‹ Lettres d'un docteur catholique à un Protestant sur les principaux points de controverse et sur les obstacles au salut et à la conversion des Luthériens et des CalvinistesChapitre 17 sur 27 · III. Proposition · texte numérisé non relu

III. Proposition

La prière pour les morts nous autorise à citer pour le Purgatoire les passages que nous citons , et aies entendre comme nous les entendons.

Il résulte de tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire , Monsieur , qu'on a toujours cru que les âmes des Fidèles décédés pouvaient avoir besoin de soulagement, qu'on a toujours cru pouvoir leur en donner , que la charité des Fidèles s'est constamment empressée à leur en procurer par les prières, les

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aumônes , les Sacrifices ; et par conséquent , qu'on a toujours été persuadé de l'existence d'un troisième lieu distingué du Paradis et de l'Enfer; conséquence sur laquelle il n'y a plus à disputer après les solides observations qui ont été faites sur les vaines évasions de vos Ministres. Ainsi , quand nous n'aurions d'autres preuves que celle-là pour justifier notre croyance sur le Purgatoire, c'en serait déjà bien assez pour nous ; car nous ne prétendons pas être plus sages ni plus clairvoyans que les Chrétiens de l'antiquité et ceux de tous les temps. Mais nous ne manquons pas de passages de l'Ecriture pour appuyer le dogme qui vous fait peine , et si vous avez vu que la prière pour les morts est très-efficace pour prouver la vérité des peines passagères après cette vie, vous allez voir que rien n'est mieux lié que cette même prière avec les passages que nous citons, et qu'elle nous autorise parfaitement à entendre ces passages dans le sens que nous les entendons. Je vous demande , Monsieur , la con tinuation de cette atten tion que vous ne refusez point aux affaires qui vous paraissent la mériter ; y en eut-il jamais qui la méritât mieux que la discussion d'un article qui intéresse si fort votre Religion et votre salut?

Première Preuve tirée du passage de saint Paul.

Je trouve d'abord dans la première Épître aux Corinthiens ( i. Cor. ni. i5.)('l, qu'il y a des Fidèles qui se sauveront en passant par le feu, ou, pour ne rien ajouter au texte, qui seront sauvés comme par le feu ; c'est-à-dire , qu'ils se sauveront comme ceux qui se trouvant enveloppés dans un incendie , ne peuvent échapper aux flammes, sans en sentir la pointe , et sans être endommagés ou dans leurs

(i) Ipse autem sah'us erit , sic tamea quasi per ignem. 1. Cor, m. i5.

SUR LE PURGATOIRE. SqQ

habits ou dans quelque partie extérieure du corps exposé à l'activité du feu. Et qui sont ceux qui se sauveront de cette sorte? Ce sont, dit l'Apôtre, ceux qui après avoir établi Jésus-Christ pour fondement, bâtissent sur ce fondement avec du bois , de la paille et du chaume; c'est-à-dire, ceux qui, croyant en Jésus-Christ , et qui lui étant unis par hi charité, ne laissent pas de mêler beaucoup d'imperfections à leurs œuvres.

Vous avouerez, Monsieur, que c'est là le sens le plus naturel qu'on puisse donner aux paroles de l'Apôtre ; il n'y a qu'à les examiner de près pour voir que je n'ajoute rien à sa pensée. Voilà donc des gens qui seront sauvés , mais qui ne le seront qu'après avoir souffert quelque peine : toute la difficulté est de savoir si la peine qu'ils souffriront, regarde cette vie, ou s'ils ne la souffriront qu'après la mort. L'Apôtre décide la question au même endroit; car après avoir parlé de deux ouvriers, dont l'un érige un superbe édifice qu'il enrichit d'or et d'argent et de pierres précieuses, et dont l'autre ne bâtit qu'avec du bois , de la paille et du chaume, il ajoute (') , que le jour du Seigneur fera connaître l'ouvrage de l'un et de l'autre, que le feu en fera l'épreuve, que celui dont l'ouvrage subsistera, sera récompensé ; que celui dont l'ouvrage sera brûlé , souffrira de la perte; qu'il sera néanmoins sauvé lui-même comme en passant par le feu.

Il est bien clair que ce jour du Seigneur ne peut être autre que le jour auquel le Seigneur examinera et jugera les oeuvres d'un chacun, ce qui bien cer-

(i) Unius cujiisque opus manifestum erit , dies cnim Domini declarabit , quia in igné rtîve.'abitur , et uniiis ciijiisque opus quale sit , ignis probabit. Si cujiis opus manserit , quod superA'diGcavit , mercedeni accipiet; si cujus opus arseiit , detrinientum patielur : ipse autem salvus erit , sic tamea quasi per igaem. i. Cor. m. i3. i4. i5.

tainenient ne se fera qu'après la mort : donc la peine dont il est ici parlé ne peut s'entendre des afflictions de cette vie; donc le juste imparfait souffrira quelque peine après la mort , peine passagère , puisqu'après l'avoir soufferte il sera sauvé.

Outre que cette explication est la plus naturelle , et comme vous le voyez , Monsieur, appuyée sur ce qui précède immédiatement le texte, elle est déplus autorisée de saint Augustin et de la plupart des Pères de l'Eglise. Car, quoique saint Augustin ait cru pouvoir expliquer le feu dont il est ici parlé de la douleur que ressent l'homme juste par la perle affligeante qu'il fait de quelque bien temporel auquel il avait trop d'attache, ce Père, bien loin de rejeter le sens que nous donnons au passage de saint Paul, y a lui-même formellement recours dans sa paraphrase sur le 87^ Psaume (0 : On ne se met pas beaucoup en peine de ce Jeu , dit le saint Docteur ^parce qu'il est dit, que celui qui passera par ce feu sera sauvé; mais que l'on sache ^ ajoute-t-il, que la douleur que ce feu causera sera plus grande que tout ce que l'homme peut souffrir en cette vie. Seigneur^ dit-il au même endroit, en s'adressant à Dieu ^^\ purifiez-moi dès cette vie., et rendez-moi tel que je naie pas besoin de passer par le feu destiné à purifier les âmes.

Saint Ambroise '^) , saint Jérôme (4) , saint Grégoire (^5, Origène(^), et plusieurs autres adoptent

(i) Quia dicilur, salvus erit , contemnitur ille ignis , gravior tamen erit, quàm quidquid hon:o potest pati in hac vità. In Psalm. ôy. T. 8. edit. Froben. p. 5i5.

(2) In hac vità purges me , et talem reddas , cui jam emendatorio igné non sit opus. Ibidem.

(5) Jmbros. in Psalni, 118. T. 1. ed, Paris. An. 1686. p. 1225.

(4) Hicron. in uliimis verbis super Isaîani. T. 3. ed. Martianay. p. 5 16. Item inlib. 2. contra Jovin. ultra médium. T. 5. ed. Mart. p. iiâ.

(5) Grcg. lib. 4. Dialci;. r. jq. T. 2. ed. Paris. An. i6j5. p. 192.

'fi] Orig. Iiom, 14. in Leviticum ed, feteris. f, 79. B. Itttn Uom, 13. in Jcrcmiam. f. i58. £.

SUR LE PCRGATOIRE. 4oi

la même explication ; je m'abstiens de rapporter leurs paroles pour ne pas vous fatiguer par de longues et nombreuses citations ; mais le soin que j'aide citer l'édition, le tome et la page où l'on trouvera ce que ces Pères ont pensé sur ce sujet, peut vous répondre de la conformité de leurs sentimens avec le nôtre. En tout cas, Monsieur, s'il vous prenait envie d'en douter, rien ne sera plus aisé pour vous que de vous en assurer. Ce sera l'affaire d'une prompte discussion , je m'offre à vous en abréger la peine; il n'y en aura d'autre pour vous que de jeter un coup d'œil sur chacun des endroits que j'aurai soin de vous présenter.

Qu'on cesse donc de nous reprocher comme on fait une disette absolue de preuves tirées de l'Écriture , propres à établir. la croyance du Purgatoire; s'en peut-il une plus complète que celle que nous fournit ici le texte de saint Paul ? N'y est-il pas parlé d'une peine passagère, soufferte après la mort par celui qui sera sauvé? A quoi bon recourir ici à la métaphore? Pourquoi ne pas s'en tenir au sens littéral , tel qu'il est présenté par le texte, au sens reconnu et adopté par les plus savans Pères de l'Église, au sens qui justifie parfaitement la pratique de la prière pour les morts, comme il en est aussi très-parfaitement justifié à son tour ? Un sens tel que celui-là ne sera-t-il pas toujours infiniment préférable à tout autre?

Seconde Preuve tirée du passage de saint Matthieu , xii. 32.

Le texte de saint Matthieu , où il est dit (0, que si quelqu'un pèche contre le Saint-Esprit , il Jiy aura point de pardon pour lui ni en ce siècle ni en l'autre^

(i) Qui dixerit verbum contra Spiritum Sanctum , non reinittctur ci , r-equo in hoc seculo , nequein fuluro. Malth. xii. Sa.

ne prouve pas moins solidement l'existence d'un troisième lieu ; car voici comme nous raisonnons. Celui qui dit qu'il y a des péchés qui ne se pardonnent ni dans ce siècle , ni dans celui qui est à venir , suppose manifestement qu'il y a des péchés qui se pardonneront dans le siècle à venir, comme qui dirait : Le Roi ne fera grâce du duel ni à l'armée, ni à Paris , suppose bien certainement que le Roi accorde des grâces et à l'armée et à Paris. A quoi bon parler d'un pardon dans le siècle à venir, s'il n'y a point de pardon dans le siècle à venir ? Or est-il , que le Sauveur dit , que le péché contre le Saint-Esprit ne se pardonne ni dans ce siècle , ni dans le siècle à venir ; donc il faut qu'il y ait des péchés qui se pardonnent dans le siècle à venir: bien certainement ils ne se pardonnent pas en enfer; car en enfer il n'y a pas de rémission : ils ne se pardonnent pas non plus en Paradis, car rien de souillé n'entrera dans le Royaume des cieux : donc il faut qu'il y ait un troisième lieu où l'on puisse obtenir la rémission de quelques péchés.

Le sieur Dannhauer a cru pouvoir éviter la force de ce raisonnement, en disant (•' : que l'expression du Sauveur ne signifie autre chose , sinon que le péché contre le Saint-Espfit ne sera jamais remis pendant toute l'éternité; et pour justifier cette explication , il remarque que c'est en ces termes que saint Marc énonce (^1 la pensée du Sauveur.

J'avoue, Monsieur, qu'un péché qui ne se remettra ni en ce monde ni en l'autre, ne se remettra jamais pendant toute l'éternité; et qu'un péché qui ne se remettra pas pendant toute l'éternité, ne se remettra pas non plus ni dans ce siècle ni dans le

(i) Phant. XII. Hodomorlce, ed, Arg. i653. p. io54. (2) Qui autem blasphemaverit in Spiritum Sanctum , non habebit rein îssionem in aeternum Marc, iw. 29.

siècle à venir. Il ne s'ensuit pas pour cela que ces deux expressions soient équivalentes ni qu'elles puissent être employées dans les mêmes occasions. Lorsque le Sauveur s'apprêtait à laver les pieds à saint Pierre , cet Apôtre voulant marquer la répugnance qu'il avait à le souffrir, lui dit : Seigneur , il n arrivera jamais que vous me laviez les pieds (*); cette manière de s'exprimer , à ne considérer que les paroles, n'avait rien d'extraordinaire ni qui fût contre le bon sens. Mais si Pierre eût dit : Vous ne me laverez les pieds ni dans ce siècle ni dans le siècle à venir , l'expression eût été des plus singulières ; Pourquoi ? parce qu'elle eût supposé qu'on se lave les pieds dans le siècle à venir. En effet, Monsieur , posez le cas qu'il doive être encore d'usage de se laver les pieds après la résurrection générale: dès lors vous sentirez qu'il eût été libre à Pierre de se servir de cette expression , et qu'elle eût cessé de paraître ridicule; ce qui fait voir évidemment que saint Matthieu inspiré par le Saint-Esprit n'a pu s'exprimer comme il l'a fait , sans marquer bien clairement qu'il se fera une rémission de péchés dans le siècle à venir.

Quoi qu'il en soit de la remarque que je viens de faire , je ne crois pas que nous puissions passer pour imprudens, en préférant les lumières de saint Augustin (^) , de saint Grégoire (^), de saint Bernard 14), de Bède l^) , de Raban Maure , à celle du sieur Dannhauer ; ce sont eux qui nous ont appris à raisonner comme nous raisonnons sur le texte de saint

(i) Non lavabis mihi pedes in ieternum. Joan, xtn. 8.

(a) Ang. lih. 21. de Civil. Dei. c. i^. T. 5. éd. Froben. p. iSog.

(5) Greg. tib. 4. Dial, c. ôg. cd. Paris. An. i6-5. pag. 292.

(4) Bern. Hom. 66. in Cant. T. 1. éd. Mabilton. p. 149S. N. 11.

(5) Bed.in cap.o. ilarci. lib. 2. Inst. Cler, c. 44» '^'' 6. ed. Col. apiid Ant. Hierat. p. 37.

aô.

4o4 ONZIÈME LETTRE.

'Matthieu; s'ily avait dufaibledans ce raisonnement, ces Pères l'eussent certainement découvert ; ils avaient pour le moins autant de pénétration et de solidité d'esprit que votre Professeur. Ainsi , puisque notre raisonnement a été goûté , approuvé , employé par ces grands hommes , ne trouvez pas étrange que nous le trouvions fort à couvert des subtilités de vos Ministres. Nous avons d'autant plus de sujet de faire cas de ce raisonnement , qu'il concourt parfaitement à nous faire voir un système suivi de la prière pour lesmorts, du besoin qu'ils en ont, et de l'effet qu'ils en ressentent.

Troisième Preuve tirée du passage de saint Luc. xii. 59.

Un troisième texte propre à établir la vérité du Purgatoire, est celui du xii*^ chap. de saint Luc, où il est dit (') ; Je vous déclare que vous ne sortirez point de cette prison , que vous nayez rendu jusqu'au dernier denier; car quelle peut être la prison dont parle ici le Sauveur ? Serait-ce une de ces prisons ordinaires où l'on peut être arrêté pour cause de dette, ou pour quelque autre sujet de mécontentement donné à son prochain? Mais quelle apparence que le Sauveur se soit mis fort en peine de donner des leçons sur des intérêts temporels , en avertissant de prévenir le danger d'un long emprisonnement, lui qui a eu soin de remarquer que les enfans du siècle sont beaucoup plus éc' aires sur ces sortes de choses , que ne le sont les enfans de lumière sur ce qui regarde leur salut ? Quelle apparence encore qu'il eût parlé si affirmativement en disant, comme il le fait au cinquième chapitre de saint Matthieu '^î : J e vous dis envérité^que vous n en

(i) Ne exactor te mittat in carcerem ; Dico tibi non esles indè, donec etiam novissimum niinutum reddas. Luc. su. 69.

(î) Amen dico tibi , non exiesindë, donec reddas novissioium quadruiilcui. ilailh. v. 26,

SLR LE PURGATOIRE. /^o5

sortirez pas que vous n'ayez rendu jusqu'au dernier denier? Et quoi donc , ne pourrait-il pas arriver que celui qui aurait été mis en prison, en échappât par adresse ou obtînt son élargissement parle crédit de quelque puissant ami? Que penser d'une menace si affirmative, s'il ne s'agit ici que d'un emprisonnement ordinaire? La possibilité d'un événement contraire à la menace ne fait-elle pas voir que la menace eût été faite imprudemment en termes si assinés? Il faut donc que la prison dont le Sauveur parle, soit d'une autre espèce que celles qui sont destinées par l'autorité publique à punir des coupables ou à renfermer des personnes suspectes. Direzvous , Monsieur, que c'est l'enfer? Je conviens que l'enfer est une très-véritable prison; mais le Sauveur })arle d'un lieu d'où l'on ne soitira qu'après avoir acquitté ses dettes ; cela ne peut convenir à l'enfer, comme vous le voyez assez ; il faut donc que ce soit le Purgatoire, d'où on sortira effectivement, mais d'où on ne sortira qu'après avoir pleinement satisfait à la justice divine.

Kemnitius fait ici ime remarque dont il prétend tirer grand avantage : il observe que la particule (») donec ^ jusqu à ce que ^ employée dans le texte cité, ne maïque pas toujours le terme , la fin de la chose dout il est parlé, mais qu'elle sertquelquefois à en marquer la continuation et la perpétuité. Par exemple , lorsqu'il est dit en saint Matthieu {Matth. L. 25.), que Joseph ne connut point Majie jusqu à ce quelle enfanta ^ il ne s'ensuit pas, dit-il , qu'il l'ait connue après qu'elle eut enfanté; et lorsque Dieu dit à Jésus-Christ par la bouche de David

(i) Nofum est parliculam , Donec , non semper si'gnifîcare fcrmlnnin , ied sïpius cutitinuatioiitm tt perpeluitulLai, AcHUiii. ô. Part, Exam, p, »i5. iV. 10.

4o6 ONZIÈME LETTRE.

(Ps. ciK. I.) : asseyez-vous à ma droite jusqu à ce que f aie mis vos ennemis sous vos pieds , il ne s'ensuit pas que Jésus-Christ cessera d'être à la droite de son Père , après que les ennemis de Jésus-Christ auront été mis sous ses pieds; c'est ainsi, ajoute Keranitius, que, quoiqu'il soit dit : Fous ne sortirez pas de cette pris on jusqu 'à ce que vous ayez pajé, etc. , il ne s'ensuit pas qu'il en doive jamais sortir.

A cela je dis, que nous sommes très-obligés au Ministre de Brunswick d'une remarque qui fait parfaitement pour nous ; car, comme nous sommes en droit de conclure de cette expression : Joseph ne connut point Marie jusqu à ce quelle enfanta , donc elle devait enfanter; et de cette autre de David : ji sseyez-vous à ma droite jusqu à ce que j'aie mis vos ennemis sous vos pieds , donc le temps arrivera auquel les ennemis de Jesus-Christ seront mis sous ses pieds; de même aussi sommes-nous en droit de conclure de ces paroles du Sauveur : Fous ne sortirez point de cette prison jusqu à ce que vous avez acquitté vos dettes , donc les dettes seront un jour acquittées par celui qui est en prison; et quand elles seront acquittées, il en sortira. Bien loin donc que la subtilité de Kemnitius affaiblisse notre argument , elle ne fait que tui donner un nouveau jour et une nouvelle force.

Vous sentez assez, Monsieur, que la preuve du passage que je viens de discuter ne manque pas de solidité, et si vous faites de plus attention que ce passage a été entendu par saint Cyprien, par Tertullien, par Origène, par saint Ambroise, dans le même sens dans lequel nous l'entendons, ne trouverez-vous pas assez étrange que vos Ministres osent nous taxer de simplicité de ce que nous prétendons voir dans le texte cité les traces du Purgatoire bien marquées? Ne faut-il pas, en effet, que notre sim-

SUR LE PURGATOIRE. l^O'J

plicllé soit des plus grandes, pour nous faire adhérer à une explication qui se soutient parfaitement par elle-même, et qui , de plus , est autorisée par les plus savans Pères de l'Église ?

Voici comment s'exprime saint CyprientO '.Autre chose est d'être arrêté en attendant le pardon , autre chose de parvenir d'abord à la gloire : autre chose est de ne pas sortir de la prison jusqu'à ce qu'on ait payé le dernier denier , autre chose de recevoir d'abord la récompense de sa foi et de sa vertu : autre chose est de soujfrir de longs tourmens et d'être purifié par le feu , autre chose de se trouver pur et net par t effet du martyre. Tertullien enseigne en termes exprès (2) ^ que, par la prison dont il est parlé dans l'Évani^ile, il faut entendre les lieux souterrains où sont reléguées les âmes, et par le dernier denier, les petits péchés qu'il faudra y expier en attendant la résurrection. De même ^ dit saint Ambroise ^^^' , qu'en allant aux bains on donne une pièce de monnaie pour avoir droit de se baigner et de se laver ^ de même aussi faut-il ici payer la pièce de monnaie dont on se trouve encore redevable pour effacer les taches du péché., ce qui se fait en souffant les peines qu'on a méritées.

(i) Aliud est ad yeniam stare, alind ad glorîam pprvenire ; aliud mîssum lucarci-rem non cxire indt-jdonec solvat novissitnum quadrantetn^ aliud statini Gdei et Tirtutis accipere mercedem ; aliud pro peccatislongo teinpore cruciatum emendari et purgari diu igné , aliud ptccata omnia passione purgasse. Lib. 4- Ep. a. éd. Frob, p. 1 15.

(i) Carcerem illnro , quem Evangeliom demonstrat , infero» întellîgîmus , et novissimuni quadrantem modicum qnoque deiictam niorâ rcsur- TectioDÏs illic luendum interpretamur. Tert, tib. de antmâ, éd. Froben, p. 689.

(51 Quadrantem in balneis dari «olere reminiscimnr , cnjus oblatione , ot illic nnusqnique larandi accipit iacDllateii] , ilà kîc accipit eluendi ; quia unius cujusqae peccatutn eluitur , ciim tamdiii exercetur no xiis pnenis, ut comniissi supplicia erroris ripe ndat. Ambras, in cap. \2. LiiCiX. T, a. td. Paris, /inno 1686. p. i448. iV. liS.

4o8 ONZIÈME LETTRE.

Paroles peu mesurées de Kemnitius.

Pour ce qui est d'Origène , il serait assez inutile de rapporter ses paroles, puisqu'on ne fait aucune difficuté de convenir qu'il est absolument pour nous ; mais je ne puis passer sous silence la réponse que fait Kemnitius au texte de saint Ambroise. Considérez^ dit ce Ministre (0, à quelles puérilités et à quelles inepties s'est laissé aller Ambroise en voulant établir le Purgatoire sur le passage de saint Luc. C'est ainsi que ces Messieurs traitent les saints Pères . quand ils les trouvent d'un sentiment contraire au leur; les pensées les plus spirituelles dont les Pères se servent pour expliquer le véritable sens des Écritures , et pour faire comprendre la croyance générale de l'Eglise, ne sont plus que des extravagances , des puérilités, des inepties. Peut-il être permis de traiter si indignement ceux que le Christianisme a constamment révérés comme ses maîtres, et qui se sont fait un nom si respectable et par la sainteté de leur vie, et par la profondeur de leur érudition ?

Seigneur , dirais-je ici volontiers avec le Prophète , rendez muets ceux qui cherchent à abuser de la simplicité des peuples, en parlant un langage plein de faste , d'orgueil , de suffisance et de présomption. Muta fiant labia dolosa , quœ loquuntur in superbiâ et abusione. (^Psal/n.xw. i g.) Pardonnez-moi, Monseur, cette petite vivacité; on n'est pas toujours d'humeur à tout souffrir, et il y a des excès qu'on ne peut se dispenser de relever.

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