LE CATALOGUE DES INCUNABLES DE LA BIBLIOTHÈQUE DE TOULOUSE
Un bibliographe dont les savants et nombreux travaux sont tonnus et estimés de tous les bibliophiles instruits, M. le docteur Desbarreaux-Bernard, vient de faire paraître (i) le Catalogue des Incunables de la Bibliothèque de Toulouse, C'est un volume grand in-octavo de lxxiii et 266 pages, orné de 25 planches représentant 352 filigranes de papiers anciens et de 27 autres planches reproduisant des lettres ornées, des colophons, des marques d'imprimeurs, des figures, recueillis en général dans les incunables de la Bibliothèque de Toulouse. Quelques marques typographiques sont imprimées en rouge.
Le catalogue contient 285 articles dans lesquels le savant bibliographe reproduit les titres et les colophons des ouvrages, en donne le signalement typographique, en décrit la condition
(i) Toulouse, Paul Privât, imprimeur-libraire. Le livre est imprimé aux frais de la ville.
et les filigranes. De ces incunables, 19 seulement ont été imprimés à Toulouse, 40 à Lyon, 68 à Paris, 70 à Venise qui en a ainsi fourni le plus grand nombre.
Dans son avant-propos, l'auteur exprime, au sujet des incunables, des vues pleines de prudence et dignes d'attention: nous les trouvons trop sages pour ne pas les partager : « C'est » dit-il, en prévision de la destruction de nos vieux livres que » nous avons conçu le plan du Catalogue des Incunables de » la Bibliothèque de Toulouse, Nous avons pensé qu'en » reproduisant exactement leurs titres, en les décrivant, » minutieusement, prolixement même, en reproduisant, aussi, » leurs types les plus remarquables et les moins connus, en » relevant les marques de tous leurs papiers, en donnant une » description exacte des gravures qui les décorent et des » reliures qui les recouvrent, etc., etc., on ferait une chose » utile et profitable à l'étude de la bibliographie. »
Il n'en fciut pas douter, ces descriptions exactes et complètes des incunables deviendront, dans un avenir peu éloigné, la ressource unique et précieuse des bibliographes qui n'auront plus à leur disposition les livres du xv® siècle que nous voyons chaque jour disparaître, soit par les causes inévitables de destruction, soit par leur dispersion dans les bibliothèques du Nouveau-Monde.
On trouvera surtout dans le catalogue dont nous parlons des détails intéressants sur les papiers et les formats des incunables. L'auteur, dans une plaquette publiée il y a quelques années, avait déjà signalé deux incunables imprimés sur des papiers de différents formats ; c'étaient : Exempla Sacrœ Scripturœ et Diogenes La£rtius, Dans le présent catalogue, il donne une description minutieuse de trois autres incunables, dans le même cas ; ce sont : Spéculum Humanœ Vitœ, Vcabularius Juris,Biblia impressa per F, de Hailbrun, Que de bibliomanes ont dû posséder ces livres sans se douter des ressources qu'on pouvait leur emprunter pour l'histoire des premiers essais de la typographie ! Il fallait l'ardente curiosité
et la patience intelligente du vénérable bibliographe pour arracher à ces vieux livres les secrets qu'ils recèlent depuis des siècles, sans qu'on se soit jamais avisé de les y découvrir. Au n° 73, M. Desbarreaux-Bernard décrit un exemplaire de la Bible de Coburger de 1477. Il nous permettra quelques remarques additionnelles. Le poids de notre exemplaire est presque de 9 kilogrammes. Un seul feuillet est blanc ; c'est le premier. On commençait à ménager le papier. L'imprimeur avait pensé à la division de cette Bible énorme en 2 volumes parfaitement égaux; en effet, les 24 premiers cahiers sont d'abord un cahier de 12 feuillets, puis 21 quinternions, suivis de 2 ternions, ce qui fait 234 feuillets, moitié des 468 du livre entier. La seconde division commence par le livre des Proverbes. Outre les 6 filigranes de l'exemplaire de Toulouse, le nôtre nous a offert ici fois la rosace de grande et de petite dimension. Ce que le docteur appelle scte à manche ç^^t plutôt une étrille. Notre exemplaire nous offre un seul feuillet avec le médaillon marqué d'une croix. La lettre à gauche est un P. Notre dernière remarque sera relative à l'interprétation que le savant bibliographe donne de quatre vers imprimés à la fin du Doctrinal du Tems, , , par Michault. Voici les vers:
Un trépied et quatre croissants, Par six croix avec six nains faire Vous feront être connaissants, Sans ^illir de mon milliaire.
Nous n'avons vu nulle part le mot mains dans le second vers. C'est donc nains qu'il faut lire. Ainsi nous accepterons l'ancienne interprétation qui voit dans le trépied^ la lettre m (et non M comme on le voit presque chez tous les bibliographes) ; dans les quatre croissants^ quatre CCCC ; dans les six croix ^ six XXXXXX, et dans les six nains, six iiiiii. La date énigmatique est donc 1466, date non de l'impression, mais de la composition du livre. Les savants bibliographes
Ebert et Hain citent ces quatre vers sans le vaoX, faire qui, en effet, n'est là que pour la mesure et pour la rime et qui rend la pensée du mauvais poète presque inintelligible.
Comme le Doctrinal est dédié au duc de Bourgogne, Philippe le Bon, mort en 1467, 1466 nous semble être le véritable mot de Ténigme.
Notre interprétation est d'autant plus vraisemblable qu'au XV® siècle les unités (i, i, i, i, i, i) sont presque toujours imprimées en caractères plus petits que les lettres romaines X qui les précèdent (XXXXXXiiiiii). Cela justifie la métaphore des six nains (i).
(i) Cet article nous a été remis par un bienveillant ami de La Typologie désirant garder l'anonyme.