PREAMBULE
DÈS l'aube de la civilisation, chez tous les peuples, dans tous les siècles, un irrésistible instinct inspire à l'homme le désir et les moyens de peindre la pensée et même la parole; il franchit ainsi l'espace pour parler aux absents, et les siècles pour parler aux races futures.
L'écriture, en un mot, révèle mieux que toute autre invention la noblesse et la patience de notre nature.
Je dis la patience ; combien d'efforts n'a-t-il pas fallu, en effet, pour créer et pour répandre ces innombrables alphabets employés tour à tour sur notre planète ? Que de substances on a choisies, puis abandonnées, pour recevoir et conserver ces signes ingénieux? On a mis à contribution les trois règnes : les rochers, les métaux, le bois, les feuilles, l'écorce, la peau des animaux.
Les produits de l'industrie naissante ont aussi servi à recevoir l'écriture. Je ne citerai ici que cette merveilleuse bibliothèque du roi d'Assyrie, Assurbanipal, enfouie sous les ruines de son palais de Ninive. Elle se compose de tablettes de terra cotta^ dont les deux surfaces offrent en caractères cunéiformes la légende et l'histoire des siècles antérieurs au
vil*' siècle avant l'ère chrétienne ; entre autres trésors, on y a découvert trois exemplaires du même texte, et Tune de ces tablettes contient une description du déluge. Il a fallu, en présence d'une myriade de fragments de ces tablettes chaldéennes, choisir et juxtaposer ceux qui appartenaient à une même tablette. Cette œuvre de science et de patience, M. George Smith, du British Muséum, est parvenu à l'accomplir.
Mais de tant de réceptacles de l'écriture, il en est un qui a fait abandonner tous les autres : c'est le papyrus d'Egypte. Il a servi pendant trente siècles environ aux nations civilisées; en effet, le musée de Turin possède la plus ancienne charte sur papyrus qui soit en Europe ; elle remonte à l'an 1732 avant l'ère chrétienne, et la Bibliothèque Nationale possède une bulle sur papyrus datée du pontificat de Silvestre II, l'an 999.
Le papyrus ne mérite-t-il pas, par l'immense durée de ses services, que l'on jette un coup d'œil attentif sur son nom, sa patrie, son histoire.'^
Nous dirons aussi quelques mots du papier de coton qui remplaça le papyrus avant l'invention du papier de chiffons. Nous chercherons enfin à faire connaître l'origine de ce dernier en Asie, et son introduction en Europe. Nous signalerons quelques erreurs commises par les commentateurs et fidèlement transmises par les compilateurs, sei-vum peciis; à ce point de vue nouveau, nos lettres ne seront pas complètement dépourvues d'intérêt.