‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden]Chapitre 31 sur 83 · II · texte numérisé non relu

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son style et lui communiquent leur énergique précision.

Le plus long des douze chapitres de cet ouvrage, le septième, est consacré à réfuter l'incroyable prétention de quelques Anglais qui veulent enlever à Koenig la gloire d^nventeur de la machine à imprimer, pour investir de cette gloire posthume leur compatriote James Nicholson. Koenig est mort depuis un demi-siècle ; il est temps enfin de dissiper complètement les nuages qu^un absurde égoïsme national a rassemblés autour de son nom. M. Goebel a rempli cette tâche avec un généreux dévouement ; nous ajouterons quelques détails sur cet intéressant sujet.

Invoquons d^abord en faveur de Koenig un témoignage important, celui du savant docteur Olinthus Grégory ; tous deux naquirent la même année (1774). Le docteur, d'abord libraire à Cambridge, devint ensuite professeur de mathématiques à Wooiwich. Dans la troisième édition de son Traité de Mécanique, en 18 15, il regarde Koenig comme l'inventeur de la machine à imprimer. C'est quelques ' semaines seulement après, le 29 novembre 18 14, qu'il rend ce témoignage. Or, il réunissait toutes les conditions nécessaires pour rendre à Nicholson, son compatriote, son contemporain, la justice qu'il lui devait, s'il était réellement l'inventeur, mais il ne prononce pas même son nom et laisse ainsi échapper l'occasion de saluer une gloire nationale.

Nicholson n'est pas le premier venu dans la science. Son aréomètre est depuis longtemps et sera toujours un instrument indispensable en physique et en minéralogie. Il publia en 1790 the First Principles of Chemistry ^com^ihition savante et utile que traduisit en allemand Spohr, dès l'année suivante, à Riga. Le journal ou revue scientifique qui porte son nom a servi à propager les découvertes en physique, en chimie et autres sciences, il y a environ un siècle. Il obtint en 1790 un brevet pour une machine à imprimer sur le papier et autres substances, par une méthode plus soignée, moins chère et plus exacte que celles des presses en usage.

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Il a recours au logotypes. Ses types auront la forme de coins et seront fixés ensemble sur la surface d^un cylindre à l'aide de colle, ou de mastic, ou de vis, ou de coins. Il propose des brosses pour déposer l'encre sur les caractères. . . .

Ce peu de renseignements suffisent pour apprendre au lecteur combien Nicholson était étranger à la pratique de l'imprimerie. On dirait qu'il a reconnu plus tard lui-même l'impraticabilité de ses plans typographiques. Je vais vous traduire quelques passages d'un article de lui-même, intitulé the Progress of Mechanical Discovery; il se trouve page 309 du second volume de A Journal of Natur al Philosophy , etc. Il l'écrivait quelques années après l'obtention de son brevet.

« Un ingénieux théoriste, étranger à la pratique des arts » mécaniques, imagine une combinaison nouvelle de forces » capables de produire un effet déterminé. Il en combine, » organise et dispose l'ensemble dans sa pensée ; solitude, » obscurité, énormes efforts de réflexion, tout est mis en » œuvre; enfin, il a recours à sa planche à dessiner. Ses » épures lui révèlent des circonstances qui ont échappé à » son imagination. Ce sont de nouveaux arrangements à » faire, d'imprévus obstacles à vaincre. La première » conception, ou ce que le monde appelle l'invention^ n*a » exigé de notre inventeur qu'une portion infiniment petite » du génie mécanique qu'il lui faut maintenant développer. » Supposons cependant ses épures achevées ; mais ce n'est » là que l'image de sa machine. Il ignore encore si elle » exécutera le travail qu'il lui demande. . . .

» Si des expériences sans succès le désespèrent sans » l'instruire, que lui reste-t-il à faire ? Faut-il qu'il empoisonne » son existence, en dirigeant sans relâche ses efforts, ses » facultés, ses ressources, vers un objet séduisant et trompeur » qui ne fera qu'augmenter ses embarras de jour en jour? » Ou plutôt, en se décidant à l'instant même à laisser là » son chimérique projet, ne donnera-t-il pas une noble » preuve de franchise et de courage ?

» Ma longue expérience m'autorise à affirmer que jamais » invention mécanique réellement nouvelle n'est arrivée à » un état de complète perfection qu'après avoir coûté au » moins trois fois le prix de la machine achevée, sans tenir » compte du labeur incalculable de l'inventeur. »

Ces réflexions judicieuses nous apprennent que Nicholson avait reconnu lui-même quel intervalle immense sépare la conception d*une machine compliquée de son entière réalisation, et cependant c'est à lui que l'on veut attribuer l'invention de la machine à imprimer. M. Goebel signale clairement les motifs de cette audacieuse prétention : Bensley, dit-il, trouva convenable de rompre son association avec Koenig et fut ainsi le premier à se souvenir de Nicholson et de ses prétendus services rendus à l'imprimerie. Koenig revendiquait ses , droits que Bensley voulait sacrifier à son avantage. Comme il fallait à Bensley un bouclier pour se mettre à l'abri de l'indignation publique, il voulut faire passer Koenig pour le plagiaire de Nicholson ; par là il n'était plus celui de Koenig. En réalité, continue M. Goebel, quelles données avait-on sur Nicholson et son invention? , Was hatte es nun mit diesem Manne und seiner^t. Erfindungi^ in der That fur eine Bewandtnissf Et il répond à cette question d'une manière complètement satisfaisante en reproduisant surtout le brevet de 1790. Ce brevet, dit-il encore, ne révèle rien autre chose qu'un premier pas dans l'invention de la machine à imprimer, ainsi qu'il arrive dans l'histoire de la plupart des inventions. Comme Koenig, et presque en même temps que lui, il a compris l'insuffisance de la presse en bois encore seule en usage alors. Comme lui, il a réfléchi au remède ; mais, différent de Koenig, il se borna à confier au papier des idées obscures, à peine encore ébauchées, incertaines, souvent enfantines. Il les conserva sous forme de brevet à l'adresse de la postérité.

De 1790, date de son brevet, à 1815, date de sa mort, il y a un quart de siècle, pendant lequel assurément Nicholson

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aurait pu donner un corps à ses projets. Il recula évidemment devant les énormes et innombrables difficultés de la réalisation de ses plans ; il renonça à la tâche et la laissa à des mains plus heureuses. Ses compatriotes eux-mêmes ont trahi une grande indifférence à son égard ; car on sait que Nicholson vécut dans la gêne et mourut dans la pauvreté. Tant d^ingratitude de la part d'une grande nation envers l'inventeur prétendu de la machine à imprimer serait impossible et incroyable. Les compatriotes de Nicholson ont reconnu en lui un des savants les plus recommandables, mais non un inventeur de génie, comparable à Gutenberg. Bensley luimême^ dans un banquet qu41 donnait pour l'inauguration de cette invention, entendit, sans protester, Ambroise Firmin- Didot féliciter Koenig et Bauer, qu'il appelait dignes compatriotes de Gutenberg. C'est que Bensley n'avait pas encore besoin d'exhumer à son profit l'invention avortée de Nicholson.

En France, on accueillera la revendication de M. Goebel en faveur de Koenig avec d'autant plus de sympathie que depuis longtemps des voix autorisées ont proclamé l'ingénieur allemand, inventeur réel de notre système typographique (Turgan, Grandes Usines),

J'ai vu chez Bensley, en 1815, dit Ambroise Firmin-Didot, la merveilleuse presse à cylindres inventée par les mécaniciens Koenig et Bauer, et qui commençait à imprimer l'immense journal le Times avec cette prodigieuse célérité qui fit une révolution dans l'imprimerie,

M. Goebel, en réunissant en faisceau tous les faits positifs, irréfutables, qu'il a su découvrir dans ses profondes et immenses recherches, a mis les lecteurs de son beau livre à même de se convaincre des droits incontestables de Koenig . à l'invention de la presse mécanique. Il faut espérer que les partisans de Nicholson, s'il en reste encore, éclairés par cette vive et pure lumière, comprendront qu'il n'est plus possible de soutenir une thèse surannée, et quel rôle ridicule ils

joueraient en s'entêtant à rendre à Nicholson l'hommage qui n^est dû qu'à Koenig.

Le livre de M. Goebel ne permettra plus de faire de Koenig un horloger saxon, un horloger de Leipzig (i), et d'imprimer que W. Nicholson exécuta une presse mécanique qui ne réussit pas (2).

La presse mécanique fonctionne chez tous les peuples de la terre ; c'est dire assez que chez tous les peuples, le livre de M. Goebel, qui en retrace l'histoire, livre qui est en même temps un chef-d'œuvre de typographie, trouvera un accueil sympathique et récompensera l'auteur de ses longs, patients et utiles travaux.

(i) Turgan.

(2) Paul Dupont, II, 401.

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