II2V
: communem
commatrem
ii8v
: sacramenta
sacrant
: luciferum
letiferum
tnatura
matutina
impius
tempus
: vestre lacryme
lavant —
vestem lacryme lavant
dans B.
En parcourant cette liste, que je pourrais rendre beaucoup plus longue, on semble assister à la dictée faite aux compositeurs et plus ou moins bien écoutée par eux. Dans plusieurs cas on reconnaît même le trouble produit par une dictée précipitée ; page 10, par exemple, je lis dans B : unum negando alterum concéder e videtur; ce texte correct devient dans A ; unum negando alterum concedendo concessit Pendant qu41 composait les trois premiers mots qu41 venait d ^entendre il oubliait ou n'écoutait pas les deux derniers, qu'il remplaçait au hasard afin de compléter la phrase.
Je vous ai annoncé quatre pages dont le premier et le dernier mot ne sont pas les mêmes dans A et B. Je vous en ai indiqué trois. La quatrième et dernière infraction à la condition de commencer et de finir la page par les mêmes mots se constate à la fin du livre. B finit ainsi : explicit sermo de penù tentia. A n'a pas d^explictt.
Je vous signalerai un dernier désordre poussé à l'excès dans A. Il s'agit de la table des quarante-neuf chapitres de
Touvrage. Les tables dans A et B sont identiques et dans B les chiffres de la table et les chiffres des chapitres du texte se correspondent régulièrement ; mais il n'en est pas de même dans A. Plusieurs chapitres du texte n'ont aucun chiffre. Un plus grand nombre ont des numéros qui ne correspondent pas à ceux de la table. En un mot, le compositeur de A, au lieu de numéroter les quarante-neuf chapitres comme ils le sont dans la table, s'est abandonné au plus inexplicable désordre et cependant la table qu'il avait déjà composée, puisqu'elle occupe les trois premiers feuillets du livre, devait lui servir de guide ; mais il est infiniment probable que les chiffres des chapitres lui étaient dictés et que, mal prononcés ou mal entendus, ils devenaient l'extravagant numérotage que je vous signale.
Je viens, cher Monsieur, de vous faire assister trop longtemps peut-être à la minutieuse autopsie de nos deux incunables. Quelle conclusion instructive faut-il en tirer? La même que celle que vous vous rappelez sans doute avoir lue dans la première série de mes lettres. Les exemplaires A et B n'appartiennent pas à des éditions spécialement et uniquement destinées à être vendues. Elles sont l'ouvrage d'apprentis typographes qu'on initiait à l'art nouveau. On avait probablement imposé au compositeur de A la condition difficile à remplir de faire ses lignes plus courtes que celles de B, en multipliant les abréviations ; mais le plus souvent il en est réduit au procédé de Procuste, ce brigand de la mythologie qui faisait coucher ses hôtes sur un lit de fer et leur coupait les jambes sans pitié quand elles étaient trop longues pour ce lit inhospitalier.*
Ce n'est pas un imprimeur soigneux de sa réputation, attentif à ne publier que des livres corrects, digne de la confiance de ses clients qui a livré le travail de la composition à des mains aussi inexpérimentées et aussi négligentes. En un mot, ce n'est pas à Ulric Zel qu'il faut attribuer les deux éditions de notre incunable. C'est dans le couvent de la rivière
des Saules, le couvent de Weidenbach, à Cologne, qu41 faut très probablement chercher les imprimeurs novices de nos deux incorrectes éditions.
Permettez-moi de vous renvoyer à la onzième lettre de ma première série pour y trouver les preuves de mon assertion. Elle vous convaincra que le texte que regarde le compositeur se comprend mieux que le texte qu41 écoute, parce que les yeux embrassent en même temps toute une suite de mots que l*oreille ne recueille que les uns après les autres.
L'examen de notre incunable, outre les renseignements typographiques, en fournit un très curieux sur la pratique de la confession au xv® siècle. Le confesseur y semble muni d'un flambeau à Taide duquel il explore minutieusement les cœurs de ses pénitents et de ses pénitentes. Rien n'échappe à son enquête. Il soulève tous les voiles et fouille même, sans vergogne, dans les mystères du lit conjugal ; mais j'allais oublier que dans cette lettre je ne dois vous entretenir que de l'imprimeur, et non de l'auteur de Summulla Confessionis. — Croyez-moi, cher Monsieur Tross, votre dévoué
Ce 28 février 1885.