‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden] (volume 3)Chapitre 3 sur 12 · DEUXIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

DEUXIÈME LETTRE

Mon cher ami,

Jo vais maintenant vous donner le signalement typographique de mes trois exemplaires.

Leur format est l'in-quarto gothique. Les six premiers cahiers sont des quaternions ; le dernier n'a que six feuillets; il y a donc 34 feuillets.

Le papier offre le même filigrane dans les trois exemplaires : c'est une des formes de la tête de taureau. L'un d'eux, K, offre de plus une des formes de la lettre P.

Je désignerai par la lettre S l'ua des exemplaires; c'est à la bibliothèque du Stadthaus de Cologne que je l'ai rencontré pour la première fois ; par la lettre K, l'autre exemplaire; je l'ai acheté à Cologne; par M, le troisième; il provient de la bibliothèque de Munich.

Le filigrane indique qu'on a imprimé chaque exemplaire par demi-feuille.

Le papier de S est d'une bonté et d'une beauté remarquables.

L'encre est d'un beau noir dans les trois exemplaires. Le foulage, très fort dans S, l'est moins dans K et moins encore dans M. Les caractères ont l'air neufs dans S, moins dans K et surtout dans M.

Le premier feuillet manque h K et à M.

Le premier feuillet de S contient, au recto, les 24 derniers vers do la ^"^ églogue de Virgile. Une main contemporaine a

écrit au bas : « TêÀwo- finis bucolicorumVirgilii poetaî clarissimi raedicique expertissirni. » Ce feuillet vénérable offn' sans doute la première page de Yirgile qui ait jamais été imprimée ; car Tédition princeps de Rome est de 1469, et vous verrez que ce livre a été imprimé à Cologne en i463.

Chaque page, dans les trois exemplaires, a 27 lignes, excepté les pages 11, 11 v, 13, 13 v qui en ont 28, et la dernière qui n'en a que 23. Je désigne les pages impaires par 1, 2, 3 54 et les pages paires par 1 v, 2 v 54 v.

Quant à la justification, elle offre quelques différences :

Les lignes de S ont 83 millimètres.

Celles de K, dans les 5 premiers cahiers, en ont 84, excepté celles de la l'^"' page qui en ont 87. Dans le 6® cahier, les pages 41 à 47 ont leurs lignes de 86 millimètres. A la page 47 v, les lignes en ont 82; aux pages 48 et 48 v, elles en ont 87 ; au dernier cahier, les lignes ont 84 millimètres.

Les lignes de M ont 83 millimètres, excepté la 1" page dont les lignes en ont 85, et la page 8 v dont les lignes en ont 81.

Les pages des trois exemplaires ont la même longueur, car elles sont composées du même nombre de lignes, sans interlignes, et les lettres ont la même force de corps. (C'est la dimension invariable de la lettre ; elle se mesure de haut en bas. La dimension variable, se mesurant de gauche à droite, s'appelle épaisseur.)

Dans les trois exemplaires, les lignes sont pleines, excepté les suivantes : la 3® du titre et les 4 l""*^* du texte, la 1" de la page 16, la 16'' de la page 30 et la 19° de la page 35. Ces trois dernières lignes offrent un cadratin (un vide) au lieu de lettres.

Ainsi le texte se déroule sur 105 pages dont les lignes sont pleines, à l'exception de 8 sur 2,837 !

Les trois exemplaires sont sans titres, ni pagination, ni réclames, ni signatures.

Ainsi le travail du compositeur, no réclamant pas celui

trun metteur en pages, passait à l'ouvrier chargé de l'imposition. (C'est l'arrangement des pages métalliques sur le marbre.)

La simplicité produisait la rapidité.

On a imprimé les trois exemplaires avec ces lettres de bas de casse et ces petites capitales que Ton voit dans le plus grand nombre des livres attribués à Ulric Zel.

Il y a dans S un C qui présente à l'intérieur un trait vertical d'une grande finesse; il se trouve aussi dans K; il manque à M.

Dans les trois exemplaires, la ponctuation est désordonnée; cependant, j'ai constaté qu'à la fin d'une phrase et par conséquent devant une capitale initiale, il y a presque toujours un point, de la forme d'un Z penché dont le trait du milieu est épais et court; ce point est placé sur le niveau inférieur de la ligne et semble remplir les fonctions du point, des deux points et du point et virgule d'aujourd'hui.

Il y a un autre point de même forme et de moindre grosseur qui se place à égale distance des niveaux inférieur et supérieur de la ligne et qui semble jouer le rôle de notre virgule. Je vois des points d'interrogation, moins cependant qu'il n'en faut.

Dans les trois exemplaires, il y a, 28 v, ligne 18, un exemple de deux points r ; je le crois unique. (Il y en a un au 6® vers de l'églogue.)

Je vois, aux trois exemplaires, 29 v, ligne 17, et 21 v, ligne 26, le signe 1> qui équivaut à « id est. » Je crois qu'il n'y en a pas d'autre.

S a 32 divisions (trait qui annonce à la fin d'une ligne que le mot n'est pas fini) éparses au hasard sur les 105 pages. Elles s'élèvent obliquement, en envahissant la marge.

K n'en a qu'une, 30 v; elle est en dedans de la justification. (S en a une au même mot.)

M n'en a qu'une, 38, en dehors de la justification. (Magnopere.)

Les pages 4 et 5 sont transposées dans l'exemplaire M. Elles ne le sont pas dans S ni dans K.

Ces faits prouvent que les trois exemplaires n'appartiennent pas à la même édition. Ils n'appartiennent pas davantage à trois éditions successives.

Je vous démontrerai, dans les lettres suivantes^ qu'ils ont été composés sous la même dictée.

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