SEPTIÈME LETTRE
Mon cnER Am,
Gonfonnément au plan que je me suis tracé, il me reste à chercher le nom de l'imprimeur de notre psautier.
Consultons la liste des imprimeurs de Cologne au xv*^ siècle ; voyez à la fin de ce volume. D'abord le nom de notre imprimeur inconnu ne peut être que Tun de ceux des treize premiers numéros de cette liste, puisqu'à partir du n** 14 les dates des premières impressions connues sont postérieures à 1482.
Ensuite il faut que ce même inconnu imprime encore en 1498, car il existe un Spéciale opus missarum de cette année. Il faut donc de plus éliminer des treize premiers numéros ceux qui ne remplissent pas cette dernière condition.
Il ne reste après cette double élimination que les n^' 1, 1 bis, 3, 3 bis, 3 ter, 10 et 12.
Remarquez que 1 et 1 bis ne représentent que Ulric Zel, d'abord àWeidenbach, ensuite apud Lyskirchen;
Que 3, 3 bis, 3 ter ne représentent qu'une seule imprimerie, celle des KœlhofE ;
10 c'est Jean de Landen dont l'impression de 1477 semble porter une date erronée et qui n'a guère imprimé que des
ouvrages d'un très-petit format. D*ailleurs, en lui attribuant nos deux psautiers et nos deux missels, il n'aurait imprimé que dix ouvrages de 1477 à 1500, c*est^-dire pendant la durée de 23 ans ! 11 faut donc éliminer Jean de Landen.
Ainsi nos quatre impressions anonymes sont Tœuvre de Ulric Zel ou de Henri Quentel.
Henri Quentel n'est pas non plus Timprimeur dont nous cherchons le nom. Voici mes preuves :
1® Je n'ai découvert aucune ressemblance entre les caractères de Quentel et ceux de nos quatre ouvrages ;
2° Précisément à partir de l'an 1482, Henri Quentel semble n'avoir rien imprimé. Dans l& relevé que j'ai fait de 179 de ses impressions, je trouve une longue lacune s'étendant de l'an 1482 à l'an 1488. Dans cette dernière année, il n'imprime qu'un seul ouvrage *1672, de Hain, et en 1489, il en imprime au moins dix.
Je crois avoir trouvé la cause de ce long chômage : l'imprimeur Jean Otmar, à la fin de la partie d'hiver du bréviaire de Constance, s'exprime en ces termes : fn ReutUngen sedule impressa, anno 1482, régnante mortalitate in Alimania universa, circa Michaelis archangeli festum (29 septembre). (Hain, 3828.)
11 s*agit ici de la peste que laissèrent derrière eux les Turcs en fuyant devant les troupes de Venise, en 1477. Le fléau envahit cette capitale en décembre, puis toute l'Italie. L'année suivante au mois de juin la peste rencontra un auxiliaire dans une immense armée de sauterelles dont les funestes légions couvraient, dit le Diarium Parmense, 120 milles carrés des territoires de Mantoue et de Brescia. Le marquis de Mantoue paya des milliers d'ouvriers qui tuèrent ces terribles visiteuses, mais qui négligèrent de les enterrer.
Ainsi favorisée, la peste franchit les Alpes et s'abattit sur l'Allemagne.
Telle est h mon avis la cause du chômage de l'imprimerie
de Quentel à partir de 1482, année même de Timpression de notre psautier.
Il ne reste donc plus qu'un seul imprimeur de ma liste, liste que j'ai dressée avec tant de soins que je la crois coiùplète. C'est donc Ulric Zel qui serait l'imprimeur des quatre ouvrages et par conséquent du psautier.
Vous voyez, mon cher ami, que je n'accepte pas ce nom d'Ulric Zel comme une solution défmitive de notre problème; mais je réserve pour ma prochaine lettre les développements par lesquels j'espère vous démontrer que le psautier n'est pas l'œuvre d'Ulric Zel.
Votre Ami.
tf<