PRINTED BY T. COLLINS, HARVEY^S BUILDINGS, STRAND, LONDON
On y lit aussi un avertissement intitulé : British Circulating Library et daté du 30 mars 1810. Il est très probable que cette date si précise reproduisait, pour mieux cacher la fraude, la date de la véritable troisième édition.
L'un des trois exemplaires a les mêmes fautes que le mien, savoir, à la page 80, Watse au lieu de Waste et 73 au lieu de 85 à la pagination.
Cette édition est considérée comme rare par les bibliothécaires du British Muâeum.
Il paraît que la contrefaçon a aussi publié une prétendue quatrième édition sous la date de 181 1, qui est celle de la véritable, mais qui est démentie par les dates de 1812 et 1814 qu'on lit dans les filigranes.
Qui était Pauteur de ces contrefaçons ? Tout porte à croire que c'était Cawthorn lui-même que Byron avait choisi pour publisher de sa satire. En 1812, la cinquième édition était déjà fort avancée quand le jeune auteur prit la généreuse résolution de la supprimer entièrement et envoya ses ordres à Cawthorn de jeter l'impression toute entière dans les flammes. Incendier une édition d'un assez considérable nombre d'exemplaires dont Byron abandonnait tous les profits à son /«MVA^r^ édition dont chaque exemplaire se vendait cinq shillings et que l'avide curiosité du public devait enlever si rapidement.
c'était résister héroïquement à une tentation séduisante ; Cawthorn, qui était libraire et non héros, succomba. Il prit quelques précautions, mais sans se défier des filigranes dont l'indiscrétion le trahit aujourd'hui.
Voici une autre preuve du désir que possédait Cawthorn de braver les ordres de Byron : Il y a au British Muséum une prétendue quatrième édition des Engîish Bards. . . datée de Londres 1811. Elle porte une note manuscrite d'un ami de l'auteur, Dallas ; je la traduis : « Cet exemplaire est l'un de » ceux en petit nombre qu'on a conservés de l'édition suppri- » mée qui devait être la cinquième. Comme on n'en avait » pas encore imprimé le titre, on prit celui de la quatrième » édition. »
Dallas ne me semble pas avoir compris l'intention perfide qu'avait Cawthorn en donnant pour quatrième édition celle qui était réellement la cinquième ; il voulait évidemment éviter par là les reproches de Byron qui lui avait formellement défendu la publication de la cinquième édition et qui croyait naïvement qu'il n'en survivait qu'un seul et unique exemplaire, ainsi qu'on le voit dans sa lettre à Murray du 13 juin 1813.
Je veux en finissant résoudre une objection que l'on pourrait me faire sur l'emploi du mot contrefaçon pour désigner la fraude dont Byron était la victime ; assurément Cawthorn, en affublant d'une fausse date les exemplaires qu'il avait dû brûler et en en imprimant vers j 81 7 avec la date de 18 10, était pire qu'un contrefacteur dans le sens vulgaire de ce mot. Il jouait un rôle mille fois plus odieux; mais notre langue n'a que ce mot de contrefaçon pour désigner le préjudice que cause toute fabrication clandestine. Dans le cas de Cawthorn, il faudrait un terme qui exprimât à la fois l'avidité, l'ingratitude et la sottise. Heureuse la langue qui possède tant de richesse! Plus heureuse celle qui peut s'en passer!
J. P. A. Madden.
Versailles, ce 19 juin 1879.