Solempnitatibus au lieu de Solemnibus
A la page 37 v est un passage que je traduis ainsi : « Qui- » conque oserait donner la sépulture chrétienne à des héré- » tiques est excommunié par ce seul fait et ne peut recevoir » l'absolution qu'après avoir de ses propres mains et en public » exhumé et jeté au loin le ou les cadavres de ces damnés » hérétiques. » Au lieu de corpora damnatorum, il y a dans A et B corpora damnatis. Aux pages 35 V, 36, 36 V, l'auteur énumère dix-sept exceptions à une certaine règle ; tous ces cas sont exactement numérotés dans A et B, excepté le septimus casus.
La dictée commune aux deux compositeurs se révèle non seulement dans leurs fautes communes, mais aussi dans leur unanime exactitude ; dans une phrase de la page 22 se succèdent correctement les adjectifs nimius, nimta, nimiusj dans A ; dans B, au lieu de ces mots, on lit : minus, minima, nimius. Le compositeur a donc mal entendu les deux premiers mots ; mais, devenu plus attentif, il a bien entendu et
bien composé le troisième. B s'est égaré deux fois loin de A, s'en aperçoit et s'empresse de marcher d'accord avec lui. Ne prenez- vous pas là sur le fait la dictée aux deux compositeurs ? L'influence de l'anagnostes se montre clairement dans ce retour docile de B au texte dont il entend mieux maintenant la lecture.
3. Malgré l'identité continuelle des deux cent quatre-vingtsix pages de A et de B, les deux compositeurs montrent pourtant de non moins continuelles différences qui, tout en laissant les pages se correspondre chacune à chacune, empêchent les lignes de se correspondre exactement. Les lignes de A étant plus courtes que celles de B il en est résulté que A a passé beaucoup plus de mots que B. Non seulement il en a passé une multitude, mais encore il en a supprimé plusieurs groupes. Ainsi, page 51, il manque un groupe de neuf mots successifs ; page 115, un groupe de cinq mots; page 14, deux groupes l'un de trois, l'autre de six mots. Il est évident qu'une même condition avait été imposée aux compositeurs, celle de composer leurs pages de la même portion de texte. A, avec ses lignes plus courtes, n'a pu remplir cette condition qu'en supprimant non seulement des mots mais même une ligne entière. Ainsi, à la page 74 v, le compositeur de A se trouve avoir une ligne de plus que les vingt-sept lignes prescrites ; il n'hésite donc pas à la supprimer, au grand détriment du texte ainsi devenu incohérent et inintelligible. C'est une des quatre pages qui diffèrent dans A et B. Une autre, 30 v, commence par le mot aut qui termine la page précédente. Enfin deux pages diffèrent encore entre elles ; ce sont les pages 113 ; dans A les six dernières lignes sont dans l'ordre correct, i, 2, 3, 4, 5, 6 ; dans B elles sont dans le désordre suivant : i, 2, 6, 5, 4, 3. On voit donc que les compositeurs ont rempli scrupuleusement la condition de commencer et de finir identiquement leurs pages correspondantes, puisque les trois pages où cette condition est violée avaient été d'abord composées correctement.