‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden]Chapitre 57 sur 83 · VI® SIÈCLE · texte numérisé non relu

VI® SIÈCLE

La paléographie des classiques latins de Panckoucke offre un fac-similé d'un manuscrit de saint Avit, évêque de Vienne, en Dauphiné, et contemporain de Clovis encore idolâtre. Ce manuscrit sur papyrus se conserve à la Bibliothèque Nationale.

On voit au British Muséum un manuscrit sur papyrus qui passe pour appartenir au vi® siècle ; c'est un rouleau de huit pieds et demi de longueur sur douze pouces de largeur. Voir Chronology of the Origin and Progress of Paper and Papermakingj par Joell Munsell. Albany 1876.

Je ne vous ai entretenu jusqu'à présent que de simples feuilles, que de rouleaux de papyrus. Je vais vous indiquer un véritable livre, à la façon des nôtres, écrit sur papyrus. On le conserve précieusement dans la Bibliothèque Ambrosienne, à Milan. C'est une partie des antiquités judaïques de Thistorien Josèphe, traduites de grec en latin. Il ne s'y trouve que les livres VI à X, et encore sont-ils incomplets. Valéry attribue cette traduction à Rufin, condisciple de saint Jérôme. C'est une erreur. Cassiodore, mort en 562, nous apprend, au chapitre xvii de son traité De Institutione divinarum litterarum, que c'est lui-même qui a fait traduire en latin par ses amis les vingt-deux livres de Josèphe. Ces amis sont sans doute les religieux du monastère de Viviers, dont il était le fondateur. Les moines s'y occupaient à copier, à traduire, à relier les livres. Il est donc tout à fait probable que le Josèphe de r Ambrosienne, que Montfaucon fait remonter au vi* siècle, a été traduit et écrit dans le monastère fondé par Cassiodore.

L'exportation du papyrus d'Egypte et son importation en France dans le vi* siècle se révèlent d'une manière frappante dans les deux circonstances que je vais rapporter. Il y avait, dit Montfaucon, une jeune fille possédée du diable : on employait tous les exorcismes pour la délivrer de ce fâcheux hôte ; on lia autour de son cou les mêmes exorcismes écrits sur des feuilles de papyrus. Le diable se voyant pressé répondit : « Quand vous m'accableriez de toutes les charges » de papyrus qui viennent d^ Alexandrie , je ne quitterai jamais » ce corps où je me suis installé, à moins que vous ne » m'apportiez un ordre exprès du moine du Jura, Eugende. » Ce moine vivait encore vers l'an 510.

Grégoire de Tours, mort en 593, écrivait à un évêque de Nantes, enclin à la satire : « Que n'êtes- vous donc évêque de » Marseille! Au lieu d'huile et d'autres épices, les navires » ne vous apporteraient que du papyrus pour vous mettre » plus à même d'écrire vos calomnies. »

Vous voyez ainsi les navires chargés de papyrus venant

du port d'Alexandrie et débarquant à celui de Marseille leur précieuse cargaison.

ChampoUion-Figeac a publié : Chartes latines sur papyrus du vt siècle de Vère chrétienne j appartenant à la Bibliothèque royale, 1837.

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