‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden] (volume 2)Chapitre 13 sur 44 · SIXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

SIXIÈME LETTRE

Mon cheb Ahi,

Le nom de saint Bonaventure se trouve au calendrier de mon psautier et manque dans le texte et même dans les litanies; ceux des Frères mineurs, Pierre, Accurse, Adjute, Othon, Bérard, se lisent à la fois dans le calendrier et dans les litanies, Sancte Otho, cum socûs tuts, oratepro nobis. Or, le nom de Bonaventure devait être et était réellement cher aux Frcmciscains ; ce grand saint avait appartenu à leur ordre dont il devint général en 1255.

Dès Tan 1478 les plus grands princes de la chrétienté appelaient de leurs vœux les plus ardents la canonisation du docteur séraphique. C*étaient Tempereur Frédéric III, le roi Louis XI, les rois de Hongrie et de Sicile, Mathias et Ferdinand, le doge Mocenigo, les ducs de Galabre, Alphonse, de Milan, Jean Galéaz et de Savoie, Philibert. C'étaient encore les villes de Florence, Lyon, Sienne, Pérouse, Bagnaréa; Tinnombrable famille des enfants de François d'Assise s'associait aux mêmes prières; enfin Sixte IV, qui-lui même avait été religieux franciscain, indiqua les fêtes de la Pentecôte pour célébrer cette canonisation tant désirée ; mais la guerre et la peste sévissaient

alors en Italie et Ton remit la cérémonie d^année en année, jusqu'à Van 1482.

On lit à ce sujet dans Toffice de saint Bonaventure, sixième leçon de Tofflce de sa translation : n Les longs retards de la canonisation ne firent que la rendre plus glorieuse et plus solennelle. »

Alors le pape prescrivit un jeûne et des prières de trois jours et Ton procéda régulièrement à la canonisation de Bonaventure. Une bulle du 14 avril 1482 fixa au deuxième dimanche de juillet la fête du nouveau saint; plus tard cependant Sixte V la plaça au 14 du même mois, date à laquelle nous la célébrons encore. Elle était double-majeure avec octave et fut inscrite au rang de celles du palais apostolique.

Six jours après, le pape, s*adressant au prochain chapitre de Tordre séraphiquc, disait entre autres choses : « Dans les commémorations et dans les litanies, après le nom de saint Antoine de Padoue, vous invoquerez le nom de saint Bonaventure. » •

Enfin il existe un décret promulgué par le chapitre de Tordre tenu à Brescia, au temps de la Pentecôte de 1482, prescrivant à la fois la fête de saint Bonaventure et celle des cinq martyrs de Maroc, dont la canonisation résulte d'une bulle du 7 août 1481.

Ces détails font voir Timportance qu'attachaient à la célébration de ces fêtes surtout les Franciscains.

Rapprochons ces dates :

1481,7 août, bulle de canonisation des cinq martyrs de Maroc.

1482, 14 avril, bulle de canonisation de saint Bonaventure.

1482, 20 avril, le nom de Bonaventure devra figurer aux litanies.

1482, 26 mai, dimanche de la Pentecôte, décret de Brescia

prscrivant la fête des cinq martyrs et celle de Bonaventure.

Remarquons d^abord que mon psautier est antérieur, nonseulement au dôcret de Brescia, mais encore au bref du 20 avril 1482, car le nom de Bonaventure manque aux litanies, ensuite qu*il est postérieur à la bulle du 14 avril 1482, puisque le nom de Bonaventure se trouve au calendrier.

11 s'y trouve à la date du 8 juillet, restée vide ainsi que celle du sept. On lit, imprimé en grandes lettres rouges, dans Tespace de ces deux lignes : Festum sancti Bona-

VENTUR£ CONFESSORIS SEMPER CELEBRATUR DOMINICA SECUNDA JULII. MAJUS DUPLEX.

Il ne faudrait pas conclure de ces dates qu*on ait imprimé le psautier du 14 au 20 avril 1482. Au xv*^ siècle, cela eût été impossible.

Voici comment les choses se sont passées : Timpression du psautier a précédé celle du calendrier. Ce calendrier, le titre, les invitatoires sont des accessoires par lesquels on a . flni ; on avait commencé par le texte principal. La preuve en est que la pagination et les signatures ne commencent qu*avec le texte même du psautier.

Maintenant les difficultés vont se dénouer sans peine : on a commencé par Timprcssion du texte, avant le 20 avril 1482; de là, Tabsence du nom de Bonaventure aux litanies. On a imprimé ensuite le calendrier, après le 14 avril 1482 ; de là sa présence dans ce calendrier.

Le psautier était imprimé au moins aux trois quarts, c*es1rà-dire jusqu'aux litanies, avant le 20 ayril; probablement même il Tétait tout entier à cette époque. Informé alors de la canonisation du saint, on s*empressa d'insérer au moins son nom dans l^calendrier.

Quant aux cinq martyrs de Maroc, dont les noms figurent au calendrier et aux litanies, canonisés plus de huit mois avant Bonaventure, ils Tout aussi précédé dans leur installation liturgique.

Le jour auquel on finissait d*imprimcr le psautier fut sans

doute le même que celui auquel on imprima le calendrier; ce jour-là est postérieur au 14 avril, jour de la canonisation de Bonaventure, et antérieur au 20 avril, puisque son nom manque aux litanies.

C'est donc du 14 au 20 avril 1482 que Ton finissait Tim-i pression du psautier.

On pourra m*objecter que ni les bulles de canonisation, ni le bref du pape ne suffisaient pour autoriser les Franciscains à célébrer les fêtes en question et qu'il fallait de plus le décret du chapitre général de Brescia; c'est là une objection illégitime ; en effet qu'en résulterait-il ?

Il en résulterait que Vimprimeur du psautier n'aurait pu inscrire au calendrier les noms des martyrs de Maroc et celui de Bonaventure, et aux litanies les noms des mêmes martyrs, qu'après le 26 mai 1482; mais alors pourquoi n'aurait-il pas inscrit aux litanies le nom de Bonaventure, de même qu'il y a inscrit ceux des cinq martyrs? Il était également autorisé pour l'un et pour les autres. S'il ne l'a pas fait, c'est qu'il n'a pas eu besoin du décret de Brescia et, par conséquent, j'ai raison de dire que l'on finissait d'imprimer le psautier du 14 au 20 avril 1482.

Votre Ami.

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