‹ Lettres d'un catholiqueChapitre 10 sur 20 · I.A MISIQIE SACnKK · texte numérisé non relu

I.A MISIQIE SACnKK

laquelle on entend, dans Tégiise, les connaisseurs murmurer à demi-voix : « Très-bien, Irèsbien;l)rava. brava. » Non, non, je ne saurais accepter celle charmante personne dont je me plais, d'ailleurs, h reconnaître la bonne volonté et à saluer le beau talent. Mais ce n'est pas liturgique, et, ce n'est pas chrétien. Je sais bien qu'en ces derniers temps on a chanté la messe des morts h TOpéra-Comique et transformé le théâtre en église ; mais ce n'est pas une raison pour prendre notre revanche et faire de nos églises autant de théâtres. Nous sommes assez riches pour nous passer de toutes ces pauvretés. Je ne saurais trop le répéter : soyons plus fiers.

J'ai prononcé tout à l'heure le mot «cantiques «, cl il ne m'en coûte pas d'avouer qu'il en est de médiocres, de plats, et même de tout h fait ridicules. Cette campagne que j'ai faite jadis contre « certaines images », je la pourrais aisément recommencer, je la recommencerai contre « certains cantiques ». Il serait temps d'y songer, et de composer de nouveaux

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Recueils où Ton utiliserait surtout les belles traductions que Corneille cl Racine ont données de toutes les hymnes du Bréviaire romain. A vrai dire, le type de nos cantiques français, ce sont les hymnes de saint Ambroise et de saint Grégoire : on ne fera jamais rien de plus profond, ni de plus simple, ni de plus beau. Je ne verrais, du reste, aucun inconvénient à ce (jue Ton chantât ces hymnes elles-mêmes, et elles ont un caractère grave et pieux qui frapperait vivement l'esprit de nos enfants. Bien des essais ont été déjà tentés pour la rénovation de nos cantiques, et plusieurs ont réussi. Quels chœurs magnifiques j'ai entendu chanter par la petite mailiise de ce cher patronage de Nazareth ! On avait une certaine façon d'y enlever Y Alléluia d'Hœndel et le « Chantons victoire» qui m'a laissé de longs souvenirs. Puis il y avait des poètes et des compositeurs qui travaillaient uniquement pour cette petite psallette ouvrière, et qui ont véritablement fait des chefs-d'œuvre. Il faut les imiter, mon ami, et ne pas s'enfermer dans l'ancien. Je lisais ces

jours ci que rUnion des ŒMivros ouvrières venait d'ouvi'ir un Concours pour la meilleure tragédie, la meilleure comédie et la meilleure chanson. Sans être téméraire, il est [)ermis de croire que l'on pourrait ouvrir aussi de ces concours et créer de ces pi'ix « pour le meilleur cantique. » Nous en avons besoin.

Cependant un dernier scrupule vous arrête, au moment de mettre vaillamment la main à tant de réformes. L'un de vos confrères, qui arrive fraîchement de Rome, vous a dit, ces jours derniers, que, dans les églises de la Ville éternelle, le peuple n'assiste guère à la grand'messe et que cette fameuse doctrine du chant unanime, h laquelle nous sommes si vivement attachés, y est peu pratiquée. Tel a été le récit de ce voyageur. Alors, vous avez été saisi d'une vive incertitude, d'une angoisse poignante, et vous m'avez écrit cette i)hrase candide : « Si nous n'allions i)as être assez « Romains ! » Ah ! mon ami, vous ne vous faites pas une assez haute idée de la largeur et delà liauteur de l'Eglise de Dieu. Elle

nous laisse vraiment plus de libres allures que vous ne semblez le penser. Je vous affirme que Ton peut, sans être gallican, trouver excellent l'usage de notre grand'messe paroissiale , et que, sans devenir hérétique, on peut souhaiter de voir des milliers de fidèles chanter les Vêpres d'une seule voix. Certaines âmes timorées se défient, hélas! de ceux de nos prêtres qui ne portent pas le petit collet et qui n'adoptent pas la chape romaine. C'est là un excès que Rome elle-même déplore, et qui n'a certes rien de commun avec notre très-ardent amour pour la Liturgie romaine, avec notre croyance très-profonde en Tlnfaillibilité pontificale. Il en est ainsi de cet étonnement que vous m'avez témoigné le jour de votre départ, alors que je me promettais devant vous d'attaquer un jour certains abus dont mon Ame est véritablement attristée : « Mais, disieza vous, vous allez donner des armes aux « ennemis de l'Eglise. » Eh 1 mon ami, qui dira la vérité, si nous nous taisons? Qui la dira coiBme il la faut dire, en exposant la

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doclrine cl sans attaquer les personnes? Qui la dira, avec une simplicité absolue et une absolue miséricorde? Ayons l'àme plus large, et respirons un peu dans les hauteurs.

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