Proposition
En recevant une seule espèce , on reçoit autant qusi l'on {recevait les deux.'
Je dis donc en premier lieu , qu'en recevant une seule espèce on reçoit autant que si l'on recevait les deux ; vérité qui vous paraîtra incontestable , Monsieur, si vous voulez bien réfléchir que Jésus- Christ ne meurt plus depuis qu'il est monté au Ciel (0 , et que par conséquent dès qu'il nous donne son Corps dans l'Eucharistie sous l'espèce du pain , il faut que ce soit un corps animé , vivant , glorieux , immortel , corps qu'on ne peut supposer
(1) Sclentcs quia Chriàtus resurgcns ex mortuis , jam dod moritux. liom. VI. q.
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sans sang , qu'on ne le suppose en même temps sans vie et sans ame.
Pourrait-on penser que Jésus-Christ nous donnât, d'une part , un corps mort , un cadavre , et de l'autre, un sang inanimé , un sang répandu hors des veines ? J'ai peine à croire , Monsieur , que vous puissiez vous accommoder de celte idée : vous concevez sans doute , que de même que la chair que Jésus- Christ nous donne , ne cesse point d'être unie à sa divinité, de même aussi ne cesse-t-elle pas d'ê Ire unie à l'ame de Jésus-Christ ; et que si c'est une chair vivifiante par l'union qu'elle conserve avec le Verbe, ce n'est pas moins une chair vivante par l'union qu'elle conserve avec l'ame de l'Homme-Dieu ; d'où il s'ensuit qu'en ne recevant qu'une seule espèce, on ne laisse pas de recevoir Jésus-Christ tout entier, son Corps, son Sang, son Ame, sa Divinité; Jésus- Christ ne pouvant se recevoir par partie ni par moitié, étant absolument indivisible ; et tout partage qu'on voudrait y faire étant si contraire à la nature et à la perfection de Jésus-Christ, que l'Apôtre sain», Jean traite (0 d'Antéchrist , quiconque entreprendra de le diviser.
Que si les deux espèces marquent une division , comme elles en marquent sûrement une , ce n'est pas une division actuelle , mais une division qui s'est faite au temps de la Passion du Sauveur , lorsque le Sang coula hors de ses veines pour être le prix de notre rédemption. C'est en effet cette séparation du Sang d'avec le Corps qui nous est retracée par les deux espèces séparées , ce qui n'empêjche pas que chacune prise séparément ne renferme le Corps et le Sang qui ne se séparent plus.
Voilà ce que la raison éclairée par la foi du Mys-
(i) Omnis spirittis , qui solvit Jesuni , ex Dco non est ; et hic e>t Anticliristus. Ep. 1. Jvan, ly, 3.
SL'tt LA. COaiMUir. sous UNE SEULE ESPÈCE. 169
tère nous enseigne; et si au raisonnement que nous tirons de l'indivisibilité de Jésus-Christ, on ajoute une réflexion qu'il est juste de faire sur les paroles de saint Paul , vous pourrez encore bien moins, Monsieur , vous refuser à la vérité du dogme de la Concomitance.
Preuve tirée de la première Epître aux Corinthiens , chap. xi. 27.
Quiconque , dit l'Apôtre , mangera de ce Pain > ou boira de celte Coupe indignement , sera coupable de crime contre le Corps et le Sang de Jésus- Christ. Je vous prie de remarquer, que, suivant cette expression , il suffit de manger indignement de ce pain , pour faire outrage au Corps et au Sang de Jésus-Christ ; et qu'il suffit de boire indignement de cette Coupe , pour faire également outrage à l'un et à l'autre ; car l'Apôtre nous assure , que soit que l'on mange, soit que l'on boive indignement, en faisant l'un ou l'autre, dès là même on commet le crime de profanation , je veux dire , qu'on a le malheur d'outrager également le Corps et le Sang de Jésus-Christ ; or , on ne fait outrage au Corps et au Sang conjointement , qu'en recevant l'un et l'autre conjointement; donc par la seule manducation indigne on reçoit indignement le Corps et le Sang ; donc par la seule participation indigne à la Coupe on reçoit indignement le Sang et le Corps ; donc sous la seule espèce du pain et sous la seule espèce du vin , prise l'une et l'autre séparément, sont renfermés conjointement le Corps et le Sang de Jésus-Christ.
Les plus célèbres Auteurs Protestans conviennent , que sous une jSeule espèce sont contenus le Corps et le Sang de Jésus-Christ.
C'est apparemment pour ces fortes et invincibles raisons , que vos Théologiens les plus célèbres , quelque envie qu'ils eussent de nous contredire sur cet
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article , et quelque intérêt qu'ils eussent à le faire, n'ont pas laissé de convenir de la présence du Corps et du Sang sous une même et seule espèce.
George Calixte , Professeur de l'Université de Ilelmestadt , qui a écrit contre notre manière de communier, avec plus d'érudition comme aussi avec plus de chaleur qu'aucun autre , dit (0 , qu'il lui paraît très- vraisemblable que le Corps que Jésus-Christ nous donne à manger dans l'Eucharisr tie , est un Corps animé et qui a tout son sang. De l'aveu de KemnitiusC^) toute l'Antiquité a reconnu, que partout où est Jésus-Christ , là il y est tout entier, et que comme son Corps n'est nulle part sans sang , aussi son Sang n'est-il nulle part sans être uni au Corps. Vos Confessions de foi mêmes adoptent bien clairement cette doctrine , car il est dit dans celle de Wirtemberg , qui fut présentée au Concile de Trente (^) : ISons ne disconvenons pas que Jésus-Christ ne soit donné tout entier , tant sous le sjmbole du pain, que sous celui du vin; et dans l'Apologie de la Confession d'Ausbourg, Apologie, qui chez vous n'est pas de moindre autorité que la Confession même , en parlant de la présence de Jésus-Christ dans l'Eucharistie , il est dit W que cest de la présence de Jésus-Christ vii'ant dont on prétend parler ; car nous savons , ajoute l'Apologiste, que la mort na plus d'empire sur lui; de
{«) Vero .slniillimum est, Corpus Domini in sanctâ Eucharistie uti animatum , ilà quoque sanguine siio praeditum adesse et niandueari. In disput. contra Corum, stib unâ. Typis Jacobi Mulleri , p. lyô.
(2) Notum fuit antiquitati , Cbristuui ubicunque adest , totum et integrum adesse , Corpus ejus non esse exsangue , nec sangiiinem extra Corpus. Exam. ton. Trid. part. i. T. i. Edit, Franco f, p. 244- "• ^o*
(3) Non negamus , quin totus Christus tani pane quam vino in Eucharistia dispensetur : Tamen docemus usum utriusque partis debere Ecclc- 81» universum esse. In Confess. TVlrtemb. Art. de Euchar. FideSyniagma Confcssioniim editum Gcnevœ sumpiibas Pétri Clwvet , p. ii6.
(4) Loquimur de prœscntià vivi Christi , scimus enim, quod mon ei ullrà non dominabitur. In art. i. de Euchar. Typis Sciwivini , p. i58.
SUR LA. COMMUN. SOUS UNE SEULE ESPECE. l-JI
sorte, Monsieur, qu'il serait fort inutile pour moi de faire ici de plus giands efforts pour établir une vérité qu'on ne peut combattre , sans témoigner qu'on ignore la doctrine des livres symboliques , auxquels on adhère. Ainsi je passe au second Article , et dit , que Jésus-Christ promet autant à ceux qui ne reçoivent que l'espèce du pain , qu'à ceux qui reçoivent conjointement l'une et l'autre.