‹ Lettres d'un docteur catholique à un Protestant sur les principaux points de controverse et sur les obstacles au salut et à la conversion des Luthériens et des CalvinistesChapitre 13 sur 27 · XJ · texte numérisé non relu

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choisi Luther pour le mettre à la tête du grand ouvrage de la réforme , et qui dans ce dessein a enrichi son esprit des connaissances les plus rares , ait tenu une conduite bien extraordinaire à son égard , en refusant de lui communiquer sur l'article qui fait aujourd'hui le principal sujet de nos contestations , des lumières qu'il a prodiguées depuis si libéralement en faveur de la plus vile populace.

Véritable source des variations de Luther sur ce sujet.

Que ne disons-nous plutôt , que Luther arrêté par le consentement général des Chrétiens orthodoxes de son temps, par l'idée constante de tous les siècles, par la promesse et l'exemple de Jésus- Christ , n'avait osé d'abord faire le procès au monde ancien et moderne; mais qu'enhardi dans la suite par le progrès de sa doctrine , par la déférence aveugle de ses disciples à ses sentimens , par la simplicité du peuple , qu'il avait infatué de l'idée qu'il ne prêchait que la pure parole de Dieu , tandis qu'il ne lui débitait que ses imaginations, ses explications arbitraires de l'Ecriture; poussé d'ailleurs par des sentimens toujours plus vifs d'aigreur et d'animosité contre l'Eglise Romaine , il avait cherché à s'en éloigner le plus qu'il lui était possible par une plus grande contrariété et de dogmes et de pratique , et que pour profiter de la disposition où il voyait le peuple d'aimer à s'égaler en ce point aux Prêtres, comme si sa condition en devenait par-là meilleure et plus relevée , il avait flatté cette faiblesse en faisant valoir je ne sais quelles vaines apparences de précepte ; précepte qu'il n'aperçut que lorsque son dépit fut monté au suprême degré , et qu'il jugea ce fantôme de précepte propre à rendre son parti irréconciliable avec

SUR LA COHIMUK. SOUS UNE SEULE ESPECE. a^Q

l'Eglise. Voilà , Monsieur , les véritables ressorts qui ont fait varier si honteusement Luther , et non ceux qui nous sont indiqués par Calixte contre toute vraisemblance.

Mais , quoi qu'il en soit des conjectures de Calixte et des miennes , il y aura toujours cette différence entre les raisonnemens que nous faisons lui et moi , que les siens ne tendent qu'à attaquer et à critiquer l'Eglise , et à la charger du blâme de la plus indigne prévarication , au lieu que les miens n'ont d'autre but que de la justifier et de la défendre contre les vains efforts de ses adversaires.

En effet , Monsieur , si la Communion sous une seule espèce est aussi mauvaise qu'on le pense chez vous , il faut que l'Eglise , je ne dis pas la seule Eglise Romaine, mais l'Eglise universelle, qui comprenait avant Luther toutes les Eglises particulières qui pouvaient passer pour orthodoxes ; il faut, dis-je , que cette Eglise soit tombée dans l'erreur la plus grossière , et qu'elle y ait persévéré du moins pendant trois siècles, frustrant les Fidèles de la chose la plus nécessaire au salut , et agissant directement contre les vues et les desseins du Sauveur : car nous savons par le témoigna^ d'Alexandre de Haies, mort en 1245 (0, que les Fidèles de son temps ne recevaient déjà plus la Communion que sous une seule espèce. Le Concile de Londres tenu en 1 1 ^5 , défend (») de tremper le pain consacré dans le vin , sous prétexte de rendre la Communion complète : ce qui fait voir qu'on la jugeait complète sans cette précaution , et que dans la plupart des Eglises on ne donnait déjà plus que

(i^ Fidèles integrum et perfectum snmunt Sacramcntum , nec tanien Bumunt nisi sut) altéra specie t^ntiini. Qwest, lo. de Sucram, Euchar. Art. I. éd. Colon, p. 204.

(2) Inliibemiis , ne quis quasi pro complemcnto Commiinionis intinctani alicui EucharL-itiain tradut. Can. 16. T. la Con. Lab. p. 1466.

la seule espèce du pain. Le Concile de Constance célébré en il\il\ , en disant (') que la coutume de ne donner qu'une seule espèce était en usage depuis très-long-temps , ne permet pas de croire que les Pères assemblés eussent osé s'exprimer ainsi , si l'on avait pu les convaincre que cette coutume ne s'était introduite que de leurs jours , ou fort peu d'années avant qu'ils vinssent au monde. Il est donc évident que plus de trois cents ans avant Luther l'usage général était de ne donner aux Laïques la Communion que sous une seule espèce.

Les conséquences insoutenables qui naissent de la prétention des Ministres.

Vous voulez , Monsieur , que ce soit là une erreur , un abus , une profanation , un renversement de tous les droits les plus sacrés. Donc l'Eglise a erré pendant plus de trois cents ans dans le dogme et dans la pratique ; et qui plus est, c'est que l'Eglise aura erré , non-seulement en connivant à la pratique abusive des peuples, mais aussi en confirmant cette pratique , et en l'autorisant par une sentence définitive d'un Concile général ; car comme le remarque très-bien le savant Eckius, au rapport de Calixte même (iV. 170./?. 242. ) : Ilj- aidait au Concile de Constance les cinq Nations , Italienne , allemande, Française , Espagnole et anglaise ^ et sous ces cinq Nations étaient compris les autres Royaumes de la Chrétienté orthodoxe.

Calixte prétend { Ibid. ) que les Hussites de Bohême , et les Wiclefistes de Moravie , n'ayant pas accédé à la décision du Concile , cette doctrine ne peut passer pour un jugement universel de l'Eglise. Mais depuis quand les Sectes hérétiques ont-elles

(i) Giim hujusmodi consuetudo diutissimè observata sit. Seti. i5. T. 13. Con. Labb. p. loo.

fait partie de l'Eglise universelle ? Je demande à Calixte, si en acceptant leur doctrine sur la néces-. site de la Coupe, il serait prêt à souscrire à tous leurs autres dogmes ? Je lui demande si c'est à ces sectes que conviennent les marques de la vraie Eglise, l'universalité, la perpétuité , la constante visibilité, ou si c'est au grand Corps des Chrétiens qui avait à combattre ces sectes nouvelles et méprisables ?

Que si l'unique Corps qui pût alors passer pour être la vraie Eglise de Jésus-Christ a erré pendant un temps si considérable sur un article si important , comment sera-t-il vrai de dire que l'Eglise a été constamment assistée par le Saint-Esprit, que r Espjit. sailli lui a enseigné toute vérité , que Jésus- Christ a été tous les jours arec elle sans aucune interruption , que les Portés de l'enfer n auront pas préi'ulu et ne pré^'audront jamais contre elle ?

Quoi ! l'Eglise pendant trois siècles entiers a mal administré le Sacrement de l'Eucharistie î Elle n'en a eu que de fausses idées ! Elle a fait un vol sacrilège en enlevant au Peuple la moitié du Sacrement contre la volonté expresse de l'Instituteur , du Législateur , du Testateur ! On veut tout cela , et on ne remarque pas l'opposition formelle de celle prétention avec les protnesses de Jésus-Christ ! On croit la Divinité de celui qui a si fort garanti la doctrine et la conduite de l'Eglise , et on ne juge pas indigne de lui d'avoir manqué si visiblement à sa parole ! Quoi ! l'Auteur et le Consommateur de notre Foi nous aurait fait des promesses si manifestement fausses et trompeuses ! C'est ainsi , Monsieur , que vos assertions si positives sur la nécessité de la Coupe considérées avec les conséquences dont elles sont suivies , ne vont à rien moins qu'à entraîner après elles la ruine entière du Christianisme.

!î62 PiF.CVlÈME LETTRE.

Mau\aises excuses alléguées par Luther et Mélancton en faveur de l'Eglise.

Mais, nous dit-on , et c'est l'Auteur de l'Apologie qui nous le dit (0 , et dès là même c'est une réponse avouée de tout le Parti : L'Eglise est digne d'excuse de n avoir reçu quune seule espèce , 72e pouvant ai^oir les deux ; il ri en est pas de même des Auteurs de cette injustice. Lulher parle sur le même ton , en disant (=*) , que F Eglise se trouve disculpée aux yeux de Dieu d'avoir été privée par force et contre sa volonté de F une des deux espèces.

Assurément les Auteurs de la réforme se sont ici formé une plaisante idée de l'Eglise. Est-ce donc que le Pape, les Evéques et les Pasteurs ne faisaient pas partie de l'Eglise ? Ne sont-ce pas eux qu'on appelle l'Eglise enseignante , et le Peuple n'est-il pas ce qu'on appelle l'Eglise enseignée ? Mais si l'Eglise enseignante a donné dans l'erreur , si l'Eglise enseignée a succombé à la violence , qu'est-il resté de sain et d'entier dans l'Eglise ? Chose étrange! les Portes de l'enfer ne prévaudront pas contre TEglise , c'est le Sauveur qui nous en assure ; et les Evéques joints au Pape ont prévalu contre elle : funeste prérogative qu'on accorde aux Evéques , d'avoir pu ce que ne pourra jamais ui toute la ruse ni toute la rage des démons.

La Coafesslon d'Ausbourg, et l'Apologie de la Confession se contredisent.

Vous avez vu , Monsieur , que de l'aveu de la Confession d'Ausbourg (^) , ce n'est point par aucune ordonnance des Supéiieurs Ecclésiastiques , que la

(0 Nos quidem Ecclcsîam cxcusamiis , quac hanc injuriam perlulit, ciim utraque par» ei contingtre non posset , etc.

(2) T. 6. cdit, Jen. germ. p. ig.

(3) Arl. 22. Conf. Aug. in lib, C&ncord. cd. Tubing. i58o. p. 9. li.

Communion sous une seule espèce s'est établie ; qu'on ignore l'auteur de cette pratique , et le temps précis auquel elle a commencé , et par conséquent, qu'on ne peut en trouver la source que dans la cessation volontaire de la part des peuples ; de sorte qu'il paraît que la Confession d'Ausbourg disculpe les Evéques , et charge le Peuple , tandis que l'Apologie de la Confession disculpe le Peuple pour charger les Evéques ; honteuse contradiction dans des livres qui devaient servir de règle et de symbole à tout le parti?

Ne trouverez-vous pas , Monsieur , qu'il vaut incomparablement mieux respecter la pratique de l'Eglise , et déférer humblement à ses décrets, que de chercher à l'excuser par de mauvaises raisons qui ne la mettent aucunement à couvert du blâme d'avoir failli. Quand il s'agit des njystères les plus inconcevables , tels que sont la Trinité des Personnes en un seul Dieu , l'union de deux natures en une seule Personne, les arrêts de l'Eglise suffisent pour rassurer notre foi , et nous tranquilliser parfaitement l'esprit ; comment donc la même autorité ne nous suffirait-elle pas pour nous faire acquiescer à l'explication d'un texte ou deux de l'Ecriture? surtout si celte explication est favorisée d'ailleurs, comme elle l'est ici , et par la raison et par la constante tradition.

N'en voilà que trop , Monsieur , pour repousser tous les traits qu'on lance contre nous; et je ne crains plus que l'article de la Communion sous une seule espèce puisse encore vous paraître un sujet légitime pour rester séparé de l'Eglise ancienne, universelle, répandue par toute la terre, toujours subsistante depuis le temps des Apôtres jusqu'à nous, par une suite de Peuples de même croyance, par une suite de Pasteurs de même doctrine , se

succédant les uns aux autres sans aucune interrup« tion ; de cette Eglise , dans laquelle ont vécu un si grand nombre de Personnes illustres en sainteté et en miracles , et dans laquelle ont vécu tous vos Ancêtres, à remonter depuis Luther jusqu'à l'établissement du Christianisme dans ces contrées.

J'ai même tout sujet d'espérer que cet article étant éclairci d'une manière à faire paraître les ruses et les artifices de ceux qui vous ont engagé dans le schisme , ce sera un fort préjugé en faveur des autres articles sur lesquels il pourrait vous rester quelque difficulté ; car si ce qui passe chez vous pour être aujourd'hui le principal sujet de plainte, n'est rien moins qu'un sujet de plainte légitime, que faudra-t-il penser de tout le reste? On entend tous les jours plusieurs des vôtres dire , que si l'on donnait la Coupe chez nous , ils n'hésiteraient pas un moment à se joindre à nous : si cette parole est bien sincère , et qu'ils méditent attentivement sur tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire dans cette lettre , il y a certainement lieu d'espérer que nous ne tarderons pas beaucoup à bénir Dieu de leur retour à l'Eglise. Fasse le Ciel , Monsieur, que vous voyiez tous également les artifices dont on s'est servi pour vous engager dans le schisme , et que vous compreniez en même temps combien il est nécessaire pour votre salut de renoncer à ce schisme , et de rentrer dans l'unique véritable bercail de Jésus-Christ. C'est le plus ardent de mes souhaits , il ne peut être faible dans celui qui a Ihonneur d'être avec un zèle sans borne comme aussi avec un respect sans mesure , etc.

DIXIOIE LETTRE. 265

Je pense , Monsieur , avoir suffisamment éclairci toutes les difficultés qui concernent le Mystère de l'Eucharistie; et si vous avez sérieusement réfléchi sur ce que j'ai eu l'honneur de vous dire touchant !e Sacrifice de la Messe , le culte que nous rendons à Jésus-Christ dans l'Eucharistie , la Communion sous une seule espèce ,.je me persuade, que nonseulement vous cesserez d'y rien voir qui puisse former aucun obstacle à votre réunion avec nous , mais que de plus vous y trouverez de puissans motifs pour renoncer à un schisme très-visiblement mal fondé , vu la nullité des griefs qui jusqu'ici vous ont paiu les plus propres à l'autoriser.

Le désir de vous voir rentrer dans notre Communion , la seule qui subsiste depuis le temps des Apôtres , la seule qui ait une suite de Pasteurs non interrompue , la seule qui se trouve répandue par toute la Terre , la seule qui n'est sortie d'aucune Société Chrétienne , et dont toutes les autres Sociétés Chrétiennes sont sorties ; le désir , dis-je , de vous voir rentrer, Monsieur , dans celte Communion qui réunit si parfaitement tous les caractères de la véritable Eglise de Jésus-Christ , me rend attentif à rechercher tout ce qui peut vous en éloigner, et je pense voir dans la pratique où nous sommes d'invoquer les Saints , un des sujets que vous re-

l66 DIXIÈME LETTRE

gardez comme des plus légitimes pour rester séparés de nous. Vous nous reprochez de transférer les droits du Créateur à la créature , d'affaiblir la confiance en Jésus-Christ , d'obscurcir sa gloire et ses mérites, de nous occuper d'un culte vain et inutile , que vous qualifiez de pure invention humaine , et dont vous voulez qu'il n'y ait pas le moindre vestige dans l'Ecriture.

Permettez-moi , Monsieur , d'examiner si ces reproches sont fondés sur l'équité, ou sur d'injustes préventions ; s'ils tombent uniquement sur nous, ou s'ils n'intéressent pas également les Chrétiens de la plus pure antiquité ; si ces mêmes reproches se bornent à blâmer notre confiance aux prières des Saints, ou s'ils ne vont pas pour la plupart jusqu'à condamner également la confiance que nous avons, vous et nous, aux prières des vivans.

J'éclaircirai celte matière beaucoup moins par des raisonnemens , que par des faits; nous verrons ce qui s'est pratiqué dès l'origine du Christianisme en tout temps et en tout lieu ; et quand j'aurai fiiit voir quelle a été sur ce point la pratique générale et constante de tous les Chrétiens, en remontant jusqu'au temps des Apôtres, je ne serai nullement en peine de la justifier. Si vos Ministres ont assez de courage pour oser condamner l'antiquité la plus pure , et qu'ils ne craignent pas de traiter d'abus intolérable l'usage universel de tous les siècles et de toutes les Nations , je doute fort , INIonsieur , que vous puissiez être du même goût; le moins que je me promette d'une raison aussi éclairée que la vôtre, c'est que , quand vous vous serez parfaitement assuré de la vérité du fait que j'entreprends d'établir , vous suspendrez votre jugement , pour examiner avec plus d'attention si ce que l'on objecte contre l'invocation des Saints est de quelque

SUR l'ijvvocation des saiivts. 267

solidité , et si ce que nous disons pour la défense de cette pratique ne doit pas satisfaire tout esprit raisonnable.

Dessein de cette Lettre.

Je réduis donc à trois articles tout ce que je dois vous dire sur ce sujet. 1°. Je rapporterai les faits qui constatent l'usage universel des Chrétiens de tous les temps d'invoquer les Saints pour leur demander le secours de leurs prières ; J'examinerai, en second lieu, ce que vos Ministres y trouvent à redire, et je ferai voir que leur critique est du moins aussi vaine qu'elle est hardie , pour ne pas dire téméraire ; En troisième lieu , je remonterai jusqu'à la source de cette pratique , et découvrirai les véritables principes sur lesquels elle est fondée , principes que vous verrez être très-clairement établis dans l'Ecriture.

Voilà , Monsieur, tout le plan de l'écrit que je destine à la défense de l'invocation des Saints ; je m'assure que vous y trouverez des choses dont la lecture vous fera plaisir : on aime naturellement à s'instruire des mœurs et des usages des premiers Chrétiens , et les particularités que je rapporterai sur ce sujet seront intéressantes. Vous serez surpris de voiries marques éclatantes que Dieu a don-i nées de son approbation en faveur d'une pratique que l'on condamne si hautement chez vous. Je ne dirai rien que je ne puise dans les sources les plus pures, et les esprits les plus critiques ne pourront contester l'autenticité des pièces que je citerai. J'abandonnerai la plupart des faits à vos propres réflexions , sûr que votre équité naturelle vous en dictera plus que je ne pourrais vous en suggérer.

aGS DIXIÈME LEITRE.

Honneurs rendus à saint Polycarpe après sa mort.

Je commence d'abord par rapporter ce qui se passa à la mort de saint Polycarpe, disciple de l'Apôtre saint Jean , et premier Evéqiie de Smyrne. On ne peut guères remonter plus haut ; vous y verrez, Monsieur, des honneurs rendus au saint Martyr, trés-con formes à ceux que nous rendons aujourd'hui aux Saints , et dont vous vous faites un sujet assez ordinaire de critique. C'est une Epître de l'Eglise de Smyrne adressée aux Eglises du Pont , et rapportée par Eusèbe ; pièce des plus authentiques et des moins contestées qu'il y ait ; c'est , dis-je , cette pièce , qui nous en instruit. Nous. y lisons que le saint Vieillard ayant été condamné au supplice du feu pour sa constance à confesser le nom de Jésus-Christ , les flammes suspendirent leur activité à son égard , qu'un bourreau aussi impatient que surpris de cet événement , lui plongea l'épée dans le sein , d'où il sortit un ruisseau de sang si abondant , qu'il suffit à éteindre le feu. Les Chrétiens pensèrent aussitôt à enlever le corps ; mais les Juifs , jaloux de leur gloire , représentèrent au Gouverneur, qu'il y avait lieu de craindre qu'ils n'abandonnassent leur Dieu crucifié, pour faire, de celui qui venait d'expirer , un nouvel objet de leur culte. Le corps fut donc réduit en cendres : les Chrétiens ne laissèrent pas de recueillir quelques os que le feu avait épargnés. Ils les conservèrent plus précieusement, que si c'eût été de For et des pierres précieuses (0 ; ce sont les propres termes de la lettre , et il les mirent en dépôt dans un lieu hono-

(i) Atque ita nos demùm ossa illiiis f^emniis pretîosissimls caiiora et qiio»is> auro potiora colligeules ubi decebat conilidimiis , quo eliani in loco nobis si lieri polerit tonveniLTitibus concedit Dtus nalaleni ejus Martyrii diem ciim hilarilatc et gaudio colebrare. Lib, 4» '".>'• Ecclcs. e, i5. edil, Mogunt, ex versionc Valcsii. pag, iô5.

SUR l'iis'vocation des saints. 2G9

rable , pour s'y assembler tous les ans au jour de la mort du saint Martyr, et en célébrer la mémoire avec une sainte allégresse. Voilà , Monsieur , le culte des Saints , la vénération des Reliques , les Fêtes en l'honneur des saints Martyrs bien marqués dès les premiers temps du Christianisme.

Apparition de sainte Potamiène après sa mort , et l'effet de sa prière.

Le même Eusèbe qui nous a conservé la lettre dont je viens de rapporter un extrait , raconte d'une sainte Vierge nommée Potamiène, Martvre du troisième siècle , que se tenant fort obligée du soin qu'avait eu un de ses Gardes , quoique païen , de la défendre contre les insultes de ceux qui la chargeaient d'injures lorsqu'on îa conduisait au supplice, elle lui promit de se souvenir de lui après sa mort , et de lui obtenir de Dieu la récompense de sa charité. Elle tint paiole; car trois jours après son Martyre , elle apparut pendant la nuit à son charitable défenseur, lui mettant une couronne sur la tète , et lui disant, qu'elle avait obtenu de Dieu ce qu'elle avait demandé pour lui. Basilides (c'était le nom du Garde ) ne tarda pas à sentir l'effet des prières de la Sainte; il se trouva subitement changé , et si pénétré d'amour et d'estime pour la Religion Chrétienne , qu'il n'hésita pas à l'embrasser ; ce qui lui fit obtenir peu de temps après la couronne du Martyre.

Vous comprenez , Monsieur , au récit de ce fait, que les Saints ne se contentent pas de prier dans le ciel pour les besoins de l'Eglise en général , ce qu'on ne fait aucune difficulté d'accorder chez vous ; mais que de plus ils s'intéressent encore aux besoins des particuliers; qu'ils s'emploient pour leur obtenir des grâces , et que leurs prières sont trèspuissantes auprès de Dieu pour leur en obtenir d'uisignes.

Saint Cyprien et le Pape Corneille se promettent des prières après leur mort.

Saint Cyprien , Evéque de Carthage , était si persuadé de cette vérité , qu'il fit avec le Pape Corneille une espèce de convention , par laquelle ils se promirent (0 que celui qui viendrait à mourir le premier, ne manquerait pas de prendre les intérêts de l'autre à cœur , en priant soigneusement le Seigneur pour lui : et le même Saint écrivant à des Vierges consacrées à Dieu, leur dit C^) : Quand vous serez parvenues au lieu destiné à récompenser l'amour que vous avez eu pour la virginité , ne manquez pas pour lors de vous souvenir de nous.

Mais comme il ne s'agit pas tant ici de l'intercession des Saints , que de l'usage où nous sommes de les invoquer , il serait assez inutile de prouver plus au long qu'on s'est toujours promis de grands avantages de leur intercession , et que trèssouvent on en a ressenti de puissans effets. Il vous faut des exemples qui fassent voir que les Chrétiens des premiers siècles ont eu recours aux prières de ceux qui avaient déjà quitté la terre , et qu'ils savaient être parvenus au séjour de la gloire.

Sainte Justine a recours à la Sainte Vierge dans une tentatioa pressante.

Il ne sera pas difficile, Monsieur, de vous satisfaire. Saint Grégoire de Nazianze rapporte de sainte Justine , Vierge et Martyre du troisième siècle , qu'un jeune Païen ayant conçu à la vue de sa rare beauté une violente passion pour elle, n'omit rien pour triompher de sa vertu , jusqu'à employer les secrets de la magie , dont l'usage lui était assez fa-

(1) Si quis noslrùm prior divinae dignationis celeritatc prseccsserit , perseveret apud Deum dilectionostra , etc. Lib. i. Ep. i. Ed. Froben. p..7>.

(2) Tanliim memenlote tiinc nnstri , ciini incipit-t In vobig Virginitas honorari. Lib, 2. de liabitu Fir^inam , cd, Froben. (). 261,

SUR l'invocation des saints. ayi

milier. La Sainte se sentant extrêmement tentée par les prestiges du démon , eut recours à la Sainte Vierge (0 , la priant de lui obtenir de son Fils les secours nécessaires pour sortir victorieuse des combats qu'elle avait à soutenir , et joignant le jeûne à la prière , elle vint aisément à bout de rendre inutiles les artifices du jeune débauché.

Je n'ignore pas , Monsieur , qu'il y a eu deux Cypriens , qui après s'être convertis à la Religion chrétienne ont donné leur vie pour Jésus-Christ. L'un a été le célèbre Evêque de Carthage , qui confirma son martyre proche de cette ville ; l'autre était d'Antioche , et eut la tête tranchée à Nicomédie : or c'est selon toutes les apparences Cyprien d'Antioche qui eut recours à cet affreux moyen de séduction. Que saint Grégoire de Nazianze se soit mépris en nommant l'un pour l'autre , le fait n'en serait pas moins vrai pour cela ; et toujours faudrait-il convenir que saint Grégoire a été dans le persuasion qu'au commencement du troisième siècle c'était la pratique d'invoquer les Saints. Aussi vos Centuriateurs de Magdebourg conviennentils (*) , qu'on voit dans les Ecrits des Docteurs du troisième siècle des vestiges clairs et sans obscurité de l'invocation des Saints ; ils citent sur cela plusieurs passages d'Origène , qui ne laissent aucun lieu d'en douter.

Saint Basile rapporte l'origine de l'invocation des Saints jusqu'au temps dés Apôtres.

Saint Basile , l'un des plus illustres Docteurs de l'Eglise Grecque , rapporte l'origine de l'invocation

(i) Videa» in Doctorum hujus tertii Sœculi scriptis non obscura vestigia invocationis Sanctorum. Centuriâ 3. eap, 4. éd. Oporin. p. 85.

(i) Virginem Mariam supplex obsecrang , ut periclitanti Virgini suppetias fcrret. tx'v ■Trap^îyrj^i Ma^/ay. ix2Têt/Va/3s«9«<r«j7ra/:9ê'vai>xi»d ^Yêc/sVii. Orat. i8. Tom. i. Edit. Colon, p. 279.

des Saints jusqu'au temps même des Apôtres.Voici ses propres termes ; c'est dans une espèce de profession de foi qu'il adresse à Julien l'Apostat (0 : Selon la foi des Chrétiens , que nous avons reçue de Dieu même , et qui est sans tache , je crois en un seul Dieu tout-puissant , Dieu le Père , Dieu le Fils , Dieu le Saint-Esprit.... Je reçois les saints ydfpôtres , les Prophètes et les Murljrs , et je les invoque ^ afin quils prient pour moi , et que par leur entremise Dieu me soit propice , et me pardonne mes fautes ; cest pour cela que /honore et révère leurs images , vu principalement que ces choses nous ont été ordonnées par la tradition des saints Apôtres , et que bien loin d'être défendues , elles paraissent dans nos Eglises. Vous voyez , Monsieur , que saint Basile soutient, qu'en invoquant les Saints , il agit selon la foi que les Chrétiens ont reçue de Dieu, et selon la tradition des Apôtres.

Que si le témoignage rendu par ce grand homme touchant la foi et les usages des siècles antérieurs, vous paraissait moins recevable, ou qu'il ne fît pas assez d'impression sur vous , je compte du moins que ce qu'il dit de l'usage de son temps et de ce qui se passait sous ses yeux, vous fera voir bien clairement que vers le milieu du quatrième siècle , temps auquel le Saint écrivait , l'invocation des Saints n'était pas moins parfaitement établie, ni moins généralement pratiquée qu'elle l'est aujourd'hui chez nous ; et c'est à la faveur d'un usage si général du quatrième et du cinquième siècle , que nous serons en droit de revenir au point de saint Basile , je veux dire , que nous trouverons

(i) Secundiim immaculntarn fîdem Cbristianorum , quafti diTÎnitùs suimis sortit! ,confiteor, etc. Suscipio autemsanctos Apostolos, et Prophetas , et Martyres , et ad supplicationrm , quae est ad Deum , hos invoco , lit per eos , id est pcr interventioncm toruni propitius sit niihi miseiicors Deus. Ep. 200. T. 5. cd. Paris, p. 224.

SLR l'invocation DES SAINTS-. 2^3

dans la généralité même de cet usage des raisons très-légitimes pour en justifier et vérifier l'origine , telle qu'elle nous est marquée par ce Père.

Combien l'usage d'invoquer les Saints était commun du temps de saint Basile.

Voici comme il parle de la confiance que les Chrétiens de son temps avaient aux prières des 4o Martyrs qui, sous Licinius, finirent leur vie dans un étang glacé : Celui qui est affligé , dit-il C») , a recours à eux ; celui qui est dans la joie , le fuit également : celui-là pour être délivré de ses maux , celui-ci pour se maintenir dans la prospérité. C'est ici quon trouve la mère priant pour ses en/ans ; la femme priant pour le retour de son mari ., qui est en voyage , pour son rétablissement , quand il est malade. Ne croiiiez-\^us pas , Monsieur , voii- un de nos pèlerinages des plus célèbres et des plus fréquentés?

Remnitius croit faire sur ce passage une remarque fort judicieuse, en disant (0 que saint Basile se sert d'une manière de parler qui n'est pas pour exhorter à invoquer les [\o Martyrs , mais uniquement pour rapporter la pratique des Fidèles de son temps ; qu'il ne dit pas : Que celui qui est ajfligé ., ait recours à eux , mais qu'il dit : Celui qui est affligé, a recours à eux. Vraiment , Monsieur, nous l'entendons Lien ainsi, et nous sentons assez combien cette manière de parler nous est avantageuse ; car si ce n'était qu'un avis que le saint Docteur

(i) Qui aliquâ preniitur augtistiâ ad hos confiigit , qui rursiis ]rct;:tiir ad hos recunit , hic ut à mails liberetur, ille ut duret in rébus laetis. Hic nmlier orans pro filiis deprfheiulitur : peregrinaiili viro redituni inco lumen , aegrotanti veio salutum implorât. /fowi. 20. «n4o. Martyiis.T. 1, cd. Par. p. 45f).

(1) ÎVon dicit.,.. qui premitur ad hos confugiat , scd recilativè vulgî f t muliercuiaium coiicursum exponit. Parte 5. de iniocat'wiic Sanct. éd. Francof. p. .129, N. 4o,

ilonnât, on dirait qu'il le donne de son chef, et jjue le sentiment d'un honjme , quelque habile qu'il puisse être , ne doit pas faire la règle de notre foi ; mais le Saint rend témoignage de la piatique de son temps , et sur le récit qu'il en fait nous ne pouvons douter qu'elle n'ait été telle en effet qu'il l'a dit , et la trouvant très-usitée dans le quatrième siècle , nous concluons qu'il faut qu'elle n'ait rien de répréhensible , puisque vous convenez vousmême , que l'Eglise des quatre premiers siècles était pure , orthodoxe, et exempte de toute tache qui eût pu lui faire perdre la qualité d'Epouse de Jésus- Christ. Vous ne voudrez pas appaiemment , Monsieur , envisager cette pratique comme innocente dans le quatrième siècle , et la regarder comme criminelle dans le dix-huitième. 11 serait aussi extraordinaire de voir chez vous une acception de siècles, qu'il serait extraordinaire d'y voir une acception de personnes ; l'un et l'autre répugne également à votre équité.

Mauvaises raisons de Kemnitius, et qui sont contre lui.

Le même Kemnitius dit (0 , que saint Basile , saint Grégoire de Nazianze, et saint Grégoire de Nysse ont introduit les premiers l'invocation des Saints dans l'Eglise ; qu'ils l'ont tirée de la persuasion du Peuple, et de la dévotion particulière des Moines. Mais si saint Basile et les deux saints Grégoires ont puisé l'invocation des Saints dans la persuasion du Peuple , et dans la dévotion parliculière des INIoines , ce ne sont donc pas eux qui l'ont introduite dans l'Eglise; il faut qu'ils l'aient trouvée tout établie ; car puisque la pratique en était com.

(i) Basilius, Kazianzenus et IV'yssenus prinii fuerunt qui invocationcm Sanctorum ex privatis Monachorum ilevotionibus , et vnlgi persuasionibusioEcclcsianiinveicrunt. In parte ù.Exam. edit. Franco/', p. 328. /V.ôo,

mune aux Savans , au commun des Fidèles , et à ceux qui faisaient profession d'une piété particulière , on ne peut dire que ce soient ces trois Pères qui l'aient fait recevoir dans l'Eglise ; mais on parlera juste , quand on dira , que la voyant fort en usage de leur temps, et n'y trouvant rien que de très-louable , ils l'ont appuyée de leurs suffrages et de leurs exemples.

Kemnitius ajoute (0 , que ces trois Pères ont si bien orné les panégyriques des Saints de toutes sortes de fleurs d'éloquence , de figures de rhétorique et d'apostrophes, qu'à force d'exagérer, ils ont fait recevoir comme un dogme public et certain , l'opinion qu'on avait de la prière et du secours des Saints; et qu'en adressant la parole à ceux dont ils faisaient l'éloge , ils ont donné à ce qu'ils disaient , un air d'invocation. Mais je demande à Kemnitius quelle figure de rhétorique et quelle apostrophe il trouve dans les paroles rapportées : Celui qui est affligé , a recours aux [\o Martyrs , et celui qui est dans la joie , le fait également ; cest ici quon trouve la mère priant pour ses enfans , etc. Quoi de plus simple, de plus naturel , et de moins étudié que le récit que fait ici saint Basile , de l'usage de son temps? Je lui demande , si c'est ce Père qui a donné aux Fidèles de son siècle l'idée qu'ils avaient du pouvoir et du crédit des Saints, ou s'il ne la supposait pas déjà tout établie dans leur esprit, lorsqu'il disait W : Souvenez-vous du saint

(i) Orationes pancgyricas declamatorlis flosculis , et rlietoricis apostrophis ita exornarunt , ut opinionem de comprecationibus et auxiliis Sanctorum tanquam publicuin dognia in immensum exaggerarent , et ad conipellationes eorum , qiioium niemoriam celebrabant orationoni conveiterent , atque ità figuram oiationis ad forinam invocationis declinarcnt. p. SaS. A'. 4o.

(a) Menjores cslote Martyris, qiiotqiiot in hoc loco constituti adjutorem ipsum ad precanduni habulstis , quibuscutique ex noniine advoca*

l'jG DIXIEME I.ETTRF:.

Martyr Memmas , vous qui après V a\>oir invoqué , avez ressenti le secours de ses prières , vous qui lui êtes redevables du succès de vos voyages , vous à qui il a rendu la santé , vous dont il a ressuscité les en/ans morts. ISVst-il pas étonnant d'entendre dire d'abord à Kemnitiiis ,(jiie c'est le Peuplequi a communiqué ses erreurs vulgaires aux saints Docteurs, et bientôt après , que ce sont ces saints Docteurs qui ont fait naître ces erjcurs par- leurs figures de rhétorique, et par leurs apostrophes? Qui ne voit que Kemnitius ne sait à qui s'en prendre ?

Prière adressée par saint Grégoire de ISysse au saint Martyr Tliéodore.

Mais à propos d'apostrophes , je n'ai garde de supprimer celle que fait saint Grégoire de Nysse au saint Martyr Théodore; elle est des pUis magnifiques : « Nous avons besoin de beaucoup de grâ- » ces , dit-il à la fin d'un discours prononcé à sa » louange (0 , priez notr-e Roi et notre Maître com- » mun pour la conservation de la Patrie. Nous cr'ai- » gnons de grands malheurs , nous sommes expo- )) ses à de grands dangers. Les Scythes nous mena- » cent d'une irruption prochaine : combattez pour » nous , généreux soldat de Jésus-Christ , parlez » librement en notre faveur , glorieux Martyr.

tus ipsis adruit operibus , qnotquol ex juTrp^rinatione reduxit , quoscunque sanitati K-stituit , quibiiscuiiqiu' lilios jain mortuus ad vitam reductos reddidit. Uutn. 26. T. 5. éd. i'aris p. 5i!>,

(i) Mulloiuin benefîciorum indij^fiiius , intercède ac deprecare pro Patrià apud communem Rcgeni ac Douiiiuim. Tinienius alllktiones , exspectamus pericula ; Non longé absunt scuicïti Scyth* bellum adver^ siim nos pailnrientes. Ut miles propiigna (pro nobis),tJl Martyr [)to conservis uleic iihertate loquendi. Pete pacein, ut lii piibliii conveiilus non dcsinant. Nus etiam qwod incolumes et integri conseivali suimis, tibi beneficium acceptiim referiinus. Petiinus auteni etiam fuluri tiinpoiis prxgidium atque securitateni. Quoil si niajori etiam 0|)us fiierit advocatioiie ac deprecatione, iVatnim tuoium MrÉilyruin cnjie clioriim , et cum omnibus unà deprecare.... Admone Petrum , excita Pauliim, Joannom item discipulum dilectuni , ut pro Fcclesiis , quas ronslitiieruut , sint solli» citi , etc. In orat, de S. Tiicodoiu. T. 5. edil. l'ara, p. 585.,

SUR l'invocation des saints. . 277

» Quoique vous soyez affranchi des misères de cette » vie, vous connaissez néanmoins les besoins de la » condition humaine; demandez pour nous la paix," » afin que les horreurs de la guerre ne viennent » point dissiper nos saintes assemblées. C'est avons » que nous croyons être redevables de la tranquil- » liîé dont nous jouissons présentement, nous vous » demandons encore votre protection et notre sù- » reté pour l'avenir ; et s'il était besoin d'un ren- » fort de prières , joignez-vous à la glorieuse trouve » des Martyrs , engagez-les à prier conjointement » avec vous , avertissez Pierre , faites souvenir » Paul , sollicitez Jean , le cher disciple du Sauveur, » d'avoir soin des Eglises qu'ils ont établies avec » tant de peines, etc. »

C'est là sans doute, Monsieur, une apostrophe, oui , j'en conviens ; mais n'est-ce pas en même temps une très-véritable prière ? Peut-on demander plus fortement et avec plus d'instance , l'intercession d'un Saint ? Vos IMinistres seraient-ils foit d'humeur à faire de telles apostrophes ? Et si leurs auditeurs en entendaient de pareilles sortir de leur bouche , n'en seraient-ils pas étrangement surpris ? H faut donc convenir qu'on pense aujourd'hui tout autrement chez vous sur l'Invocation des Saints, qu'on ne faisait au quatrième siècle du temps de saint Grégoire de Nysse.

S'il n'y avait du quatrième siècle que les trois Pères nommés, saint Basile, et les deux saints Grégoires de Nazianze et de Nysse , qui eussent rendu à l'invocation des Saints des témolirnaçes aussi éclatans que ceux que nous venons de voir, comme ils étaient tous tiois liés entre eux , ou par la proximité du sang, ou par une étroite amitié , ou pourrait peut être les soupçonner d'avoir asi de concert

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