis pour lis, perhcnyie pour perenne, habundantia pour abundantia^ hostium pour ostium, etc.

Il y a pareillement dans le célèbre Psautier de Mayence, de MCGGCLVII, fiiis pour iis, aput pour apud.

Dans le Missel de Mayence, de 1306, Thatheus pour Thadeus.

Dans le "Psautier de Mayence, de 1315, Tavitica pour Davidica.

2** Le Te Deum s'appelle en Allemagne cantique d'Ambroise et d'Augustin ; telle est le titre qu'il porte dans notre Psautier.

3^ Les caractères sont tous de l'espèce que les Allemands appellent ftattux, fractutett/ à cause de la forme brisée des lignes qui les constituent, caractères éminemment allemands,

4* Enfin le volume tout entier exhale un parfum de germanisme auquel il est impossible de se méprendre ; mais ici je ne vous signale que des caractères précis et faciles à reconnaître et à définir.

Cherchons maintenant quelle est la ville d'Allemagne où le Psautier a été imprimé ; et pour que la typographie vienne en aide à la topographie ; permettez-moi de vous indiquer rapidement le procédé à l'aide duquel on imprimait les titres en lettres rouges et noires, les rubriques des Missels, les ouvrages de droit avec commentaires, etc. Chaque page s'obtenait à l'aide de deux tirages successifs, le premier en rouge, le second en noir; le fait est facile à vérifier, car on voit presque toujours dans ces sortes d'ouvrages les caractères noirs recouvrir plus ou moins les caractères rouges; c'est que la feuille humide de papier ou de vélin sur laquelle les lettres. rouges avaient d'abord été imprimées n'^étant pas demeurée, d'un tirage à l'autre, absolument à la même place, ni au même degré d'humidité, le tirage en noir a coïncidé avec une partie plus ou moins grande du tirage précédent. 11 fallait donc pour obtenir ces deux tirages deux fois plus de temps, une foule de précautions minutieuses, de mesures précises et beaucoup d'adresse de

la part des ouvriers; ne pouvons-nous pas conelure de là, avec quelque vraisemblance, que les noms de saints qui dans le calendrier sont imprimés en rouge appartiennent presque toujours aux patrons de Téglise, de la chapelle, ou de la cité, aux saints du pays en un mot? ^'

Or, voici un tableau où j*ai rassemblé les indications imprimées en lettres rouges ou nqires de la fête des 11,000 vierges, indications prises dans différents liyres liturgiques :

„ . .. c 21 octobre en lettres rouges Saoctarum undecim

Notre psautier ] ° .,,. . .

* ^ millium Yii^inam

Missel de Cologne , „, . , ... . . . .

de 1506 I octobre en lettres rouges id. id.

Missel de Mayencei -,, . . , ,, . ,. ..

de 1493 I octobre en lettres noires Id. id.

Missel de Mayence) «... , ,. .. .,

d fSOT i octobre en lettres noires id. id.

LÎTre de prières %

manuscrit en I ... j -j

fninçaU du XIV. «nlcUre. noires id. id.

OU xv« siècle. ' Bréviaire ^anu8-\ crit d'an couvent | Rien.

de Beaujeivcy. )

Missel de Spire i «. . . ... .. ,

. 1107 I 21 octobre en lettres noires id. id.

Bréviaire bénédictin de la congré-

^•- ^ .a .-1»^ } 21 octobre en lettres rouges gtotion de sainte \ ^

Justine, U83.

Missel de Prague | .. ^ , ...

Ai, iioft i 21 octobre en lettres rouges

id. id.

de 1498

Missel Romain de 1484

Missel de Ratisbonne7 1485

I 21 octobre eu lettres noires I 21 octobre en lettres noires

id.

id.

id.

id.

id.

id.

Cette liste pourrait facilement se continuer; mais ne suf-

fit-elle pas, dressée qu^elle estSur des éléments pris au hasard, pour vous convaincre que la plupart des calendriers imprimés pour d*autres villes que Cologne indiquent la fête des 11,000 vierges en lettres noires? deux seulement font exception, celui de la congrégation de Sainte-Justine, imprimé à Venise, et celui de Prague. Or, vous n*ignorez pas que sainte Ursule «t les 11 ,000 vierges ses compagnes étaient honorées d*un culte spécial à Cologne ; il est donc très-vraisemblable que notre Psautier a été imprimé, je ne dis pas à Cologne, mais pour Cologne. J'ai d'autres preuves encore à vous offrir ; consultons le Psautier dominicain de la Bible nationale, dont je vous ai déjà entretenu : vous savez qu'il sort des mêmes presses que le nôtre; voici, copié dans ce Psautier, le commencement de Thymne chantée aux vêpres de la fête des 11,000 vierges :

Gaude sancta Colonia Dévote laudans DonÛDum Qui per undena millia Te sublima vit virgioum Quas Ursula...

Voici la 2® chantée à Matines :

Nocte surgentes, virginum Laudes caoamas dulciter, Ut nos a lapsu criminum Custodiant perenniter.

Qaœ monitœ per somnium, Coloniam perveniunt, lu qua dirum suppliciam A barbaris recipiuot.

Tandem fugatis hostibus, Divino beneGcio, Sepultœ sunt s civibas, Urbis cum magno gaadio.

beata Golonîa, Persolve Deo gratias * Qui tua salvat mœnia, Per virginum reliquias.

Voici le commencement de la 3* chantée à Laudes :

liyninum sanctis virginibus Cantemus

Ces trois hymnes adressées à des saintes dont les reliques sont conservées à Cologne.

Ce nom de Cologne lui-même ne semble-t-îl pas nous indiquer en quelle ville ou du moins pour quelle ville les psautiers ont été imprimés?

Mais passons encore à d'autres faits : dans le recueil des statuts provinciaux de Henri de Verneborch, archevêque de Cologne, enMCCCVII, je trouve la fête des 11,000 vierges signalée parmi celles qui sont d'obligation, dans toutes les paroisses et dans tous les couvents du diocèse. Parcourez la Topographie des saints de Baillet et Flndex topographique du Martyrologe romain de Baronius, et vous y reconnaîtrez , facilement que les saints du calendrier de notre psautier sont généralement des saints de la ville de Cologne. Autre fait : le psautier dominicain nous ofTre les hymnes de deux fêtes de la sainte Croix (le 3 mai et Toctave sans doute). Ces hymnes manquent au nôtre qui était surtout destiné à Tusage des Franciscains ; or, Téglise des Dominicains de Cologne était précisément placée sous Tinvocation de la Sainte Croix. « Aux Dominicains, dit Bruzen de La Martinière, est une assez belle et grande église dédiée sous le nom de Sainte-Croix; on y voit le tombeau d'Albert le Grand, mort en 1280; auprès du dortoir est la chambre de saint Thomas d'Aquin dont on a fait une chapelle. »

La fête de la dédicace de cette église avait lieu « dominica proxî'ma post fcstum Pétri et Paulî, w dit Gelenius.

Ainsi il est bien évident que ce psautier a été imprimé

pour les frères prêcheurs de Cologne, de môme que l'autre Ta été pour les franciscains de la même ville ; mais de ce que ces deux psautiers ont été imprimés pour des couvents de Cologne, en résulte-i-il qu'ils Taient été à Cologne même ? Jq n'ignore pas que Wolfgang Hopyl a imprimé à Paris en 1506 un missel à Tusage de l'église de Cologne, enrichi d'une grande miniature, au commencement du canon de la messe, et de beaucoup d'autres ornements, ensuite en 1514 un missel du diocèse de Cologne orné de Hgures ; puis en 1520 une seconde édition de ce dernier missel. (Voyez Van Praet.)

Ces livres sont d'une rare beauté et je comprends que Cologne se soit adressée à Paris pour obtenir de semblables chefs-d'œuvre qu'elle n'aurait assurément pu demander à ses propres imprimeurs.

Mais remarquez que c'est au xvi® siècle que cela se passait; déjà Paris laissait loin derrière lui les imprimeurs allemands en fait de goût, de luxe et d'élégance, tandis qu'au XV* siècle Cologne n'avait encore nul besoin de s'adresser à d'autres imprimeurs qu'aux siens propres, car elle en comptait plus d'une vingtaine dans ses murs ; d'ailleurs j'ai vu des missels et des psautiers de Nuremberg, de Leipsick, de Bamberg, de Mayence, de Strasbourg, etc., j'y cherchais des caractères semblables à ceux de notre psautier, je ne les y ai jamais rencontrés; mais comme je n'ai pas pu examiner tous les psautiers du xv® siècle, d'autant plus que ce sont les livres d'église qui, étant du plus fréquent usage dans le chœur, doivent s'user le plus rapidement et être les plus rares aujourd'hui; cherchons donc d'autres preuves plus solides.

Si notre psautier n'est pas l'œuvre d'un imprimeur de Cologne, de deux choses l'une : ou bien il l'a été sur la demande d'un couvent de cette ville, ou bien il l'a été spontauément par un imprimeur qui comptait le vendre aux religieux de ce couvent. Ces deux cas n'étaient pas rares au

XV" siècle ; George Stuchs imprima à Nuremberg les missels d'Olmultz, 1499, de Brandebourg, 1494, de Gracovie, de Salzbourg, 1492, de Sirigonie, 1490, des Bénédictins...

Erhard Radtoldt imprima à Augsbourg ceux de Passaw, 1490 et 1494, d'Aquilée, 1494, de Brescia, 1493, de Frise^ 1492, de Coire, 1497....

Sensenschmidt. imprima dans la même ville ceux de Bamberg, d^Olmutz, 1488, de Frise, 1487, de Ratisbonne,

Scboyfferi ceux de Misnie, 1485, de Breslau, de Gracovie, 1487,....

Barthélémy Ghotan, celui d'Abo àLubeck....

Henri, évêque de Ratisbonne, en 1485, fit imprimer le missel ci-dessus mentionné précédé d'un décret où il dit : « Officinam artis impressoriœ alîunde non modicis sumptibus et expensis ad civitatem Ratîsponensem transtulimus. Hune librum per viros industries Johannem Sensenschmidt et Johannem Beckenhaub, dictum Moguntinum, opifices, jussimus et fecimus impressione decorari. »

n Nous avons fait transférer d'une autre ville à Ratis- (( bonne, non sans de grands frais et de grandes dépenses « un officine typographique. G'est par des artistes indus- « trieux, Jean Sensenschmidt et Jean Beckenhaub de « Mayence, que nous avons fait imprimer et orner ce « missel. »

A la fin d'un missel de Gluny se trouve cette souscription : (( Reverendissimus pateret dominus, dominus Jacobus de Amboysia, abbas, prœsens missale ordinare fecit, quod tandem industriosus ingeniosusque vir magister Michael Wenszler civis basiliensis plus afTectu devotionis quam lucrandi causa, impressit in Gluniaco, anno domini 1493. »

« Le très-révérend père et seigneur, messire Jacques « d'Amboise, abbé, a fait mettre en ordre ce présent missel, (( puis rindustrieux et ingénieux medtre Michel Wenszler, a citoyen de Bâle, plus inspiré de l'esprit de dévotion que

V> ^Si

(c de Tamour du gain, Ta imprimé à Cluny^ Tan du Sei- (( gneur 1493. »

Je lis dans le missel Romain de 1495 et dans celui de 1497 :

« Imprimé à Venise par Fart admirable de Philippe de « Pincis, de Mantoue, par les soins et aux dépens du rêvé- « rend maître Paul de Trente, de Tordre des Ermites de (( Saint-Augustin. »

Je citerai encore le Bréviaire de Cologne, très-petit in-8, que fit imprimer en 1498, à ses frais, Jean de Ravensberg, citoyen de Cologne, par Jean Hertzog, ce roi des imprimeurs, impressorum monareha^ dit le colophon. Ce bréviaire imprimé en rouge et en noir, sur deux colonnes, est d'une rare élégance et d*un format à entrer sans peine dans la poche.

Il serait aussi inutile que facile de grossir les citations de ce genre; nous y voyons suffisamment que lorsque des imprimeurs étcdent appelés dans une ville, ou bien imprimaient pour une ville étrangère, c'est qu'il n'y avait pas encore de presses établies dans cette localité, au moins pour ces sortes d'ouvrages qui exigent des types et des soins particuliers. Nous voyons que ces imprimeurs avaient soin de se prévaloir de ce choix pour s'en faire une recommandation, et que les personnes qui les chargeaient de ces impressions ne manquaient pas de signaler cette circonstance et de s'en glorifier elles-mêmes.

Or, je vous le demande, Cologne manquait-elle dlmprimeurs et d'imprimeurs capables d'imprimer un psautier? Elle en comptait plus de vingt au xv* siècle et dont beaucoup sont célèbres à juste titre, Ulric Zel, Arnold Therhœmen, Jean KœlhofT, Henri Quentel, Barthélemi de Unckel, etc.

Cologne n'avait donc rien à recevoir d'imprimeurs étrangers, ni rien à demander à d'autres villes en fait d'impression, et si le fait avait eu lieu, le psautier nous en offrirait des traces; or, il n'y en a aucune; bien plus, lisez-en le titre que voici tout entier : u Psalterium, cum hymnis et vigiliis^

summa cum diUgentia emendatum, deserviens utriusque sexu$ personù romanum ordinarhan colentibus, »

N*y reconnaissez-vous pas le langage spontané d*un imprimeur qui vient de lui-même offrir son psautier à tous les couvents des deux sexes qui suivent le rite romain? Les livres liturgiques imprimés par une presse étrangère Tétaient pour Tusage spécial d'un couvent, d*une cathédrale, d*un diocèse; ici rien de semblable; le psautier se présente avec un caractère d'utilité générale et semble inviter les acheteurs en faisant valoir auprès d'eux le soin suprême avec lequel on Ta corrigé. On pourrait m'opposer ici le psautier d'Ingoldstadt que Seemiller attribue à un de ces imprimeurs ambulants qui, prétend-il, allaient de ville en ville, de monastère en monastère, établir leur presse nomade et louer leurs bras et leur talent. Hais si la conjecture improbable du bibliographe dlngoldstadt n'est pas elle-même renversée par les arguments qui précèdent, elle ne pourra pas tenir contre celui que je vais maintenant vous présenter : c'est précisément à Cologne que l'on a pour la première fois revêtu les livres imprimés de l'approbation ecclésiastique ou séculière ; il devait naturellement en être ainsi dans une ville possédant la plus ancienne Université de l'Allemagne et qu'on appelait la fille de l'Université de Paris parce qu'elle avait été instituée ad normam Academîx paristentù (V. Auberti Mirxi Opéra diphmatica). Or, la librairie de Paris, dit Ghevillier, était sous la direction de l'Université ; il devait donc en être de même à Cologne; non-seulement cela devait être, mais il en était réellement ainsi.

En effet, je trouve dans l'un des premiers livres imprimés par Henri Quentel, en 1479, épais et énorme in-folio, le colophon dont voici la traduction :

« Ceci est le célèbre et très-savant ouvrage d'Astexanus, traitant des cas de conscience ou for intérieur, compilé des lois divines et humaines et formant une Somme divisée en huit parties.

« L'esprit chancelant, Tâme malade y trouvent un remède et de sages conseils.

f( C'est dans la sainte et heureuse cité de Cologne, par le prudent et circonspect Henri Quentel, habitant et citoyen de cette ville, Tan du Seigneur 1479, le 31 août, que ce livre a été imprimé avec un soin vigilant.

« L'honorable et magnifique personnage, alors Recteur de la bonne et célèbre Université de Cologne, l'a fait, par un ordre spécial, lire, examiner scrupuleusement et mettre en ordre par des savants éclairés et laborieux, puis après l'avoir admis et approuvé il le livre au public afin qu'il contribue à l'intérêt général, à la gloire de Dieu tout-puissant et à la tranquillité des consciences. Fin. »

Un autre ouvrage, ayant pour titre : Wilhelmi Eptscopi Lugdunensis Summa de virtutibus, finit par ces mots que je traduis du latin :

« Béni soit le Seigneur des Vertus, grâce à qui ce traité des mêmes vertus est heureusement parvenu à son terme dans la noble cité de Cologne, après avoir été examiné, reçu et approuvé par la bonne et savante Université de la ville susdite, du consentement et par la volonté de l'honorable et excellent personnage, le Recteur d'alors. Imprimé par Henri Quentel, en 1479. »

Un troisième, qui n'est rien moins que la Bible elle-même, nous apprend dans le colophon que cette Bible a été imprimée à Cologne par Conrad de Homborch, après avoir été reçue et approuvée par l'Université de cette ville. La date est aussi de 1479.

Ainsi voilà l'ouvrage d'un religieux, celui d'un évêque et la Bible elle-même qui ont dii se munir d'une approbation I Est-il donc vraisemblable qu'un psautier imprimé hors de Cologne ou dans cette ville par un do ces prétendus imprimeurs étrangers et nomades, ait pu se passer d'une pareille approbation? Les imprimeurs de Cologne pouvaient-ils être traités d'une manière plus rigoureuse que des intrus ou des

étrangers? Aurait-on accordé à ces derniers un privilège que Ton refusait aux imprimeurs indigènes? Concluons de ces faits et de ces vraisemblances que le psautier n*a pas été imprimé par une presse étrangère à la ville de Cologne et que, par conséquent, il n*a pu Têtre qu'à Cologne même, enfin que s'il ne porte pas d'approbation, c'est qu'il n'en av^it nul besoin, étant, comme nous le verrons, l'œuvre des chapelains et des vicaires perpétuels de l'empire, l'œuvre des Frères de la Vie Commune du couvent de Weidenbach. Au reste, si vous souteniez encore que ce psautier n'a pas été imprimé dans cette ville, il vous faudrait accepter cette conséquence invraisemblable, savoir : que Cologne qu'on appelait la ville sainte, sancta Colonia, Cologne rivale de Rome en dévotion, Cologne dans l'enceinte de laquelle s'é levaient mille autels différents, n'a cependant pas imprimé un seul psautier, c'est-à-dire un livre dont Tusage et le renouvellement sont le plus fréquents; parcourez les catalogues de livres du xv'^ siècle, surtout le moins incomplet de tous, celui de Hain, vous n'y trouverez pas un seul psalterium chorale de Cologne ; les deux seuls qu'on y trouve indiqués comme ayant été imprimés dens cette ville ne sont pas des psautiers à l'usage du chœur; l'un est un chétif in-i6, imprimé par Ludwig de Renchen, en 1484; l'autre intitulé : Psalterium Hieronymi, passio sive kgenda decem millium cructfixorum, in-4*, 1498, est encore moins un psalterium chorale^ car, malgré son titre, ce n'est pas même un psautier.

J'ai vu, il est vrai, à la Bibliothèque natîoiïale, un autre psautier imprimé par Conrad de Homborch, à Cologne (n* 282 du Catalogue de Van-Praet) ; mais il est imprimé en caractère trop petit pour servir aux usages du chœur, et d'ailleurs il ne contient que les psaumes sans les hymnes.

Afin de vous mettre à même de comprendre combien Cologne avait besoin de livres de chœur, j'ai traduit

deux passages, Tun extrait du Sacrarium Agrippinœ de Erhard Winheim, imprimé dans cette ville en 1607, le voici :

Ci Qui me dira dans quelle autre cité la foule accourt avec autant de zèle aux tombeaux des martyrs? dans quelle cité retentit comme le tonnerre du ciel Y Amen des fidèles? où le saint sacrifice est-il plus fréquent? où la piété fait-elle çntendre à tous les instants de la nuit et du jour les louanges divines? où s*élëve-t-il une aussi grande multitude do temples pour implorer la bonté de Dieu? où conserve-t-on tant de reliques des saints? On dirait que Cologne compte autant de triomphes que d*enfants? Où le clergé brille-t-il d'un aussi pur éclat? où les temples brillent-ils d*ornements aussi variés, aussi nombreux, aussi précieux? où s'élèvent d'aussi beaux autels? où se font entendre par centaines des cloches aussi harmonieuses? où sont des monastères aussi bien réformés? où sont autant d'asiles pieux de vierges consacrées à Dieu? où célèbre-t-on autant de fêtes en l'honneur de la Divité? dans quelle autre cité le sacrifice légitime, continuel, perpétuel, s'offre-t-il chaque jour, presque en tout temps sur près de mille autels différents! Nulle part, Rome seule exceptée. »

Voici l'autre passage : il est d'jEgidius Geknius, De acbmranda nuignitudine Cotoniœ. 1645.

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