‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden] (volume 3)Chapitre 8 sur 12 · HUITIÈME LETTRE · texte numérisé non relu

HUITIÈME LETTRE

Mon ciiER AMI,

On n'a fait qu'une dictée aux trois compositeurs : tel est le paradoxe que je viens de vous démontrer; mais, à cause des conséquences importantes que je dois en tirer, rappelons et rapprochons les éléments de ma démonstration dont vous verrez mieux ainsi l'ensemble et partant la solidité.

A-t-on dicté trois fois le manuscrit ou ne Ta-t-on dicté qu'une fois? Si on l'a dicté trois fois, l'édition S serait la première, car elle est incontestablement la plus fautive ; or, est-il possible que la 2° édition, K, et la 3% M, offrent l'une et l'autre, en général, les mêmes fautes que S? Le temps qui s'écoule pendant le débit d'une édition ne permet-il pas, n*oblige-t-il pas de corriger beaucoup de fautes? (Il suffirait de comparer avec la moindre attention S, K et M, pour constater que la somme etl'énormité des fautes sont plus grandes dans S que dans K et dans K que dans M; de sorte que si les éditions étaient successives l'ordre serait : S, K, M; mais cet ordre n'est, en réalité, que celui du mérite relatif des trois compositeurs.) Non! on n'a pas fait de la prétendue l'® édition une marchandise sérieuse, après en avoir, à bort escient, tronqué, entre autres choses, le mot « Aristoteles, « 12 v, de ses cinq dernières lettres, la ligne quatre de la page 25 v du mot « nisi, » et la page 47 de deux lignes entières !

Ni de K qui offre même des fautes qui ne se trouvent pas dans S ; telle est colle-ci : 43, « circumdinum » au lieu de (( circunicidamini. »

Ni de M qui offre aussi des fautes étrangères aux deux autres; celle-ci, par exemple : 18, « in Petro viz » au lieu de « Petro. »

Les lecteurs de la V^ édition auraient protesté contre son incorrection et les deu% dernières en auraient été purgées, loin de présenter des erreurs, je ne dis pas plus nombreuses, mais plus graves. Si quelques fautes ont disparu de K et de M, c'est qu'elles étaient si faciles à reconnaître qu'on les a corrigées au vol, pour ainsi dire, pendant la dictée. En effet, chaque compositeur, selon qu'il entendait, écoutait ou comprenait le texte, selon qu'il était plus oui moins confiant en lui-même, copiait ce texte avec plus ou moins de fidélité. Dans tous les cas, les compositeurs ne corrigeaient guère de fautes, parce qu'il est moins facile de juger un texte que l'on nous dicte que celui que nous lisons, l'œil enïbrassant plus de mots que l'oreille n'en entend à la fois; de plus, l'œil peut s'arrêter sur l'écriture, tandis que l'oreille ne saurait courir après la parole.

Non-seulement le plus grand nombre des- fautes sont les mêmes, dans les trois exemplaires,* ce qui résulte de la même dictée; car on ne peut expliquer autrement l'identité de tant de barbarismes, de solécisraes, de la mauvaise ponctuation, des erreurs typographiques, etc.; mais il y a plus : les fautes des prétendues éditions postérieures, qui ne se trouvent pas dans la première, sont incompatibles avec cette postériorité. Dans une édition postérieure, le texte peut et doit différer de celui de son aînée, si ce dernier est incorrect; cette différence en mieux est logique ; mais qu'un texte carrect, dès la 1'® édition, cesse de l'être dans les suivantes, ne fût-ce que dans quelques mots, cette différence en pis est incompatible avec le fait d'une édition subséquente.

Donc les trois éditions sont contemporaine».

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