‹ Lettres d'un catholiqueChapitre 16 sur 20 · A M. BERNARD L · texte numérisé non relu

A M. BERNARD L

Vous avez eu, Monsieur, le courage de protester contre les abominables nudités, de marbre ou de pierre, qui déshonorent nos jardins publics et salissent le regard de nos enfants. Laissez-moi vous en remercier au nom de tous les pères catholiffues. Si je ne parle point des mères chrétiennes, c'est que leur indignation n'a pas besoin d'être exprimée. Leur silence est éloquent.

« Si on laisse nos édiles poursuivre en paix « leur travail de démoralisation, nos jardins

« seront bientôt l'apanage des pires ennemis « de la pudeur publique, et les honnêtes gens « s'en s'éloigneront comme d'un lieu maudit sur « la porte duquel on pourrait écrire, en le modi- « fiant légèrement, le vers célèbre de Dante : « Lasciate ogni pudore, voi cKintrate. » C'est en ces termes que vous dénonce/, Monsieur, un des scandales qui affligent le plus vivement toutes les âmes chrétiennes. Nous sommes heureux de protester avec vous et comme vous. Nous protestons.

Jamais, dans nos jardins publics, on n'avait encore osé mettre sous les yeux de nos femmes et de nos enfants les infamies sans nom qu'on y place aujourd'hui. L'Empire avait commencé ce dévergondage ; la République le continue avec un laisser-aller et une naïveté que rien n'égale. Liberté, égalité, fraternité... et nudité.

Que jadis, à Versailles, au milieu de ces splendeurs véritablement excessives, la Royauté française ait fait sculpter dans le marbre toutes les lascivetés de la mythologie grecque et latine,

c'est un scandale contre lequel les Callioliques ont souvent prolesté. Ils ont vu là les déplorables fruits de la Renaissance; ils ont fustigé ces désordres artistiques, et ont bien fait. Mais enfin ces impudeurs n'étaient pas étalées h dessein sous le regard des jeunes filles et des enfants.

Que dans ce temple impur, dans cet Opéra qui nous coûte plus de quarante millions, on ait prodigué à plaisir les statues impures et les poses lascives; qu'on ait entouré ce monument, plus que profane, d'une ceinture de filles de bronze comme pour dire aux honnêtes gens : « N'allez pas plus loin, » c'est un scandale contre lequel il peut paraître inutile de protester, et les mères du moins ne conduiront pas leurs habys sous ces murs déshonorés.

Mais que l'on travaille, depuis vingt ans, à souiller ces quelques mètres carrés de verdure que la Ville veut bien laisser à nos enfants ; que l'on fasse élection de ce petit coin d'herbe où sautent nos petites filles, pour le salir, pour l'empuantir, pour y planter les œuvres des

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ciseaux les plus débauchés, c'est ce que nous supportons difficilement.

Il y a quinze ans environ, on a choisi, au Luxembourg, un des endroits les plus fréquentés, les plus aimés de l'enfance, pour y installer, dans le creux d'une charmante fontaine, les amours d'Acis et de Galathée : amours vivantes, ardentes, prises sur le fait, scandaleuses. Les futurs historiens de Paris ne le croiront pas : cela est.

11 y a quelques mois, il y a quelques jours, on a pris soin d'embellir les gazons qui daignent encore verdir devant le cadavre pantelant des Tuileries. Mais comment les a-t-on embellis? en les déshonorant. Des nymphes plus que nues, aux allures plus qu'agressives, sont venues montrer leurs blancheurs impudiques en ces lieux qui devraient être plusieurs fois sacrés.

Et enfin, qu'avons-nous vu, à l'un de nos derniers Salons? A un sculpteur, déjà connu par un trop fameux scandale, on a commandé une œuvre nouvelle destinée h parer notre pauvre cl cher Luxembourg. Ce sont quatre

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femmes mies soutenant gauchement et bêtement une grande sphère qui semble les gêner beaucoup : le Livret assure que ce sont les « Quatre parties du monde. » C'est contourne, c'est laid à tous les points de vue. Mais enfin c'est nu, et par conséquent destiné à nos enfants.

On garde difficilement, devant de tels spectacles, le calme que com.mandc la raison. Nous sommes cependant la nation française, l'illustre et noble Nation qui a produit, depuis quinze cents ans, tant de grands hommes, tant de capitaines, tant de saints. Il serait fort naturel d'imaginer, pour nos jardins publics, une décoration profondément nationale. Les statues de nos hommes de guerre et de nos hommes do plume seraient là à leur vraie place, et j'aimerais voir jouer mes enfants h l'ombre de Charlcraagne et de Corneilie, de Duguesclin et (îc Bossuei.

Nous avons dans notre histoire la matière de cent, de mille statues héroïques, et nous préférons les nymphes !

Va pour les nymphes! Mais les Catholiques

ne se lasseront pas de protester, et importuneront (le leurs cris une autorité qui ne respecte pas renfance. Nous ne voulons pas être condamnés h rimpudicité laïque et obligatoire.

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