‹ Lettres d'un bibliographe [J.P.A. Madden]Chapitre 76 sur 83 · I) II · texte numérisé non relu

I) II

(2) Lettres édifiantes.

entière, renonce à la parole, et trace en l'air, avec le doigt ou sur le papier, des signes figuratifs. On comprend sans peine qu'une population dix fois plus nombreuse que celle de la France n'ait pas tardé à recourir à l'emploi de l'écriture et du papier, afin de pouvoir sinon dire, au moins peindre sa pensée tout entière.

Quant à l'emploi de la soie pour en fabriquer le papier, l'homme de génie qui le premier conçut l'idée de tracer des signes indicateurs de la pensée et auxiliaires du langage ne pouvait manquer d'employer la soie, dont la fabrication en Chine se perd dans la nuit des siècles les plus reculés. On sait que le cocon du ver à soie n'est guère dévidable qu'aux deux tiers de sa longueur. Il en reste donc environ un tiers qui constitue la bourre, provenant des premières et des dernières couches du cocon. C'est cette bourre qui servit sans doute à faire le premier papier. On a pu aussi employer à cet usage les chiffons de soie provenant des habits et même des chemises qui, en Chine, sont de soie.

Il est donc probable que c'est en Chine, dans la région méridionale, où partout on cultive le mûrier blanc et le ver à soie, que fut inventée, il y a vingt et un siècles, la fabrication du papier par le feutrage des fibres de la soie.

D'après un ouvrage chinois, publié en 1637, ce fut sous la même V® dynastie qu'un inventeur nommé Tsaï-Lun, inspiré sans doute par le précédent procédé, substitua à la soie des fils de chanvre, de vieilles toiles, des filets de pêcheur et des écorces d'arbres pour en former la pâte à papier. C'était vers l'an 153 de l'ère chrétienne. L'empereur protégea l'inventeur; aussi l'invention se propagea-t-elle dans le Céleste-Empire. Un temple fut bâti en l'honneur de Tsaï-Lun, et plus de mille ans après sa mort on lui offrait encore des sacrifices (1).

Le Chinois qui s'avisa du feutrage de la soie, il y a plus de deux mille ans, ouvre donc le long cortège des inventeurs

(i) Industries de l'Empire Chinois, par M. Paul Champion.

qui, depuis ces temps reculés jusqu^à nos jours, n^ont cessé de perfectionner et de multiplier le produit le plus indispensable à la civilisation.

Si vous avez des renseignements plus authentiques sur l'origine du papier, hâtez-vous d^en faire part à

Votre Ami.

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