‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden]Chapitre 39 sur 83 · M.DCL.XXXVII · texte numérisé non relu

M.DCL.XXXVII

par ordre exprés (sic) de Sa Majesté.

Il y a juste un siècle entre la date assignée par Eckard et la date véritable, 1687.

Il n'avait pas davantage rencontré ce titre d'une plaquette in-quarto :

Dissertation sur Douze Médailles, par le sieur Rainssant

à Versailles

de l'imprimerie de François Muguet, premier imprimeur du Roy,

établie par ordre de Sa Majesté, à l'ancien Hôtel (sic) Seignelay

M.DC.LXXXIV (1684) par ordre exprès de Sa Majesté.

Il était facile de remonter plus haut que l'auteur des recherches, mais je crois impossible de remonter au-delà de l'an 1684. D'ailleurs, ces mots : « imprimerie ÉTABLIE par ordre de Sa Majesté » sont, pour ainsi dire, l'annonce de l'établissement de la typographie dans notre cité, et ils se lisent précisément dans le plus ancien des ouvrages que je cite, celui de 1684, et ne reparaissent plus dans celui de 1687.

(a) Cette imprimerie était installée dans l'Hôtel des Affiures étrangères et de la Marine, aujourd'hui Hôtel de la Bibliothèque.

dé quelques autres édifices. Je place sous vos yeux cette partie du plan, (i) on y lit ces mots : La Charité servant présentement de paroisse. On voit sur ce plan que. Téglise s ^étendait de l'est à l'ouest. Auprès de cette église servant de paroisse, en attendant l'achèvement de Notre-Dame, et du côté de la rue Neuve, Louis XIV fit bâtir en 1676 une maison où furent installés les prêtres de la Mission qui l'habitèrent jusqu'en 1686. Ils la quittèrent alors pour s'installer un peu plus loin à l'est de Notre-Dame. C'est dans la maison qu'ils abandonnaient qu'on établit la première école primaire et, trois ans plus tard, deux frères de la Doctrine chrétienne, ainsi que je le dis plus haut. C'est aussi dans cette même maison de l'ancienne Mission que l'on commença la fondation du collège pour l'enseignement secondaire. Le duc d'Orléans, propriétaire de terrains situés entre la petite église de Saint- Julien et celle de Notre-Dame, les abandonna en faveur du collège qui devait porter son nom. On put élever alors de nouveaux bâtiments qui, s'étendant jusqu'à l'entrée de l'église de Saint- Julien, achevèrent l'établissement du Collège d'Orléans.

Le don fait par le prince en 1 740 est postérieur à la première fondation, en voici la preuve : J'ai un livre donné en prix de version latine ^ le 30 aoûti*]^*], à lierre- Toussaint Dufour, élève de seconde, au Collège de Versailles, fondé par Louis, duc d'Orléans. Or, dans l'inscription latine que je traduis, le millésime de l'année est en partie imprimé, en partie écrit. La partie imprimée est M.DCC.XXX; les chiffres écrits sont XVII. C'est donc avant 1740, probablement en 1734, qu'on a imprimé d'avance pour plusieurs années cette inscription, elle est signée du nom de Jomard, alors curé de Notre-Dame. Les armes du prince sont imprimées en or sur les plats du livre qui est la traduction du de officiis par Dubois, ex-maître de danse et membre de l'Académie française.

(I) Voir l'atlas.

Le savant et regretté Le Roi, dans son histoire de Versailles, ne cite que deux personnages remarquables ayant fait leurs études au Collège d'Orléans : Pun est le général Miot; l'autre, notre ancien maire, Vauchelle. Le souvenir de sa bienveillance empressée est resté gravé dans ma mémoire. Tl est un autre nom qu'il aurait pu rappeler, celui de François Callet. Puisse un passage d'une lettre que j'adressais le 27 décembre 1861 à notre maire Barthe servir à réparer cet oubli ! Voici ce passage : « Permettez-moi, monsieur le Maire, de vous adresser une prière en faveur d'un mort que je ne craindrai pas, en m'adressant à vous, d'appeler un illustre mort. Je veux parler de François Callet, né à Versailles, qui y a fait ses études au Collège d'Orléans et dont sa ville natale semble avoir complètement oublié le nom et les services; ne pourraiton pas consacrer le souvenir d'un savant si utile, d'un professeur si distingué, par quelque inscription commémorative ? on exhume de nos jours tant de gloires posthumes et douteuses ! Ne serait-il pas équitable de montrer quelque reconnaissance pour la mémoire d'un mathématicien dont le livre a servi et sert encore à tant d'élèves, à tant de marins, à tant d'astronomes, sans parler de l'imprimeur (1) enrichi par la réimpression annuelle de son ouvrage ? D'ailleurs, le talent d'un mathématicien fl'est-il pas d'un ordre assez élevé pour qu'il soit plus difficile et surtout plus rare d'exceller en ce genre que dans les études purement littéraires? J'ai déjà, il y a plusieurs années, cherché, mais en vain, à rappeler le nom de Callet à des personnes influentes de notre cité; aujourd'hui qu'elle voit présider ses conseils par un magistrat que les lettres et les sciences revendiquent à des titres si élevés, j'ose croire l'occasion trop ^vorable pour la laisser échapper. »

Le Collège d'Orléans existait depuis cinquante-huit ans, en 1792, année où fut rédigé l'inventaire que je cite au

(I) Didot

commencement de cette lettre, il allait bientôt disparaître; rappelant le nom d'un prince et d'un prince ami de la religion, il devait succomber pendant le déchaînement des passions révolutionnaires de quatre-vingt-treize; la création prochaine des écoles centrales était son arrêt de mort, celle de Seine-et-Oise eut lieu en messidor, an IV, juin 1796 ; elle fut provisoirement installée au palais national, cour des ministres, aile méridionale, elle dura moins longtemps que le Collège d'Orléans qu'elle remplaçait ; elle fut fermée au bout de huit ans, le i®' brumaire, an XIII, 23 octobre 1804.

Enfin, un peu plus de deux ans après la fermeture de l'Ecole centrale, fut ouvert et inauguré, le premier mai 1807, le Lycée impérial, établissement universitaire qui, fondé sur

une base plus solide que le Collège d'Orléans et que l'Ecole centrale, comptera, ainsi que moi, l'an prochain 1886, bien près de quatre-vingts ans.

Je me suis abandonné au plaisir de rappeler, à propos de notre inventaire, les dates de fondation d'établissements d'enseignement public à Versailles, pour deux raisons : 1° J'étais il y a soixante-dix ans élève des écoles gratuites de la rue Sainte-Geneviève, établies au commencement même du siècle sur l'emplacement du Collège d'Orléans, et je conserve toujours un vocabulaire de Wailly qui m'y fut donné comme premier prix d'orthographe en 1820 ; je le conserve par un sentiment de reconnaissance pour ma cité natale qui encourageait ainsi mes premiers pas dans les travaux de l'intelligence. 2® Pendant un tiers de siècle, j'ai été successivement élève, maître d^études et professeur dans notre collège ou lycée actuel. Vous-même, vous y étiez en rhétorique, cher monsieur Délerot, et si studieux élève dans ma classe de langue anglaise, en 1852, que je vous envoyais au concours général. Je joins à cette lettre les beaux vers de Byron sur le gladiateur mourant. C'est le texte même que vous aviez à traduire, texte que vous avez transcrit pour moi ; vous le relirez sans doute avec plaisir, puisqu'il vous rappelle,

au bout d*un tiers de siècle, un souvenir de vos studieuses et jeunes années.

Ma lettre est bien longue et je ne suis Nestor qu*à moitié ; mais votre bienveillance me la pardonnera, car vous y trouverez, du moins je Tespère, la preuve que notre inventaire est réellement celui du Collège d'Orléans.

Recevez, cher Monsieur, l'assurance des sentiments affectueux de votre dévoué

J. P. A. Madden.

Ce 17 mars 1865.

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