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L'ÉCOLE TYPOGRAPHIQUE DE COLOGNE

ULBIC ZEL INTRODUIT L*IMPRIXER]E A COLOGNE, CHEZ LES FRÈRES DE LA VIE COMMUNE DU COUVENT DE WEIDENBACH.

Si la Grèce eût connu rimprimerie — la Grèce qui personnifiait et qui déifiait même les forces de la nature et les puissances de Tintelligence — voici, sans doute, en quels termes ses écrivcdns eussent résumé Thistoire de son origine et de ses progrès : a La mèi*e qui conçut la déesse Ty- K pographia fut Strasbourg, Mayence Taccoucheuse et Coa logne la nourrice. » Conçue dans la première de ces villes, née dans la seconde, n'est-ce pas dans la troisième qu'elle reçut ses derniers développements?

En effet, c'est à Cologne que l'on commence à appliquer les signatures et le numérotage des feuillets d'abord, puis des pages; à employer le caractère rond (Romain) et le

petit caractère. On y voit paraître le titre des livres et les titres courants, les petits formats (1) et d'autres perfectionnements, secondaires il est vrai, mais indispensables, car on les a tous adoptés.

C'est à Técole typographique de Cologne que Nicolas Jenson, que William Caxton et beaucoup d'autres sans doute

ont été initiés à Fart.

C'est de Cologne que sont partis ces essaims de jeunes imprimeurs qui ont installé des presses dans de si nombreuses cités.

Nous venons de nommer Jenson et Caxton ; voici d'autres noms moins célèbres d'imprimeurs tous élèves de Cologne :

Arnold, de Cologne, à Leipsick.

Jean Yeldener et Conrad Braem, à Louvain.

Richard Paffroet, à Deventer.

Théodoric Rood, à Oxford.

Paul, de Cologne, à Séville.

C'est en Italie qu'ils sont le plus nombreux :

A Trévise : Bernard, de Cologne.

A Vicence, puis à Venise : Hermann Lichtenstein.

A Venise : Jean, de Cologne, et Jean Manthen, de Gerreshem (non loin de Cologne), puis Pierre Lichtenstein.

A Mantoue : Abraham Jededia, de Cologne (2).

Henri, de Cologne, à Brescia, Bologne, Nozzano, Urbin, Lucques et Sienne.

Ainsi, voilà bien plus d'une douzaine d'imprimeurs qui

(1) C'est à Cologne qu'on a, pour la première fois, abandonné le grand format in-folio, car Panzer a suffisamment démontré que le De Of/iciis attribué à Zei est antérieur à celui de Faust, imprimé en 1465.

(2) L'imprimeur d'un commentaire du Pentateuqiie, Abraham Conath, qui, dans un colophon, informe le lecteur que c'est avec un grand nombre de roseaux {caiamis) qu'il écrit, mais sans aucun art magique, avait été choisi comme collaborateur par Abraham Jédédia, de Cologne ; à l'entendre, ce Jédédia s'était fait un nom célèbre par son grand amour des livres, plus précieux, dit-il, que les saphirs eux« mêmes.

semblent se faire une recommandation et un titre d'honneur de venir de la cité sainte. En cherchant un peu on ne manquerait pas d'en trouver beaucoup d'autres.

Vers 1475, année moyenne de leurs différents établissements, Cologne comptait elle-même au moins dix imprimeurs. C'est à peine si on en comptait dix à Rome, vers le .^même temps, et une douzaine à Paris beaucoup plus tard, %n 1484.

On ne saurait donc le nier, sans passer pour ignorant, Cologne joue dans l'histoire de l'imprimerie un rôle important, d'un côté par ses utiles innovations et ses perfectionnements indispensables, de l'autre parce qu'elle fut un foyer actif d'où rayonnèrent de nombreux et d'habiles propagateurs de l'art.

Enfin cette antique et religieuse cité fut la première à ouvrir ses portes et à faire un bienveillant accueil aux imprimeurs fugitifs de Mayence, après le sac et l'incendie de cette ville en 1462. Nous avons pour justifier cette dernière assertion Tautorité si respectable de la Chronique anonyme^ imprimée à Cologne en 1499. Voici comment elle s'exprime :

« De Mayence l'art vint tout d'abord à Cologne, puis à (I Strasbourg et ensuite à Venise. Le début et le progrès de (c l'imprimerie, je les tiens de la bouche même de l'honorable « maître Ulric Zel, de Hanau, encore à présent imprimeur à « Cologne, en l'an 1499, et c'est lui qui a introduit cet art « dans cette ville. »

S'il fallait en croire tous les bibliographes, Zel aurait fondé et possédé un établissement dès son arrivé à Cologne. Nous pensons que c'est là une grave erreur, et voici nos raisons :

1** Zel appartenait à l'atelier de SchoifTer et de Faust, et, lors de la pri^e de Mayence par Adolphe de Nassau, il dut s'enfuir d'une ville où la maison de ses maîtres venait d'être réduite en cendres. 11 échappait donc à la ruine et à l'incendie quand, vers la fin de 1462, il arrivait à Cologne.

Sont-ce là des circonstances compatibles avec Tétablissea ment si long et si dispendieux d'une imprimerie qui fonctionnait déjà dès 1463. (V. Lettres d'un Bibliographe, i^ série, 10» et 11» lettres.) ^

â" Ulric Zel, en 1466 et 1467, prend le titre de « clerc du « diocèse de Mayence » ; ce n*est que quelques années plus tard qu'il se dit magister artù impressorùs et citoyen de Golo^^ gne. Or, pouvait il, sans cette dernière qualitS, posséder un établissement typographique dans cette ville^

3® Vers 1471 il se marie, renonce au titre de clerc, achète le droit de cité et fait l'acquisition de deux mcdsons situées près de l'église de Sainte-Marie de Lyskirchen. (Y. le Aatolog der Inkunabeln, par le docteur Ennen, p. iii.) Peu d'années après cette époque il donne parfois son adresse, emploie les signatures, grave de nouveaux caractères — entre autres un caractère beaucoup moindre que ceux.qu'on lui attribue d'ordinaire. Ne voit-on pas dans ces faits Tmdice d'un grand changement dans la position de Zel? Pourquoi ne donne-tril pas son adresse dès son début, ainsi que l'ont fait tant d'imprimeurs de Cologne même? C'était alors que, nouvel arrivé dans cette grande ville, il en avait le plus besoin. S'il ne le fait pas, c'est qu'il ne le pouvait pas, n'ayant pas d'établissement qui fût sa propriété.

4® Les livres imprimés par Zel et ceux qu'on lui attribue peuvent se partager en deux classes : dans l'une, présentant toutes les marques auxquelles on reconncdt les incunables, il ne se nomme que trois fois, en 1466, 1467 et 1473, sans jamais donner son adresse; dans l'autre, qui atteste les innovations typographiques (petit caractère, signatures, titres, etc.), il donne cinq fois au moins son adresse et se nomme un plus grand nombre de fois. La première série est environ dix fois plus nombreuse que la seconde, qui n'offre pas vingt ouvrages. Dans les colophons de 1466 et 1467 il ne prend que le titre de clerc du diocèse de Mayence; en 1473, 1492 et 1494 il se présente comme maître en l'art d'imprimer,

comme prototypographe et comme premier maitre-imprimear. Nous concluons de ces faits que Zel, quand il prend ces derniers titres accompagnés de son adresse, avait un étar blissement typographique, mais qu'auparavant il n'en avait pas encore. Le légitime orgueil du fondateur de Timprimerie dans une grande cit^ ne devait-il pas éclater, surtout quand, jeune encore, il se sentait plus fier de son rôle important? Zel n'a donc pas fondé d'établissement en arrivant de Mayence à Cologne.

3® Nous connaissons environ vingt-cinq ouvrages in-folio gothique (un seul est de format grand in-folio, c'est Opus Quadragenmale d^ Legtbus, de Léonard d'Utine) imprimés avec le plus gros des caractères qu'on attribue à Zel ; plus de la moitié sont des ouvrages considérables, cependant les deux éditions de la prétendue Bibk de Zel, étant d'un caractère moindre, n'en font pas partie. Quatre de ces ouvrages nous donnent seuls quelques maigres renseignements :

{a) Le 17 janvier 1473 Zel fait paraître l'énorme Recueil de Sermons du Franciscain Robert Garaccioli de Litio. Il y imprime son nom ;

{b) Un recueil également volumineux, celui du Dominicain Léonard d'Utine, paraît la même année, mais ni le jour, ni le nom de l'imprimeur, ni celui de Cologne ne s'y trouvent. On y a seulement imprimé le millésime 1473 ;

(c) Le lundi 7 mars 1474 parut le Sermones Discipuli du Dominicain Jean Hérolt, recueil énorme, ne faisant connaître, avec cette date, que le nom de Cologne; encore le colophon n'est-il pas en évidence, mais caché dans l'intérieur du livre, à la fin du 136' sermon, qui n'est pas le dernier;

(d) Le vendredi 18 avril 1477 parurent à Cologne, dit le

colophon, les Dectsiones Auditorum, formant aussi un

gros in-folio gothique.

Est-il croyable que Zel, propriétaire d'une imprimerie, ne se fût nommé qu'une seule fois dans les quatre colophons qu'il prenait la peine d'imprimer? Il constate l'année, le jour

du mois, même le jour de la semaine, et néglige de faire connaître son nom ! Tant d^indifférence, rare chez un individu, ne peut se rencontrer que chez une confrérie — chez une association dans laquelle trop de personnes prennent part au travail pourqu*une seule en réclame tout Thonneur.

6** Ces ouvrages sont presque .tous à deux colonnes de trente-cinq lignes ordinairement. Leur nombre de pages dépasse parfois 600 et 700, et s*élève même plusieurs fois à près de 1,000. Le nombre de poinçons qu'il avait fallu graver état loin d'être au minimum ; ainsi il y a â A, 2 C, 2 D, 2 N, 2 Q, 2 R, 2 S, 2 y, 2 d, 4 g, sans parler d'une multitude de polytypes. Voilà un luxe peu en usage chez un pauvre débutant, mais qu'on pouvait se permettre dans une maison qui comptait déjà près d'un demi-siècle d'existence et de travaux calligraphiques.

Mais enfin, dira-t-on, si Ulric Zel n'a pas pu imprimer les deux cents ouvrages qu'on lui attribue, quel en est donc le véritable imprimeur? La réponse à cette question se trouve dans les faits que nous venons de signaler.

Ulric Zel arrive de Mayence vers le commencement de 1463. Dénué de ressources, il dut chercher, s'il ne les connaissait p€is d'avance, des personnes capables de lui venir en aide et que lui-même pourrait enrichir de la nouvelle industrie qu'il avait acquise à l'école de Schoiffer.

Or il y avait à Cologne, au monastère de Weidenbach, une confrérie qui depuis une cinquantaine d'années se livrait au travaux de calligraphie, c'étaient les Frères de la Vie Commune. Dans des maisons du même ordre s'établirent des imprimeries dans plusieurs villes. Nous ne citerons, à cause de leur voisinage de Mayence, que les Frères de Marienthal. Ceux de Cologne avaient le plus grand intérêt à se faire initier aux mystères du nouvel art; Zel avait de son côté besoin d'auxiliaires ; ainsi quoi de plus naturel, de plus logique que de voir Zel s'établir à Weidenbach? C'étaient deux moitiés d'un même tout que la Providence rapprochait Tune de

Tantre. On reconnaît sans effort combien ce rapprochement est vraisemblable ; mais allons plus loin et prouvons historiquement qu'il est véritable.

Un des frères de ce couvent, Jean de Alen, nous apprend,, dans plusieurs notes manuscrites que nous avons lues sur des livres de la Bibliothèque de Weidenbach, qu'il était prêtre, qu'il avait relié certains ouvrages, et qu'il en avait disposé et procuré plusieurs autres. Or ces mots disposer eiprocurer ne peuvent se traduire dans ces notes que par un verbe exprimant les fonctions de prote et de correcteur. (V. Lettres d'un Bibliographe, 3^ série.) Il en faut donc conclure qu'on imprimait à Weidenbach.

Ensuite les frères de ce couvent se firent bâtir, en 1490, une église, dédiée à Saint-Michel, avec l'argent qu'ils avaient gagné scribendo sacros codices, « en écrivant les livres sacrés. » (V. Sacrarium Agrippinœ, de Winheim, Cologne, 4736, p. 146.) Avoir gagné à Cologne, en 1490, à copier les livres, assez d'argent pour pouvoir bâtir une église est une assertion qu'il ne faut pas prendre à la lettre. Lisez tmprimendo au lieu de scribendo. L'auteur lui-même — même ouvrage, même page — en parlant d'un cachet, dit in quo scn'ptum, « on y avait gravé. » Le témoignage de Winheim n'a donc un sens acceptable qu'autant qu'il affirme un établissement typographique chez les Frères de la Vie Commune de Weidenbach.

Enfin dans les notes manuscrites dont nous parlions tout à rheure on voit associés les noms de Jean de Alen et d'Ulric Zel; on y implore en leur faveur les prières des lect^rs futurs, parce qu'ils ont l'un préparé, l'autre imprimé les livres contenant ces notes.

Ulric Zel a donc établi l'imprimerie à Weidenbach. Il y a rempli le rôle le plus important, en sa qualité de fondateur, mais il y a trouvé d'indispensables auxiliaires, qui doivent partager avec lui l'honneur de cette fondation comme ils en ont partagé les travaux et les dépenses.

Zel ne pardt pas d'abord avoir pensé à graver de plus 'beaux caractères que ceux de Schoiffér; il se borne à une imitation fidèle de celui de la Bible de 1462, celle de quarantehuit lignes. Cette imitation rend compte de Terreur des bibliographes qui ont attribué à Schoiffér des livres imprimés avec le caractère si peu différent de Zel. Membre d'une association, il avait à faire moins d'efforts pour réussir, et se • souciait peu de se donner tant de peine pour acquérir de la gloire, dont il ne serait pas seul à jouir; mais, par compensation, comme depuis cinquante ans les Frères de Weidenbach étaient en possession de copier et de vendre beaucoup de livres, les produits de la presse que Zel avait établie chez eux trouvèrent un débit facile, et quelques années plus tard Zel et ses associés étaient devenus assez riches, Tun pour acheter deux maisons, dont Tune — celle de Lyskirchen — était ce qu'aujourd'hui nous appelons un hôtel, les autves pour se faire bâtir une église plus belle et plus grande que celle qu'ils avaient déjà.

Tout nous porte à croire que les livres qu'ils imprimaient n'étaient pas Tunique source de leurs gains; les élèves qu'ils initiaient à l'imprimerie devaient leur payer un tribut considérable.

William Gaxton, dansTépilogue du troisième livre du Recuyell of tke Histotnes of Troye, s'exprime en ces termes : / haue practysed and lemed at my grete charge and dispense

to ordeyne this said book in prynte a Je me suis livré

(( à la pratique et à Tétude de l'imprimerie à mes frais c< et grandes dépenses, afin de mettre ce dit livre sous la « presse »

11 n'est plus permis de douter que ce fut à Cologne que Caxton imprima ce roman, dont l'original en langue française y avait déjà été imprimé entre Tannée 1464 et Tannée 1467, c'estA-dire entre Tannée où Raoul le Fèvre, chapelain du duo de Bourgogne et auteur du livre, le terminait et Tannée de la mort du duc Philippe le Bon qui le faisait im-

primer. Or il n'existait d'imprimerie à Cologne, dans cet intenrallej que chez les Frères de la Vie Commune.

Suivant Auguste Bernard, Zel serait Timprimeur de ces deux éditions de ce roman, Tune en français, Fautre en an* glais. Si Ulrio Zel n'était que simple clerc en 1466 et 1467, ce ne pouvait être à lui que l'on s'adressa pour imprimer ces ouvrages^ et nous savons qu'il ne prit que beaucoup plus tard le titre de magister artis impressortx. D'un autre côté, Caxton, qui avait soixante ans quand il apprit l'art d'imprimer, a dû se constituer apprenti dans une maison digàe de sa vieillesse et de ses cheveux blancs. De plus, ambassadeur d'Edouard lY, en 1461, pour conclure avec Philippe le Bon un traité de commerce, il a dû se choisir des maîtres dignes de son caractère officiel. Où ces conditions se trouvaient-elles mieux remplies que dans le monastère de Weidenbach, au milieu de prêtres vénérables, de clercs instruits, dont quelques-uns même appartenaient à des familles patriciennes?

Nicolas Jenson n'a pu s'initier au nouvel art que dans la même mcdson, ainsi que beaucoup d'autres dont nous avons déjà cité les noms.

Voyons donc dans les deux cents ouvrages qu'on attribue à Ulric Zel le produit des travaux typographiques d'une association habilement organisée, dont il était la cheville ououvrière, et hors de laquelle il lui eût été impossible de publier tant de livres souvent très-considérables.

Ceux qu'il imprima seul, une fois installé dans l'hôtel de Lyskirchen, ont un caractère intrinsèque et extrinsèque tout différent de ceux qui les précédèrent. Ce ne sont plus des sermonnaires, des traités de théologie, des livres, en un mot, à l'usage du clergé ; ce sont surtout des livres à l'usage des écoliers de l'Université et n'offrant plus guère *ces marques auxquelles on reconnaît les incunables. On n'y voit plus que traités de grammaire, de logique et de philosophie ; il imprime surtout beaucoup moins dans la seconde période de sa carrière que dans celle de son association à Weidenbach.

On ne saurait, en un mot, s'empêcher de reconnaître que les nombreux ouvrages attribués à Ulric Zel sont plutôt le résultat des travaux d*un grande association, et que ceux qui offrent le nom de Lyskirchen proviennent des efforts isolés d*un seul individu.

Avant de clore notre étude sur le prototypographe de Cologne, nous dirons quelques mots du seul ouvrage important dans lequel on lise son nom imprimé : c'est le Recueil des SeTTnons de Robert Garaccioli, dont nous avons déjà fait mention. C'est un volume in-folio gothique de 360 feuillets, imprimés à deux colonnes de trente-sept lignes. Il se décompose évidemment en trois parties, dont la première contient dix cahiers de dix feuillets, suivis d'un quatemion; la seconde, neuf cahiers de dix feuillets, suivis de deux quaternions et d'un temion, et la dernière quatorze quintemions. De ces trois groupes chacun constituait le travail de deux compositeurs; il y en avait donc six collaborant ensemble à la composition du volume.

Or, voici ce que nous y avons observé de singulier et d'assez peu facile à expliquer : on y voit, nous l'avons dit, deux différents A a majuscules; les a sont en beaucoup plus grand nombre dans les deux premiers cahiers de chacune des trois parties du volume que dans les cahiers suivants. Ainsi dans les deux premiers cahiers de la première partie nous en avons compté plus de vingt, trente au moins dans ceux de la deuxième et une quarantaine dans ceux de la dernière, tandis que dans tous les autres cahiers on ne les aperçoit qu'à de rares intervalles.

On peut conclure de cette observation que ces a occupaient un cassetin à part, dans lequel le compositeur était sûr de les trouver. Comment expliquer autrement qu'il ait pu en réunir jusqu'à cinq et même six dans une seule colonne? Il devait en être de même pour les autres majuscules de formes différentes et pour les lettres de bas de casse qui avaient deux, trois et même quatre figures diverses.

Nous arrivons ainsi à reconnaître que la casse primitive, quoiqn*elle ne contint, comme dans le cas présent, que des lettres d*un seul caractère, devait néanmoins se diviser en un nombre considérable de compartiments. Ce nombre doit cependant être multiplié par six, puisque six compositeurs travaillaient ensemble à ce même ouvrage. Tout nous révèle donc un établissement assis sur de vastes bases, et fondé par conséquent plutôt par une association que par un seul individu. Quant à la prédominance de la lettre majuscule a dans les deux premiers cahiers de chaque division du livre, et à sa rareté dans les cahiers suivants, on ne saurait y voir un effet du hasard; mais quelle en est la cause?

On ne faisait la dépense de graver plusieurs poinçons pour une même lettre que dans un but d'utilité; or, ce qu'on jugeait utile alors, c'était d'imiter le mieux possible les manuscrits, en donnant comme eux, à certaines lettres — surtout aux majuscules — des formes différentes. On ne pouvait pas mieux s'écarter de ce but qu'en prodigant une initiale de même fSgure dans une même colonne ; c'est pourtant, comme on Ta vu plus haut, ce qu'ont fait trois des compositeurs ; mais ce désordre fut signalé, et cessa dès lors.

Il en est résulté pour nous une curieuse révélation sur le mode de composition pratiqué à Weidenbach. Nous allons y voir la preuve que six compositeurs travaillaient simultanément au même ouvrage. Rappelons d'abord que les trois divisions typographiques du livre qui nous occupe sont clairement accusées par le nombre de feuillets des derniers cahiers; mais voici par quel moyen nous apprenons que deux compositeurs collaboraient en même temps à un même feuillet. Les majuscules de la forme a sont presque toutes sur les pages recto et celles de la forme A sur les pages verso ; or on ne voit aucune raison qui ait pu déterminer le même compositeur à distribuer ainsi les lettres dont nous parlons; mais on comprend sans peine que le même compositeur^ dont le cassetin contenait plus de a que celui de son colla-

borateur, ait dû les multiplier sur la page qu'il composait, tandis que son collègue devait multiplier les A, qu'il avait en plus grand nombre.

Au reste, si la lecteur parcourt les Lettres d'un Bibliographe, seconde série, p. 6, 7, 17 à 22, il y trouvera d'autres faits à l'appui de notre explication. Il faut se souvenir aussi qu'un même lecteur — un anagnostes — dictait à plusieurs compositeurs.

Nous aurons lieu de reparler de l'imprimerie des Frères de la Vie Commune du Monastère de Weidenbach à propos de Venise et de Westminster, que Nicolas Jenson et William Gaxton ont rendus célèbres par leurs travaux tjtJiQgraphiques.

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