‹ Lettres d'un docteur catholique à un Protestant sur les principaux points de controverse et sur les obstacles au salut et à la conversion des Luthériens et des CalvinistesChapitre 3 sur 27 · SUR L EUCHARISTIE. I · texte numérisé non relu

SUR L EUCHARISTIE. I

ger l'élévation de l'hostie pendant la Messe, soutenant que l'élévation devait être regardée comme une chose indifférente , et ajoutant que , plutôt que de souffrir qu'on donnât ainsi atteinte à la liberté Evangélique , en voulant interdire des usages qui n'ont rien de mauvais , il aimerait mieux rentrer dans le cloître , et se soumettre de nouveau à toutes les rigueurs de la vie monacale , dussentelles lui être une fois plus dures que celles qu'il avait déjà essuyées. Ce n'est sûrement pas sur ce pied-là que vous regardez aujourd'hui l'élévation ; on sait assez l'éloignement que vous auriez à la permettre dans vos Eglises. Luther fit de grands reproches (') au Curé d'Isleben , de ce qu'il ne craignait pas de mêler avec le vin commun et ordinaire , le vin qui restait après la Cène , lui disant , que par-là il donnait dans les extravagances de Zw^ingle , et qu'il se faisait la réputation d'être un de ses disciples. J'admire , Monsieur , que des reproches si vifs et si aigres de la part d'un homme dont vous respectez partout ailleurs les décisions , ne fassent pas éviter à vos Ministres des excès tout pareils à ceux que Luther a si fort condamnés.

Oserais -je vous demander après cela, si c'est bien sérieusement qu'on regarde Luther, dans cette ville, comme un homme spécialement éclairé de Dieu ? Si cela est ainsi , pourquoi y marque-t-on si peu de déférence pour ses sentimens? Vos Ministres jugent que Luther s'est trompé sur tous ces articles ; dès là. même ils se croient plus éclairés que Luther. Ce n'est pas assurément un bon moyen pour nous persuader de cette abondance de lumiè-

(1) Sed qux est sîngulari* îsta tua temeritas , ut tam malâ specie non obstineas î Nenipe quod rellquum vini Tel panis misées priori pani et vino ; quo eiemplo id facis f /î« inglianum te vis audiri , et ego te Zwinglii insani laborare credam. Ep. 1. ad Sim. fVotfcrinum , T. 4. Ed. Jtn^. lat. apud Chritt, Rhodium , p. 597.

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res dont ils le gratifient si libéralement, puisqu'ils témoignent , aussitôt après , le repentir de leur gratification. On ne cesse de nous dire que l'Ecriture est claire ; mais , si elle est aussi claire que vous nous le dites , comment Luther , avec toute son abondance de lumières , n'a-t-il pu y voir ce que vous y voyez tous aujourd'hui? 11 convenait à ceux qui se sont séparés de nous, de mieux concerter le plan de leur croyance , avant de trouver à redire à la nôtre; car, étant ainsi divisés , cette division ne peut être qu'un très-fâcheux préjugé contre eux : on présume mal de ceux qui , après avoir abandonné ce qui était universellement reçu , ne peuvent convenir entre eux d'un parti sûr et déterminé. Il fallait , ou s'en tenir à ce qui était établi , ou du moins savoir à quoi l'on s'en tien- . drait ; l'uniformité rassure ; la division trouble et inquiète : on n'aime point à entrer dans des discussions à l'infini , surtout lorsqu'on ne voit aucune issue pour pouvoir en sortir avec un esprit content.

La Présence permanente est une suite de la Transsubstantiation^

INIais avançons ; car outre ce que vous avez déjà vu de preuves en faveur de la présence fixe et permanente, il reste à en produire encore d'autres, et j'aurais tort d'omettre celle qui remontant jusqu'à la source et pour ainsi dire jusqu'aux premiers élémens du Dogme , paraît aussi être la plus importante de toutes. La voici :

S'il est vrai que le pain et le vin soient changés au Corps et au Sang de Jésus-Christ , par l'efficacité de la parole divine, ainsi que l'Eglise Catholique l'enseigne; on conçoit aisément que, ce changement étant une fois fait , les choses doivent rester dans le même état, tant qu'il ne surviendra rien î qui puisse être la cause d'un nouveau changement.

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C'était du pain , ce n'en est plus ; Jésus-Christ a pris sa place par une véritable conversion de la substance du pain en celle de son propre Corps. Si cela est ainsi, (car je ne parle encore ici que par supposition ) pourquoi la nature du pain ayant cessé d'être ce qu'elle était, se rétablirait - elle ? pourquoi Jésus-Christ se retirerait-il de l'état où il s'était mis ? Il faudrait sans doute des principes et des causes pour produire ce second changement. Qu'on nous les fasse connaître ces principes et ces causes : est-ce la raison humaine ? est-ce l'autorité divine qui nous les indique ? car affirmer un fait tel que serait ce second changement , sans en avoir aucune preuve en main ; ce ne pourrait être qu'une affirmation imprudente et téméraire ; et comme elle ne mériterait pas qu'on y eût aucun égard , nous serons toujours en droit de croire que le touf reste dans la même situation où il était immédiatement après la consécration. En un mot, Monsieur, si le premier changement , qui est celui du pain au Corps de Jésus-Christ , est prouvé ; et que le second , qui est celui de la reproduction du .pain et de l'exclusion du Corps de Jésus-Christ, ne se puisse prouver, il faudra croire le premier changement, et ne pas croire le second. Je suis persuadé qu'ayant l'esprit aussi juste et aussi équitable que vous l'avez , vous ne trouverez dans celte façon de raisonner rien qui puisse mériter votre critique ; et que n'aimant pas les contradictions mal placées , vous conviendrez aisément de tout le reste , si je réussis à prouver que le pain et le vin sont véritablement changés au Corps et au Sang de Jésus- Christ.

Or , c'est ici , Monsieur, que j'en appelle à l'Ecriture : vous en faites votre unique règle de foi ; elle seule vous paraît mériter vos attentions et vos dé-

férences ; quelque incompréhensible que puisse être un mystère, dès qu'il est clairement marqué dans l'Ecriture , ou dès que par de justes conséquences il est nécessairement lié avec ce qui y est marqué ; vous voulez que la raison plie sous l'autorité d'un Dieu qui parle , sans demander compte de ce qui est révélé ; vous soutenez justement qu'il ne faut penser qu'à marquer sa docilité pour la révélation , comprenant parfaitement que , si l'intelligence humaine a ses bornes , la Puissance divine n'en a aucune. Voilà , Monsieur , la disposition d'esprit dans laquelle vous faites profession d'être : souvenez - vous-en , s'il vous plaît, et suivez-la; c'est tout ce que j'ose vous demander , et vous ne tarderez pas à souscrire au dogme de la Transsubstantiation.

Preuves de la Transsubstantiation.-

Car enfin , lorsque le Sauveur dit à ses disciples , Prenez et mangez , ceci est mon Corps , il est clair qu'il affirma que ce qu'il leur présentait, était son Corps; sur quoi nous raisonnons ainsi ; La chose qui fut présentée par le Sauveur aux Apôtres , était le Corps de Jésus-Christ ; donc ce n'était pas du pain : une même chose ne pouvant être pain et chair en même temps. C'était du pain avant que d'être présenté ; ce n'en est plus , depuis que le Sauveur assure que c'est son Corps : donc le pain a été changé au Corps de Jésus-Christ. Jugez , Monsieur, si nous faisons violence aux règles du raisonnement , ou si nous nous perdons dans des subtilités. Où est notre erreur? est-<îe , en ce que nous croyons que le Sauveur nous donne son Corps ? ou, en ce que nous ne pensons pas que le Corps de Jésus-Christ puisse être du pain ? ou , en ce que nous prétendons que Jésus-Christ, en parlant

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à ses disciples , s'est tenu aux règles ordinaires du langage ?

J'avoue qu'il n'était pas impossible que Jésus- Christ donnât à ses disciples du pain et son Corps en même temps ; mais je soutiens que , si le pain, avait été joint au Corps de Jésus-Christ , le Sauveur ne se serait pas exprimé comme il l'a fait , en. disant : Ceci est mon Corps; car, de même qu'en présentant une boîte où il y aurait de l'or et du plomb , on ne pourrait dire avec justesse et avec ■vérité, Prenez, ceci est de l'or; mais que, pour parler correctement , il faudrait dire , Prenez , c'est ici de For et du plomb ; ou , ceci est de For ai'ec du ylomb ; de même aussi , pour que la proposition du Sauveur fût vraie dans le cas qui réunit le pain avec le Corps , il eût fallu dire , Mon Corps est dans ce pain , ou avec ce pain. La raison en est , que le mot Ceci étant démonstratif, démontre toujours la substance qui est cachée sous les acCidens et qui est énoncée par la proposition , et ne démontre que celle qui est énoncée. Par exemple , lorsqu'on dit : Ceci est du pain ; le sens est que sous telle figure extérieure est la substance du pain , et qu'il n'y en a pas d'autre que celle-là. Ainsi lorsque le Sauveur dit , Ceci est mon Corps ; le sens est que , sous ces accidens , ou sous cette figure extérieure , est la substance de son Corps , et qu'il n'y en a pas d'autre que celle de son Corps. Si un homme mettait dans un même sac du froment et de l'avoine , et qu'il dît, en montrant le sac : Ceci est du froment ; il est sûr qu'il ferait une proposition fausse et trompeuse ; de même aussi , si le Sauveur avait réuni sous une même figure extérieure la substance de son Corps et celle du pain , et qu'en présentant l'un et l'autre, il eût dit : Ceci est mon Corps ; il est évident qu'il eût péché

contre les règles du langage, et contre celles de la bonne foi.

Votre Kemnitius prétend (0 que , par la bénédiction du Sauveur , il se fit un changement trèsconsidérable ; et quand il vient à expliquer en quoi ce changement consiste , il se réduit à dire que ce qui n'était que du pain commun et ordinaire , se trouve joint au Corps de Jésus-Christ; et il soutient qu'en vertu de ce changement , le pain de l'Eucharistie s'appelle très -bien le Corps de Jésus-Christ, et qu'on peut dire en toute vérité : Ce pain est le Corps de Jésus-Christ.

Kemnitius donne aux paroles de l'Institution un sens insoutenable.

Mais on demande à Kemnitius , comment il se peut faire que le pain restant toujours pain , et sans changer de nature , parvienne à être le Corps de Jésus-Christ; et, si le pain ne parvient pas jusques-là , comment et par quelles règles de logique on peut lui donner le nom de ce qu'il n'est en aucune façon. Depuis quand des choses aussi disparates que le sont du pain et de la chair , se sontelles affirmées l'une de l'autre avec vérité? Si , parce que le Corps de Jésus-Christ est dans le pain et avec le pain , on est en droit de dire , Ce pain est le Corps de Jésus-Christ ; ne sera-t-on pas également en droit de dire d'un morceau de bois ou d'un morceau de fer , Ce bois est Dieu ; Ce fer est Dieu ; puisqu'il n'est pas moins vrai que Dieu est dans ce bois et dans ce fer, avec ce bois et avec ce fer; Dieu étant très-intimement présent à l'un et à l'autre ?

(i) Haec certè magna, miraculosa et verè divina est mutatio , ciiin antea simpliciter tantiim csset vulgaris panis et commune poculum , quocl jam post benedictionem cum pane et vino illo verè et substantialilcr ailest , exhibetur , et accipitur Corpus et Sangizis Christi. Conccdimiis igitur Geri niutationeni aliquam , et quiJcm talem , ut de pane verè prxdicari posslt Corpus Cbristi. T. 2. Exam. edlt. Franco f. part, 3. p. i5y. n. 20. idem in Rituali Argcnlinensi. p. 02 et '*

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Celle proposition du Sauveur , Ceci est mon Corps, ne peut donc être vraie, qu'en supposant dans le pain un changement ou réel ou métaphorique. On conçoit aisément que la proposition sera vraie , si le pain est véritablement et réellement changé au Corps de Jésus-Christ ; et c'est là le sentiment Catholique : on conçoit encore que la proposition serait vraie dans un sens métaphorique , si lé pain , qui ne figurait rien , commençait à être la figure du Corps de Jésus-Christ ; et c'est là le sentiment des Calvinistes. Vous ne voulez pas de ce second sentiment , et vous avez raison ; car le sens figuré n'est nullement recevable dans la conjoncture présente. Il faut donc de nécessité revenir au premier sens ; car on ne concevra jamais que le pain restant puisse être le Corps de Jésus-Christ, ni qu'en vertu d'une simple union avec ce saint Corps il puisse porter avec vérité le nom [d'une chose dont il reste très-essentiellement distingué.

Pitoyable raisonnement de Kemnitius.

Kemnitius n'omet rien pour répondre à des argumens si pressans : mais l'inutilité de ses efforts ne fait que donner une nouvelle force à nos raisons. D'abord il a recours au mystère de l'Incarnation , et prétend y trouver de quoi arrêter toutes nos conséquences. On dit fort bien de Jésus-Christ, dit-il , Cet homme est Dieu , sans que pour cela l'homme soit changé en Dieu ; donc , ajoute-t-il , on dira fort bien du pain , qu'il est le Corps de Jésus- Christ , sans que pour cela le pain soit changé au Corps de Jésus-Christ.

Si Kemnitius n'avait eu aucune teinture de Théologie , je lui pardonnerais volontiers d'avoir fait un si mauvais raisonnement ; mais ne pouvant me persuader qu'il ait été assez ignorant pour ne sa-

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voir pas ce que c'est que l'union Hypostatique , et quels en sont les effets, je ne puis reconnaître , dans ce qu'il propose ici , qu'une de ces ruses qu'on met en œuvre , quand on a formé le dessein d'en imposer à ceux qui n'entendent pas les matières en question. L'efiet de Tunion dont j'ai parlé est de faire qu'il n'y ait qu'une seule personne en Jésus-Christ , et qu'en vertu de cette unité de personne , les attributs qui sont propres aux deux natures se communiquent fort bien à la personne de Jésus-Christ : car comme la nature divine et la nature humaine appartiennent à la même personne, il n'est pas surprenant que les propriétés des deux natures lui appartiennent aussi ; c'est ce qu'on appelle communication d'idiomes. On dira , par exemple , fort bien que Jésus-Christ est éternel , parce que la nature divine est éternelle j et qu'il est né dans le temps , parce que la nature humaine est née dans le temps : que Jésus-Christ a été passible , et impassible ; passible à raison de son humanité , impassible à raison de sa Divinité. C'est par la même raison qu'on dit fort bien de Jésus-Christ, qu'il est Dieu, et homme, et que dans ce divin composé l'homme est Dieu , et Dieu est homme ; parce que n'y ayant qu'urt seul suppôt en Jésus- Christ, cette unité de suppôt ou de personne établit un fondemement très-légitime à toutes ces propositions , sans qu'il soit besoin pour les rendre vraies , que l'homme soit changé en Dieu , ni Dieu en liorame. Mais que trouve-t-on de semblable dans le mystère de l'Eucharistie? Remnitius oserat-il prétendre qu'il y a entre le pain et le Corps de Jésus-Christ une union personnelle? sur quoi établirait-il sa prétention ? ne serait-ce pas dès là-méme un mystère plus grand que celui qu'il refuse de

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croire ? Non , il déclare formellement (0 qu'il ne reconnaît point d'union personnelle entre le Corps de Jésus-Christ et le pain. Cependant il compare cette proposition , Ce pain est le Corps de Jésus- Christ , avec celle-ci , Cet homme est Dieu ; et soutient que la première est aussi vraie que la seconde , sans que l'une ni l'autre emporte avec elle aucun changement de substance ; c'est-à-dire , qu'il prétend que les deux propositions sont fort semblables , dans le temps même qu'il détruit ce qui fait tout le fondement de la similitude ; c'est-à-dire , qu'il soutient qu'elles sont également vraies , en convenant que ce qui rend l'une vraie , savoir l'union personnelle , manque absolument à l'autre Que dire, Monsieur, de cette manière de raisonner ? n'y a-t-il pas là de quoi faire rougir les amis de Remnitius du mauvais usage qu'ils lui voient faire de sa dialectique ? les plus zélés défenseurs de l'impanation peuvent-ils ne pas sentir un vrai dépit dans le fond de leur cœur , en voyant fournir une si mauvaise défense par un homme dont la réputation semblait devoir leur en promettre une bonne? mais qu'y faire? le sujet ne permettait pas d'en imaginer une meilleure : il fallait répondre à quelque prix que ce fût; car rester sans réplique c'aurait été avouer trop hautement sa défaite. C'est sans doute dans la même vue, et apparemment dans le dessein de couvrir le défaut d'une réponse si pitoyable, que Kemnitius ajoute incontinent plusieurs autres parités. Mais il est également facile de lui faire voir, que, si ces parités peuvent amuser et éblouir un esprit superficiel qui ne s'arrête qu'à l'écorce , elles peuvent aussi peu que la première contenter un esprit qui sait péné-^ trer jusqu'au fond des choses.

(i) In parle 2. Exam. Transsnbs'- ' Francof. p. i4o. ». 3o.

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Mauvaises parités rapportées par Kemnitîus.

Il prétend (0 que quand les Anges se faisaient voir, dans l'ancien Testament , avec des corps empruntés , ou sous des espèces visibles , ainsi que cela est arrivé plus d'une fois, on pouvait fort bien dire , en voyant ces espèces visibles , qvie c'étaient là véritablement des Anges , sans que pour cela ces espèces fussent changées en Anges ; que lorsque saint Jean-Baptiste vit descendre une colombe sur le Sauveur, et qu'il assura que c'était le Saint- Esprit qui reposait sur lui, la proposition de saint Jean se trouva très-vraie , quoiqu'il ne se fit aucun changement de substance ; que rien n'est plus usité que de dire , en présentant un tonneau plein de vin , ou une bourse où il y a de l'argent : Becevez, Monsieur, ce vin qu'on vous em>oie ; Becei>ez, Monsieur^ cet argent qui vous est dû; sans que personne s'avise pour cela de penser que le tour neau soit changé en vin , ni la bourse en argent , et qu'ainsi cette proposition du Sauveiu' : Ceci est 7non Corps , ayant été prononcée sur le pain, n'a pas laissé d'être très-exactement vraie, quoique le pain soit resté ce qu'il était sans changer en aucune façon de nature.

Je réponds que si Kemnitius eût considéré de plus près la nature des exemples dont il a prétendu tirer avantage , il eût vu la réponse aux difficultés qu'il a proposées , avant de penser à les proposer; car qui ne comprend que ces espèces visibles élant des figures et des images qui représentaient les Anges , autant qu'ils peuvent être représentés, il était très-naturel de dire, en voyant une de ces figures : C'est là un Ange , ou Ceci est un Ange; puisqu'on conçoit parfaitement quepar-

(i) De Transmibstant, part. 2. cd. Fra7iccf. p. 1 '10. n, 4o.

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là on n'eût voulu dire autre chose, si ce n*est , que c'était là une figure sensible , qui représentait et renfermait la substance invisible d'un Ange. H en est de même de la colombe , qui , par sa douceur et d'autres propriétés, est un symbole naturel du Saint-Esprit. Pour ce qui est du tonneau et de la bourse , comme le tonneau est fait spécialement pour contenir du vin , et que le principal usage de la bourse est d'y serrer de l'argent , il n'est pas nécessaire de dire : Recevez ce tonneau dans lequel il y a du vin ; Recevez cette bourse dans laquelle il y a de F argent ; mais on peut dire tout court : Recevez ce vin , Recevez cet argent ; parce qu'il n'y a personne qui ne comprenne que , pour abréger , on ne parle que de ce qui est contenu , sans faire mention de ce qui , selon l'usage ordinaire , est destiné à contenir la chose qui est présentée.

Il n'en est pas ainsi du pain que le Sauveur présenta à ses disciples. Ce pain n'était ni une image naturelle du Corps de Jésus-Christ , ni un vase destiné à le renfermer : ainsi le Sauveur en prononçant sur le pain ces paroles '.Ceci est monCorps ; ne pouvait faire comprendre à personne ni que le pain fût uni à son Corps , ni que son Corps fût enfermé dans le pain.

Pour donner cette idée il eut fallu se servir d'une tout autre expression ; car le pain n'étant pas un signe naturel du Corps de Jésus-Christ, et étant fait pour toute autre chose que pour le contenir , la proposition du Sauveur eût été absolument inconcevable , s'il avait eu en vue de nous marquer une simple union de son Corps avec le pain.

Figurez-vous , IMonsieur , s'il vous plaît , que quelqu'un s'avise d'enfermer un diamant dans une pomme , et qu'en présentant cette pomme il dise : Prenez , ceci est un diamant ; il est sûr que cette

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proposition ne se comprendrait pas , et qu'elle se rait contre toutes les règles du langage. Il en serait parfaitement de même de la proposition du Sauveur , s'il fallait la prendre dans le sens que vos Théologiens lui donnent; car le pain est de sa nature aussi peu destiné à représenter et à renfermer le Corps de Jésus-Christ , qu'une pomme est peu destinée à représenter ou à enfermer un diamant. Il n'y a donc que le changement du pain au Corps de Jésus-Christ , qui puisse rendre là proposition vraie , juste et intelligible , et par conséquent c'est là l'unique sens auquel il faut s'arrêter ; car je ne pense pas , Monsieur , qu'il vous paraisse juste d'aimer mieux faire parler Jésus-Christ d'une manière si peu régulière , que de soumettre sa raison à croire ce qui a été révélé par une Sagesse infinie, très-attentive à n'employer que des termes qui fussent convenables , et qui par leur signification propre et naturelle ne pussent induire personne en erreur.

Devoir indispensable d'adorer Jésus-Christ présent.

Mais en voilà assez pour réfuter les vaines subtilités de Kemnitius ; et ainsi la Transsubstantiation se trouvant très-solidement établie , sans que les chicanes de vos Ministres puissent y donner la moindre atteinte, la présence fixe et permanente de Jésus-Christ , suite très-naturelle du dogme de la Transsubstantiation , ne peut plus être raisonnablement contestée. En faut-il davantage, Monsieur, pour justifier parfaitement le culte que nous rendons à Jésus-Christ dans l'Eucharistie ? Car voudriez-vous que nous crussions notre Sauveur, notre Juge , notre Roi , l'Auteur et le Consommateur de notre foi présent sur nos Autels , et que nous res? tassions en sa présence sans lui donner aucune

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marque de nos respects? ne serait-ce pas agir également et contre notre foi et contre notre devoir ? et Jésus-Christ pourrait-il nous savoir gré de notre retenue , et de nos réserves à son égard ? Que l'on entende dire à des esprits bizarres et malfaits j nés pour la dispute et pour la contradiction ; qu'on leur entende dire , que Jésus-Christ n'est pas là pour recevoir nos hommages, mais pour être la nourriture de nos âmes; qu'il n'a pas dit, Prenez mon Corps , placez-le sur un Autel , donnez-lui de l'encens , portez-le avec pompe dans les rues ; mais , Prenez , et mangez; vous , Monsieur , plus docile aux leçons du bon sens qu'aux leçons de ces critiques aigres et chagrins , ne nous blâmerez jamais de régler notre culte suivant les sentimens intérieurs que la foi nous inspire. Plus le Sauveur nous marque ici de bonté, plus nous devons lui marquer notre reconnaissance ; plus il s'abaisse ici pour l'amour de nous , plus il vous paraîtra juste que nous nous anéantissions devant lui. Et comme vous seriez choqué avec raison des discours d'un homme à qui vous entendriez dire ; Le Roi vient dans la Province pour voir les Places fortes, et non pour y recevoir des honneurs , ainsi il ne faut pas penser à lui en rendre aucun; aussi ne douté-je pas que Vous ne condamniez également le sentiment indigne de ceux qui osent dire ou penser que Jésus- Christ est ici pour nous faire du bien , et non pour y recevoir nos honneurs, et que par conséquent nous devons nous abstenir de l'adorer dans l'Eucharistie.

Non , Monsieur, partout où est Jésus-Christ, là il mérite des honneurs souverains ; il suffit d'être en sa présence pour ne pouvoir les lui refuser. Si nos hommages lui sont dus dans tous les lieux qui peuvent nous rapprocher de lui, à plus forte raison

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dans l'endroit même qu'il a choisi pour en faire le Trône de son amour. Qui pourra craindre des excès , où il n'y a à craindre que de rester beaucoup en arrière , par l'impuissance où nous sommes de rendre à ce Roi de gloire des honneurs qui soient proportionnés à sa grandeur et à sa bonté.

Selon Calvin et Bèze , le sens littéral des paroles de l'Institution établit la Transsubstantiation.

Vous ne manquerez pas , Monsieur , d'entrer dans ces sentimens , si vous examinez sans prévention les preuves qui ont été produites; et dès que vous vous arrêterez à l'unique véritable sens des paroles de Jésus-Christ , vous y découvrirez la vérité du dogme qui nous fournit la conclusion pratique de l'adoration. Oui, Monsieur, à nous en tenir au seul texte de l'Evangile, si l'on en exchit le sens figuré, de l'aveu même de vos bons amis et de nos adversaires les plus outrés , nous gagnons notre procès contre vous; car Calvin (0 et Bèze (^) déclarent hautement que le sens littéral des paroles de Jésus-Christ étant admis , emporte nécessairement avec soi la Transsubstantiation. Vous convenez sans peine que la Transsubstantiation amène la présence fixe et permanente j et cette présence étant une fois reconnue , je ne suis plus en peine du reste ; votre religion , votre droiture et votre bon sens ne vous permettront jamais de chicaner sur les honneurs que nous rendons à Jésus-Christ présent.

Quand donc nous n'aurions égard qu'à la seule lettre de l'Ecriture , notre explication serait incon-

(i) Non consisterct verborum sîmplicitas, nisî panis conflctur in Corpus Gtiriiiti. Dcfcns, a. pia et orlltod. de Sacram. fidci. T. 7. col. 1. (dit. Gencv, 1617. p. 7.

(s) IIoc qiiidcm sxpe dixinitis , qiiod nunc qiioqufi rrpetam : iclinrii reipsa non pusse tc' p'jiro» in lus M-rbis(lioc vst Cor])us meuni ) quia transsubstautiatio pnpiktic:i btatuutui. Jlcza de C<rna Domini pa^. 216.

SUR l'eucharistie. 3r

iostablement la mieux fondée : mais si je fais voir de plus que cette explication la plus naturelle en elle-même, et la seule qui puisse passer pour juste , est encore adoptée par toutes les nations Chrétiennes de l'univers , même par celles qu'un schisme très-ancien a séparées de nous , et que de plus telle a été l'explication constante des Chrétiens de tous les siècles ; je m'assure, ^Monsieur , que ce consentement si général et si ancien vous fera regarder d'un autre œil que vous n'avez regardé jusqu'ici et ]e principe sur lequel nous fondons notre culte, et la conclusion que nous en tirons pour la pratique.

Permettez-moi donc , Monsieur, de parcourir les climats les plus éloignés , et de percer dans les siècles les plus reculés , pour recueillir les suffrages de l'univers Chrétien et de la vénérable antiquité, et vous ne tarderez pas à voir qu'en croyant la présence fixe et permanente, la Transsubstantiation , l'obligation d'adorer Jésus-Christ dans l'usage et liors de l'usage , nous ne croyons et ne pratiquons rien qui ne nous soit commun avec toutes les Sociétés Chrétiennes, de quelque communion qu'elles puissent être , si l'on en excepte les Protestantes , et que notre croyance sur les mêmes articles s'accorde parfaitement avec la croyance des quatre premiers siècles de l'Eglise.

Si les témoignages que j'ai à produire ne remplissent pas dans la dernière exactitude toute l'étendue de mes promesses , je consens , Monsieur , à passçr dans votre esprit pour un vain discoureur, qui s'avance témérairement, lors même qu'il ne se sent pas en état de soutenir ses engageraens.

Toutes les Eglises Orientales séparées de l'Eglise Romaine sont du même sentiment que nous sur le sujet de l'Eucharistie.

Je commence par produire des attestations de

toutes sortes de Nations et de Sectes , qui depuis plusieurs siècles ne sont plus dans la communion de l'Eglise Romaine. Vous allez voir , Monsieur , que les Moldaves , les Moscovites , les Grecs , les Syriens, les Arméniens, les Jacobites , les Nestoriens , les Cophtes ou les Egyptiens , les Abyssins , et les Ethiopiens , pensent tous comme nous sur la Transsubstantiation et sur la présence permanente , et qu'ils se font un égal devoir d'adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Les attestations que je produirai ont été la plupart données par autorité publique , je veux dire par la déclaration des Patriarches , des Evêques et des Synodes entiers , à la sollicitation des Ambassadeurs de France et des Consuls de la Nation française , envoyées au Roi très-Chrétien de glorieuse mémoire Louis XIV , et mises en dépôt ou dans la Bibliothèque du Roi , ou dans celle de Saint-Germain-des-Prés , pour servir de monument constant de la foi de ces peuples , et faire voir la conformité de leur croyance avec la nôtre sur les points contestés par les Protestans.

S'il se trouve parmi vous , Monsieur , quelqu'un qui désire bien sérieusement de voir par lui-même les pièces originales, les avenues de ces Bibliothèques ne lui seront pas fermées," et il trouvera toutes les facilités qu'il pourra souhaiter pour s'assurer de la vérité de ces pièces : on pourrait encore , à moins de frais et de peines , donner à quelqu'un qui serait sur les lieux la commission d'examiner la fidélité de mes citations. Voyons si en citant tant de différens peuples , pour être de la même croyance que nous sur l'article en question , je ne me suis pas avancé au-delà de la portée des preuves que j'ai en main. Vous en jugerez , s'il vous plaît. Monsieur, en examinant la qualité des témoins et la teneur de leurs dépositions.

SUR l'eucharistie. 33

Témoignage des Moldaves.

Les Moldaves , les Moscovites et les Grecs Schismatiques , comme étant les plus voisins de nous , seront aussi les premiers à nous instruire de leurs sentimens. Voici ce que déclare le Baron Spatari , seigneur Moldave , dans un écrit de sa composition qu'il remit entre les mains de M. de Pomponne, Ambassadeur du Roi très-Chrétien à la Cour de Suède : l'Ecrit est daté du mois de Février de l'an 1 66'j , et porte entre autres choses ce qui suit (') : « Nous croyons que le pain et le vin sont vérita- » blement et substantiellement changés et trans- » substantiés au Corps et au Sang par les paroles » du Seigneur, en sorte qu'après la consécration , » la substance du pain et du vin n'y demeure pas , » mais que le Corps et le Sang de Jésus-Christ suc- » cèdent en leur place , par l'opération et la volonté » de Dieu ; car encore que ce changement et cette » conversion intérieure ne se connaisse pas par les » sens extérieurs, elle se fait néanmoins d'une ma- » nière admirable , les signes ou les accidens de- » meurant. Nous croyons aussi que le Corps et le » Sang de Jésus-Christ doivent être adorés du culte » de latrie dans la divine Liturgie, tant extérieu- » rement qu'intérieurement. »

Le seigneur qui parle ainsi , avait une grande étendue de génie ; il était également habile pour le Cabinet, et pour le commandement des troupes

(i) 2. Credimus panem et vinum subslantialiter et verè mutari ac transsubstantiari in Corpus et Sanguinem , ita ut post Consecrationcm non luaneat substaniia panis et vini , scd loco ipsoiuni Corpus et Sangiiis Clirisli per divinani operationcm et voluntatem succédât. Licèt inini niutatioilla et conversio intrinseca non cognoscatur sensu cxterno , uiin» lamen modo fit , signis sru accidentibus permanentibus.

5. Credimus Cliristi Corpus et Sanguinem in divinâ Liturgrà oinra modo latreiiticè adorandum cuitu tam ioterno quàm cxlerno. Jn Enclnrid. seu Stella Oricnlalw

de son Prince, faisant successivement les fonctions de Général et de Secrétaire d'Etat; il s'était aussi fort appliqué à l'étude de la religion, et écrivait fort poliment en latin. Un homme de ce caractère vous paraîtra sans doute en état de rendre un compte juste et exact des sentimens de sa Nation sur la matière dont il s'agit.

Témoignage des IMoscovites.

Venons aux Moscovites. Oléarius , Luthérien de Religion , Bibliothécaire du Duc d'Holstein , dans la relation qu'il a faite de son voyage en Moscovie , marque expressément qu'ils croient la Transsubstantiation ; et comme M. Claude , Ministre de Charenton , semblait vouloir révoquer son témoignage en doute , le même Oléarius écrivit à M. de Ponchateau une lettre du i[\ Janvier de l'an 1667 ^0 , dans laquelle il dit avoir appris de gens bien informés ce qu'il avait marqué dans sa relation, entr'autres des Pasteurs Luthériens qui étaient à Moscou , de quelques Interprètes du Grand Duc , de plusieurs Marchands , des Prêtres mêmes du pays , et des Religieux ; et il ajoute , qu'il ne voyait pas par quelle raison il aurait voulu attribuer à cette Nation d'autres sentimens que ceux qu'elle a véritablement.

Pli. de Lilienthal, Résident pour le Roi de Suède auprès du Czar ;i Moscou , où il a demeuré plusieurs années, dit à son retour en Suède à M. de Pomponne , ainsi que M. de Pomponne l'atteste luimême dans une lettre écrite de Stockholm le 10 Septembre de l'an 1667 ( Ibid. p. 4(j8. j, qu'il ne comprenait pas qu'on pût révoquer en doute l'opidion des Moscovites sur la Transsubstantiation , puisqu'on en voit tous les jours des marques pu-

(t) Cette lettre se trouve dans le i Tome de la Perpétuité de foi , p. \^%

SDR l'eucha-Ristie. 35

bliqiies clans les rues de Moscou, où le Peuple se prosterne contre terre , et adore le Saint-Sacrement qu'on porte aux malades , et que c'est une chose connue à quiconque a seulement vu la Moscovie.

Oderbonus , auteur Protestant , avait marqué long-temps auparavant dans sa lettre à Chytré sur la Religion des Moscovites [p. 238. ), qu'après la consécration faite , le peuple se jetait genoux , répétant une infinité de fois ces paroles : Hospodi Pomyilon , c'est-à-dire , Seigneur, ayez pitié de nous ; et qu'ensuite le Prêtre leur montrant les dons sacrés , disait en langue vulgaire : Voilà le Corps et le Sang de Jésus-Christ , que les Juifs ont fait mourir tout innocent qu il était ; ce qui excitait de nouveaux cris et de nouveaux soupirs parmi le peuple, et leur faisait frapper leur poitrine.

Mais pourquoi m'arrêter à prouver une chose qui nous est accordée par un des plus habiles Professeurs de votre Université ? Car votre Donhawerus , qui a tant écrit , et dont vous estimez si fort les ouvrages , ne fait aucune difficulté de convenir [p. 23. ) que les Moscovites croient la Transsubstantiation. Or, Monsieur , qu'il me sois permis de demander , si c'est de l'Eglise Romaine que les ^Moscovites ont appris le dogme de la Transsubstantiation , eux qui sont séparés de cette Eglise depuis tant de siècles ? Auraient-ils renoncé à la doctrine dans laquelle ils ont été instruits en se faisant Chrétiens? y auraient-ils, dis-je, renoncé pour embrasser un dogme que vous soutenez être nouveau , et que vous regardez comme une production du treizième siècle ? Qui pourra raisonnablement croire assez de complaisance à ces peuples , pour s'approprier ainsi les sentimens nouveaux d'une Eglise qu'ils ne considèrent que comme une rivale impérieuse , et contre laquelle ils conservent

toute l'animosité que le Schisme leur a inspirée? Mais ce n'est pas ici le seul endroit qui donnera lieu à ces sortes de réflexions : avançons , et cherchons à nous assurer de la doctrine des Grecs.

Les Moldaves et les Moscovites étant unis de communion avec eux , c'est déjà un préjugé bien fort qu'ils ne seront pas partagés sur un point aussi important que celui-là. Quelque fort néanmoins que soit ce préjugé , à peine mérite-t-il qu'on pense à le faire valoir , vu le grand nombre d'attestations les plus authentiques que l'Eglise Grecque a données elle -même de sa croyance. Nous en avons jusqu'à quatre , des Chefs mêmes de l'Eglise de Constantinople, je veux dire , de la part de quatre Patriarches qui ont gouverné successivement cette Eglise.

Témoignage des Grecs.

La première est celle du Patriarche Jérémie , qui ayant été sollicité par les Théologiens de Tubingue et de Wittemberg d'approuver la Confession d'Ausbourg , leur répondit , en l'an 1576 , qu'il ne pouvait être d'accord avec eux sur plusieurs chefs ; et en parlant du dixième Article de la Confession d'Ausbourg , qui traite de la Cène , il dit : ( Ch. 10. p. 86. ) Cet article est trop court , et ne fait pas assez connaitre vos sentimens ; car on nous dit sur ce sujet plusieurs choses de vous , que nous ne pouvons approuver. Puis expliquant la croyance de l'Eglise Grecque , il dit : Pour nous , nous enseignons que le pain est changé au Corps même et au Sang même du Seigneur par le Saint-Esprit. Il répète la même chose (iY. i.p. il\o. ) dans une seconde réponse qu'il fit aux mêmes Théologiens.

La seconde attestation est celle de Cyrille de Bercé, successeur du fameux Cyrille Lucar, qui a

SDR l'eucharistie. 87

tant fait parler de lui pour son apostasie et son insigne imposture à imputer les sentimens de Calvin à l'Eglise Orientale. Ce Cyrille Lucar avait été corrompu par Corneille Ilaga envoyé des Etats- Généraux : ayant été élevé sur le vSiégede Constantinople par les intrigues et par l'argent de son patron , il ne put lui refuser une profession de foi Calviniste , qu'il lui donna pour être celle de l'Eglise d'Orient. L'envoyé ne manqua pas d'en faire usage , l'envoyant à Genève , où elle fut imprimée , et d'où elle se répandit par toute l'Europe.

Fehiavius , Ministre Luthérien de Dantzick , a parfaitement démontré contre Hottinger de Zurich (•) que cette profession de foi ne contenait rien moins que la croyance de l'Eglise Orientale , et qu'on ne pouvait la regarder que comme la profession d'un Grec particulier devenu Calviniste. En effet , Lucar étant mort , Cyrille de Bej'oé qui fut établi en sa place , crut que pour réparer l'honneur de l'Eglise Orientale , qui avait été flétrie par une Confession de foi publiée faussement au nom de l'Eglise Grecque , il devait la faire condamner solennellement. Il assembla pour cela , en i638 , un Concile où se trouvèrent les Patriarches d'x\lexandrie et de Jérusalem , avec vingt-trois des plus célèbres Evéques de l'Orient. On y examina la Confession de Cyrille Lucar, et on y prononça anathème contre lui presque sur tous les chefs ; et pour ce qui est du point que je traite ici , il y fut dit : Anatheme à Cyrille , qui enseigne et qui croit que le pain que l'on offre , et le vin , ne sont point changés , par la bénédiction du Prêtre et F avènement du Saint-Esprit , au vrai Corps et au Sang de Jésus-Christ.

(1) Dans la préface qu'il a faite sur la traduction du livre d'un Grec y nommé Christophorus Angélus.

38 HL'IIIÈME LETTRE.

Parthénius le vieux ayant succédé à Cyrille de Reroé , appréhendant qu'on n'attribuât la condamnation de Cyrille Lucar à l'animosité de Cyrille de Beroé , qui passait dans le inonde pour n'avoir pas été ami de son prédécesseur , assembla un nouveau Concile, en 1642; et ce second Concile condamna également les Articles de Lucar , sans toutefois toucher à sa personne , plusieurs Evêques ne pouvant ou ne voulant pas se persuader que la Confession qui faisait l'objet de la censure fût effectivement de lui. Les Actes originaux des deux Conciles se conservent dans les Archives de l'Eglise de Constantinople j et ceux du dernier ont été imprimés en Moldavie par l'ordre du Prince Jean Basile , l'année même de la tenue du Concile. (0

Comme ces deux déclarations synodales ont été faites à la même occasion , je ne les compterai que pour un seul témoignage de l'Eglise de Constantinople ; ainsi le troisième sera celui du Patriarche Méthodius , qui monta sur le Siège Patriarcal , en l'an 1667. Ayant appris la contestation qui s'était élevée en France sur les sentiment de l'Eglise Grecque , il donna un décret signé de sa main à l'Ambassadeur de France. Voici comme il s'y explique : « La malice de quelques hérétiques de France est » venue jusqu'à un tel excès , que, pour couvrir » leur effronterie et leur mauvaise conscience , ils » ont eu la hardiesse d'envelopper dans leur erreur » calviniste l'Eglise Orthodoxe de Jésus-Christ, qui w est répandue dans l'Orient ; écrivant et ensei^ant » qu'elle était entièrement d'accord avec les Calvi- » nistes sur le Sacrement de l'Eucharistie, et sur » quelques autres de leurs opinions qui sont con- » sidérées parmi nous comme des blasphèmes. C'est

(i) Ils ont aussi clé Iwprhrtcs par Criitnoisy , en i64S , et tout rapportii fer /illnliits de perpct. Const-niu. p. loSa.

SUR l'eucharistie. Sg

» pourquoi lisant ces choses j'ai cru être obligé, » en qualité d'orthodoxe , de fermer la bouche à » des personnes si hardies , à la prière et solhcita- » lion de très-pieux , très-illustre et très-honorable » Seigneur Charles Olier , Marquis de Noinlel , » Ambassadeur du très-Chrétien Roi de France. » Puis ayant attesté dans le premier Article la croyance des Grecs sur la Présence réelle, il ajoute : JSous disons en second lieu , que le pain et le vin , après la consécration du Prêtre ,sont changés de leur propre substance en la véritable et propre substance de Jésus- Christ , et , quoique les mêmes accidens paraissent , Un y a néanmoins ni pain nivin. Il dit aussi , dans le quatrième Article , que dans l'Eucharistie ils adorent très-exactement Jésus-Christ comme Dieu ; et de peur qu'on ne le soupçonnât d'avoir fait cette déclaration de son chef , et qu'on ne crût que la complaisance l'avait fait parler d'une manière trop conforme aux désirs de M. l'Ambassadeur , il s'en rapporte aux deux Conciles tenus sous ses prédécesseurs , disant , qu'on n'a qu'aies consulter dans les Archives , et qu'on y trouvera exactement la même doctrine.

Denys , Evéque de Larisse , ayant été ensuite élevé sur le siège de Constantinople, en 1671 , crut ne devoir pas marquer moins de zèle pour faire connaître aux étrangers les véritables sentimens de l'Eglise Grecque ; et pour le faire d'une manière encore plus authentique , il assembla jusqu'à trenteneuf Archevêques et Métropolitains , avec lesquels il concerta la déclaration qu'il remit à l'Ambassadeur de France. Voici comme en parle M. le Marquis de Nointel lui-même, dans une lettre écrite au Roi , du mois de Juillet 1672. (0 « Le Patriarche

(i) CciU lettre est rapporlic au ô. Tome de la PcrpHuitù de la Foi. p. 652.

4o MtlTlÈBtE LETTRE.

» Dionysius , avec trois autres qui l'ont précédé 3) dans la même dignité , celui d'Alexandrie , et )) trente-neuf Métropolitains, se sont assemblés, et M ont déterminé un acte synodal , qui est dans les w Archives de la grande Eglise, où le point de l'Eu- » charistie et plusieurs autres étant expliqués , ils » font voir clairement quelle est leur foi. Le Pa- » triarche m'en a envoyé un original en bonne » forme, par trois Métropolitains et son Référen- » daire , avec prières instantes de le faire passer » jusqu'à votre Majesté , la priant très-humblement » de vouloir qu'il soit mis en dépôt dans sa Biblio- » thèque , ou en tel autre endroit qu'il lui plaira » d'ordonner , afin que les calomniateurs qui leur » imputent de ne pas croire la présence réelle , et » le changement des substances , et le devoir de » l'adoration de Jésus-Christ présent , y lisent leur » condamnation. L'acte est signé du mois de Jan- » vier 1672 ; et porte , sur la Transsubstantiation , » ce qui suit : Nous croyons que , par Vopération » du Saint-Esprit , le pain est chaiigé d'une manière » surnaturelle et ineffable , véritablement et propre- » ment, au propre Corps de Jésus-Christ , et le vin » en son Sang vii^ant. Ce Sacrement est digne d'une » véritable adoration , parce qu'on y adore avec le » même honneur qui est dû à Dieu , le Corps divinisé » du Sauveur ; et il est offert en Sacrifice pour les » vivans et pour les morts. »

M. de Nointel ajoute dans la même lettre au Roi , qu'il a cru ne devoir rien oublier pour éclaircir un point de fait aussi important que l'est celui de la croyance des Orientaux touchant l'Eucharistie. « Je puis assurer votre Majesté , dit-il (0 , en lui » gardant toute la fidélité que je lui dois , que les

(i) Tome 3. de la Perpétuité de ta Foi , p. 63 1.

SUR l'eucharistie. 4i

» Grecs et les Arméniens croient la présence réelle » de Jésus-Christ au Saint-Sacrement , et la conver- » sion substantielle du pain et du vin en son Corps » et en son Sang , et qu'ils adorent Jésus-Christ i> présent réellement et invisiblement dans l'Eucha- » ristie. J'ai assisté a leurs cérémonies et à leurs » Liturgies , où cette vérité paraît dans un éclat » invincible ; et les Patriarches , Archevêques et )) Evèques , les Prêtres , les Gentilshommes et les « particuliers , même les Papas et le Peuple à la » campagne , me l'ont certifié avec exécration con- » tre ceux qui leur imputaient une autre croyance , » les traitant de calomniateurs et d'héiétiques.

Qui croira qu'un Ambassadeur , écrivant à un aussi grand Roi que Louis XIV, eût osé en imposer à son Prince , sur un sujet qui était de notoriété publique dans le pays d'où il écrivait , et sur lequel il eût été si aisé de le convaincre de faux ! Mais M. de Nointel n'a pas prétendu qu'on l'en crût sur sa simple parole ; outre la pièce dont je viens de parler , il y en a ajouté tant d'autres et de tant d'espèces , qu'il y a de quoi forcer la plus grande incrédulité. La plupart des Eglises de l'Archipel lui ont fourni des attestations signées par les principaux du Clergé : celle de l'île Siphante est signée par l'Archevêque et par six de ses Ecclésiastiques : celle de l'île Anaxia , par un Chorévcque et par neuf tant Prêtres que Religieux ; celle des îles Céphalonie , Zante et Ithaque , par l'Archevêque et par trente -deux Prêtres tant séculiers que réguliers; celle de l'ile Micone , par le grand Vicaire et par neuf Ecclésiastiques ; celle de l'ile de Milo , par l'Archevêque et par treize Prêtres et Religieux. Toutes ces attestations , qui ont été rendues publiques par l'impression (0 , marquent

(i) Tome ô. tfe la Perpétuité de la Foi , p. Sj2.

42 UClTlfiME LETTRE.

en termes aussi clairs et aussi précis que ceux de la Profession de foi prescrite par le Concile de Trente , que le pain et le vin sont transsubstantiés au Corps et au Sang de Jésus-Christ , et qu'il faut l'adorer d'une adoration de latrie.

M. l'Ambassadeur , non content de toutes ces attestations , crut devoir encore se munir de celles de tous les Résidens des Puissances Chrétiennes auprès de la Porte Ottomane. Ils certifièrent en effet , dans la meilleure forme , savoir de science certaine , ou pour l'avoir appris des Prélats de l'Eglise Grecque et d'autres notables de la Nation, ou pour l'avoir parfaitement compris par le témoignage de leurs propres yeux , que les Grecs Schismatiques sont très -parfaitement d'accord avec l'Eglise Latine sur les points dont nous avons parlé jusqu'ici. Ainsi M. de Nointel , ayant tiré des certificats de tous les Résidens qui étaient à Constantinople , un de M. de Fléschi , Résident de la République de Gènes , du i3 Août de l'an 1671 ; un autre de M. Casimir , Résident de Pologne , du 7 Septembre de la même année ; un tioisiènie de M. Marino Bernaido , Ambassadeur de la République de lîaguse , du i4 Octobre ; un quatrième de M. Quiriiii-, Résident de la République de Venise , du 5 Janvier de l'an 1672 ; il ne manqua pas de les envoyer au Roi, assurant sa Majesté (0 , que le Résident d'Angleterre lui avait expressément avoué que les Grecs croyaient la présence réelle et le changement de Substance ; mais qu'il ne jugeait pas pouvoir le témoigner par écrit , et cela pour des raisons qu'il n'est pas difficile de deviner. A tout cela M. de Nointel ajoute l'attestation des Eglises de Mingrelie , de Géorgie ,

(i) Ton*. 5. de la PerpèluUc, p. Côa.

SUR l'eucharistie. 43

et de la Colchide , signée par Hilarion , Chef des Evéques de ce pays-là.

Si toutes ces pièces ne suffisent pas pour faire connaître bien sûrement les sentimens de l'Eglise Grecque , je ne vois guère ce qui pourra jamais suffire. Qu'on demande encore , si l'on veut, des livres faits et imprimés pour l'usage de toute la Nation , répandus par toute la Grèce , autorisés par les Patriarches , les Evéques et les Synodes entiers , comme contenant exactement la doctrine de la foi , on trouvera dans le livre intitulé : Confession orthodoxe de l'Eglise Orientale , de quoi se contenter parfaitement.

Cette Confession fut d'abord dressée par Pierre Mogilas , Archevêque de Russie , et trois Evéques ses Suffragans ; ils prièrent l'Eglise de Constantinople d'examiner et d'approuver cette Confession. Le Concile de Constantinople, sousParthénius lé vieux, députa en Moldavie Porphyre , Métropolitain de Nicée,etMélétiusSurigus, Théologien de la Grande Eglise ; les députés des Russes s'y rendirent aussi : on y examina avec tout le soin possible la Confession ; et pour la rendre plus authentique, on l'envoya aux quatre Patriarches d'Orient, et à plusieurs autres Evéques , qui non-seulement l'approuvèrent et la signèrent en iG43, mais ordonnèrent de plus , qu'au lieu qu'elle ne portait auparavant que le titre de la Conjession de la foi des Busses , elle s'appellerait désormais la Confession de la foi de f Eglise Orientale. Elle a été imprimée deux fois par les soins du seigneur Panayotti, premier Drogman ou interprète du Grand Seigneur; la première fois en Hollande , et ce furent les Etats- Généraux qui en firent eux-mêmes la dépense , voulant par-là gratifier ce seigneur Grec, fort accrédité à la Cour Ottomane , et très-considéré de

ceux de sa Nation. Le sieur Normannus , Luthérien , en a fait une traduction latine , qui a été imprimée à Leipsick , en iGgS. Or, c'est dans ce livre adopté pour une Confession publique , que toute TEglise Grecque s'explique ainsi : « O Après les pa- » rôles de la Consécration , se fait à l'instant même M la Transsubstantiation ^ et le pain est changé au » véritable Corps de Jésus-Christ, et le vin en son » véritable Sang, les apparences du pain et du vin » demeurant par la volonté divine , afin que nous » ne voyions pas le Corps de Jésus-Christ par nos » yeux, mais par la foi , en appuyant sur ces paro- « les , Cecc est mon Corps , Ceci est j?wn Sang ; et » que nous préférions ainsi ses paroles et sa puis- » sance à nos sens. L'honneur qu'il faut que vous » rendiez à ces terribles Mystères , doit être le » même que celui que vous rendez à Jésus-Christ «même. Ainsi comme saint Pierre, parlant pour » tous les Apôtres, a dit à Jésus-Christ , Fous êtes )i le Christ , le /ils du Dieu vivant ; il faut aussi que w chacun de nous, rendant le culte de Latrie à ces w divins Mystères , dise : Je crois , Seigneur, et je » confesse que vous êtes le Christ , le Fils du Dieu ■» vivant, qui êtes venu dans le monde pour sauver » les pécheurs dont je suis le premier. »

Que répondre, Monsieur, à des attestations de cette force et de cette autorité ? celui qui refusera de s'y rendre , sur quel pied le regarderez-vous ? croirez-vous qu'un tel homme puisse jamais être convaincu d'aucune vérité de fait qui soit hors de

(i) Quippe pronuntlatis liisce verbis , confestitn transsuï)staPtiatio ppiagilui , mutaturque panis in veruni Corpus Chrisli , vinum in veruni cjusdem sanguincni ^ niaiientilius tantunimodo per divinam disposilionum speciebus , qiix visu y>t«rcipiuntur. Lipsùe , apiid Tlwni, Friisrii. i6()5. p, i6j. Porro lionor qiu-m tifiiiendis liisce mysteriis exhibtre coii* venit , par illi similisquc (.sse dcbct , qui Chrislo ipsi babtlur , ctc.

SUR l'eucharistie. 45

la portée de ses yeux ? Il s'en faut bien que votre Donawerus ait jamais vu tout ce que je viens de produire ; et il n'a pas laissé de reconnaître bien formellement que les Grecs croyaient la Transsubstantiation , puisqu'il a compté cet Article (0 parmi leurs erreurs.

Mais c'est trop nous arrêter sur le sentiment des Grecs. Hâtons -nous d'examiner celui des autres nations et des autres sectes de l'Orient; j'abrégerai le plus que je pourrai, pour ne pas vous ennuyer par une multitude de témoignages uniformes ; mais j'en dirai assez pour faire voir que toutes les Sociétés Chrétiennes, qui étaient avant Luther , de quelque nom qu'elles soient , persévèrent encore aujourd'hui dans la même doctrine et dans les mêmes usages , dont vos Réformateurs ont fait le sujet de leurs critiques et de leurs invectives les plus aigres.

Témoignage des Arméniens.

Voici ce qu'atteste , au nom de la Nation Arménienne , le Patriarche David , Résident à Alep , dans un acte daté du 1. Mars 1668 , et signé par trois Evêques et par douze Prêtres , qui ont mis leurs seings et leurs sceaux en présence de jM. Baron , Consul de la Nation Française. « Nous croyons que » la nature du pain et du vin est changée propre- » ment et substantiellement au tlorps et au Sang du M Sauveur , en vertu des paroles prononcées par le » Prêtre, de sorte qu'il ne reste du pain et du vin » que les accidens et la figure extérieure. Nous » adorons Jésus- Christ présent dans l'Eucharistie » d'un culte de latrie. /) La même chose a été attestée par quatre autres Patriarches Arméniens , par celui d'Echmiasin , celui de Cis , celui du Caire ,

(i) De Ecclcsiâ Gra:canlcà Iwdicrnâ ^ p. ^G,

et celui d'Ispahan ; et de plus par un Evêque Ar« ménien , nommé Uscanus , qui s'est trouvé en Hollande l'an 1666. On a les cinq Actes originaux dressés en bonne forme.

Témoignage des Syriens.

Pour ce qui est des Syriens, leur Patriarche, qui a signé Grégoire F Evêque Jean Syrien de Damas , dit dans son attestation conjointement avec cinq de ses Prêtres : « Nous croyons et nous assurons « constamment , que les paroles que le Seigneur » de la gloire proféra la nuit de sa passion , en di- » sant, Ceci est mon Corps , etc. étant prononcées w par un véritable Prêtre sur le pain et sur le vin , » ils sont changés de leur bassesse en un état sou- » verainement élevé, et passent de la ressemblance » et de la figure à la vérité. Allons donc nous pré- )i senter aux Mystères avec ardeur , la tête baissée , » et avec une profonde adoration.» Un autre Patriarche Syrien, nommé André, dit exactement la même chose dans un acte daté du 29 Février 1668 , signé de la main du Patriarche , d'un Archevêque , de dix Prêtres , et légalisé par M. Baron, Consul.

Témoignage des Cophtes. .

N'oublions pas les Cophtes , qui sont à proprement parler les Egyptiens. « Nous déclarons de- » vaut tous les hommes , » dit leur Patriarche Matthieu , dans un acte envoyé au Roi Louis XIV , et revêtu de tout ce qui peut le rendre le plus solennel et le plus authentique. « Nous déclarons que » les Cophtes croient fermement qiie le Corps de » Jésus-Christ même qui est monté aux Cieux , et » qui est assis à la droite du Père, est en sa pro- » pre substance dans la sainte Eucharistie ; nous » croyons dans ce point particulier tout ce que

SUR l'et;charistie. 47

)) croient les Latins , avec lesquels nous sommes » d'accord sur cela , quoique divisés en d'autres » choses ; et les hérétiques de France nous calom- » nient , quand ils disent qu'après la consécration » nous ne l'adorons pas , et que nous ne nous pros- » ternons pas devant lui.

Cela seul suffit pour faire voir avec combien d'injustice le sieur Job Ludolf impute aux Ethiol^iens d'être dans des sentimens contraires; car l'Eglise d'Ethiopie étant dépendante entièrement de celle des Cophtes , tout ce qui est cru parmi ceux-ci doit être regardé comme la foi des Ethiopiens , excepté dans les points que les Patriarches d'Alexandrie ont condan)nés comme des abus , et qu'ils ont souvent tâché de réformer ; je ne tarderai pas à en apporter encore d'autres preuves positives.

Témoignage des Kestoriens.

Les Arméniens , les Syriens et les Cophtes étant Jacobites ou Monophysites de croyance, il serait inutile de prouver par de nouvelles citations le sentiment de ceux de cette Secle ; ainsi je passe aux Nestoriens répandus dans la Mésopotamie, dans la Perse et dans les Indes. I>eur Patriarche, qui réside dans la ville de Diarbeck , a déclaré , en 1669 , par ini Acte signé de sa main et de six de ses Prêtres , et envoyé à M. de Nointel à Constantinople , et de là en France ; il a , dis-je , déclaré dans les termes les plus formels , que ceux de sa Communion croient la présence réelle et la Transsubstantiation , et il ajoute à la fin de l'acte : » Nous faisons savoir » à tous les hommes, que nous ne recevons pas la » doctrine qui est opposée à cette croyance , que » nous regardons la doctrine contraire comme hé- » rétique , que nous disons anathème à tous ceux » qui osent la soutenir, »

Témoignage de M. Piquet , Consul de la Nation Française.

A tous ces témoignages particuliers , j'en ajoute deux qui sont comme généraux ; je les appelle ainsi , parce qu'ils attestent également la foi de tous les peuples dont je viens de parler. Le premier est de M. Piquet , ci-devant Consul pour la î^ation Française à Alep , homme d'honneur et de probité , témoin oculaire et parfaitement instruit de la chose dont il rend témoignage dans une lettre qu'il a fait imprimer en 1667 , et qui a été répandue par toute la France. Il s'exprime ainsi (^^ : « Il est certain que » toutes les Nations Schismatiques du Levant croient )> comme Article de foi la Présence réelle et la » Transsubstantiation. J'ai demeuré huit ou neuf » ans parmi eux ; j'ai eu des conférences de toutes M les sortes avec eux ; j'ai été souvent dans leurs « Eglises , et j'y ai vu honorer et adorer le très- )3 Saint-Sacrement avec les génuflexions , les inclina- » tions et les respects qu'on pourrait rendre à Dieu » même s'il se présentait en quelque autre forme » visible. S'il fallait des attestations de cela , je me » fais fort d'en faire venir de tous les Patriarches, « Grecs , Arméniens^; Syriens , Jacobites , Nesto- » riens , et même des Cophtes et des Ethiopiens , » qui tous sont dans la même croyance. » M. Piquet savait fort bien qu'il nuirait beaucoup plus à la Religion , qu'il ne la servirait, s'il pouvait être démenti ; il comprenait aussi parfaitement, combien il se fût déshonoré par un mensonge publié avec tant d'éclat, et dont il eût été infiniment aisé de le convaincre, au cas qu'il n'eût pas déposé juste.

Témoignage de Dosithée , Patriarche de Jérusalem.

Le second témoignage qui comprend toutes les

()) Elle se trouve au i Tome de (a Perpétuité , pag, 55o.

hL'il L'EUCnARISTiE. ' ^Q

Nations Schismatiques du Levant, est celui de Dositliée, Patriarche de Jérusalem , ou plutôt celui d'un Svnode nombreux , auquel ce Patriarche a présidé en 1672. Il jugea à propos de composer un traité synodal , qui fut lu en pleine assemblée , approuvé et signé par six Archevêques et par cinquante -un tant Prêtres que Religieux , et inséré dans le Codex ou dans le Registre de la grande Eglise. Le Patriarche en envoya une copie signée par les mêmes personnes, à Louis XIV, à qui il avait adressé son écrit. Le manuscrit se conserve dans la Bibliothèque du Roi , et si quelqu'un en doute , rien ne lui sera plus aisé que de s'en assurer. Dix-huit ans après , Dosithée fit imprimer le même traité , avec quelques augmentations , à Bucharest en Valaquie; de sorte qu'il n'y eut jamais de pièce plus authentique ni plus incontestable que celle-là. Or , il y est dit très-positivement , que toutes les sociétés Chrétiennes du Levant , de quelque Secte qu'elles soient, croient la présence réelle et la Transsubstantiation , et adorent Jésus-Christ dans l'Eucharistie. Car après tous les Articles , dont le dix-septième porte , que î le pain est changé , transsubstantié , transformé et i com>erti au véritable et r^iême Corps de Jésus-Christ , i gui est né en Bethléem de la Vierge Marie ; et quii faut rendre à ce Corps le même honneur quon ; j'end à la Sainte Trinité ; le Patriarche et le Synode ajoutent à la fin : « Les Nestoriens , les Arméniens , » les Cophtes , les Syriens , les Ethiopiens qui de- » meurent sous la ligne , et au-delà même vers le » Tropique du Capricorne , qui ont chacun une » hérésie particulière , sont néanmoins d'accord » avec nous sur tout ce que nous avons dit, comme , » nous le voyons de nos yeux , et comme nos sens » et notre raison nous l'apprennent dans cette » grande ville de Jérusalem , où il y a des gens 2. 4

5o HUITIÈME LETTRE.

» de tous les lieux du monde , qui y habitent et « qui y viennent en pèlerinage, tant savans que » simples. »

Si le Patriarche de Jérusalem et son Concile avaient faussement imputé une doctrine étrangère à toutes ces Nations , ne se fussent-ils pas exposés à la risée , ou plutôt à l'indignation d'une infinité de témoins parfaitement instruits de ce qui en était ? Tant de millions de personnes intéressées à se récrier et à protester contre la calomnie , fussent-elles restées dans le silence ? N'y a-t-il pas dans le monde assez de gens jaloux de l'avantage que les Catholiques tirent de cette déclaration , pour animer et solliciter ceux qui auraient été cités faussement , à parler et à déclarer au juste leurs véritables sentimens , à la honte de ceux qui auraient osé leur en prêter d'autres ?

Permettez-moi donc , Monsieur , de vous demander s'il y eut jamais aucune vérité de fait aussi parfaitement démontrée, que l'est celle que je viens d'établir? Se peut-il rien ajouter à l'authenticité des Actes que j'ai produits ? au nombre et à la qualité des témoins ? à la clarté et à la force de leurs expressions ? à la dignité et à la majesté de ceux qui ont reçu les dépositions , et à la nécessité de dire vrai dans ceux qui , en disant faux , se fussent couverts d'un opprobre inévitable ? Il vous est passé bien des affaires par les mains, Monsieur, depuis que vous êtes en place ; mais quand est-il arrivé qu'en recherchant la vérité d'un fait , vous ayez exigé d'aussi grandes sûretés que celles que je viens de vous donner ? En avez-vous jamais trouvé , ou en trouverez-vous jamais qui approchent de celle-ci ?

Qu'il est consolant pour nous de savoir avec toute la certitude qu'on peut désirer , que toutes les Nations Chrétiennes de l'univers étaient, avant

SUR l'eucharistie. 5i

le Schisme de Luther, parfaitement réunies dans la croyance que nous professons aujourd'hui par rapport à l'Eucharistie , article qui , de tous ceux que les Protestans rejettent , est celui contre lequel ils se sont élevés avec le plus de chaleur ! Que nous sommes heureux de n'avoir ici d'autres adversaires , que ceux qui ont formé une dispute toute novivelle , et d'avoir pour seconds ceux-là qu'une animosité invétérée tient éloignés de nous depuis tant de siècles ! Car qui soupçonnera toutes ces Sectes Orientales d'avoir changé de sentiment depuis fort peu de temps par complaisance pour l'Eglise Romaine ? Qui oserait l'assurer? qui entreprendra de le prouver ? comment, et par quelle voie y réussirait-on ? Leurs Liturgies si anciennes étant toujours les mêmes, comment leur foi auraitelle changé , puisque c'est la croyance qui est la base du culte , et qui règle le langage des prières? Qui ne comprend , au contraire, que la croyance de la présence permanente et de la substantiation étant commune à toutes ces différentes Sectes aussi bien qu'à nous , il n'est pas possible que cette croyance ne soit plus ancienne que leur Schisme ? Et comme les Nestoriens et les Jacobites se sont séparés de l'Eglise Catholique vers le commencement et vers le milieu du cinquième siècle , n'est-il pas évident dès là même , que voilà déjà treize cents ans bien assurés à notre doctrine et à nos usages? Mais ce n'est pas par des raisonnemens que je prétends prouver l'antiquité de notre sentiment; j'ai bien assez de témoignages positifs en main pour me passer de tout ce qu'on pourrait regarder comme un préjugé ou une simple conjecture : je vais les produire , et ce sera pour faire voir qu'en expliquant l'Ecriture comme nous l'expliquons , nous donnons aux passages qui concernent l'Eu-

charistie , le sens le plus propre et le plus naturel qui puisse s'imaginer , puisque c'est celui-là même qui a été adopté non-seulement par tous les Chrétiens de la terre , mais aussi par les Chrétiens de tous les siècles.

C'est , Monsieur , l'unique chose qui me reste à faire ; je m'y suis engagé , vous l'attendez de moi, l'intérêt de la vérité le demande; et quand vous serez convaincu , comme j'espère que vous ne tarderez pas de l'être , qu'en adorant Jésus-Christ sous les espèces du pain , nous ne croyons et ne pratiquons que ce que les Chrétiens de tous les temps aussi bien que de tous les lieux ont constamment cru et pratiqué , je compte bien que vous ne serez plus étonné à la vue de nos cérémonies ; et que bien loin de blâmer l'excès de nos soins , vous trouverez que nous n'en faisons pas encore assez envers l'adorable Sauveur renfermé dans l'auguste Sacrement où son amour pour nous l'a placé.

Les premiers Chrétiens ignoraient la présence passagère.

Voyons d'abord si les premiers Chrétiens ont jamais rien su de cette présence passagère , qu'il vous a plu de fixer au seul moment de la manducation : j'ose assurer que , pour peu qu'on ait de connaissance de l'antiquité , on ne pourra s'empêr cher de convenir, que les rites et usages de l'Eglise, dans les temps les plus voisins des Apôtres, ont été absolument contraires à ce sentiment.

Preuves par des faits historiques.

Saint Justin, qui n'est mort qu'une soixantaine d'années après l'Apôtre saint Jean , ne nous marque-t-il pas, dans la seconde Apologie qu'il a faite en faveur de la E.eligion Chrétienne i') ", qu'on envoyait de son temps par des Diacres l'Eucharistie à

(ij Diaconi atque Ministri dhtribuunt unicuique procsentium , et ad

SÛR l'eucharistie. 53

ceux qui n'avaient pu assister à la célébration des Mystères ? Saint Irénée , qui vingt ans après la mort de saint Justin gouvernait l'Eglise de Lyon , ne nous apprend-il pas également , dans sa lettre au Pape Victor rapportée par Eusèbe (0 , qu'il était d'usage d'envoyer l'Eucharistie aux Evêques absens en signe de paix et de Communion Ecclésiastique? Tertullien, contemporain de saint Irénée, ne fait-il pas connaître, dans le livre adressé à sa femme W, que les Chrétiens emportaient le pain sacré chez eux dans le temps de la persécution , pour avoir de quoi se fortifier ; et qu'ils se faisaient dès lors une loi inviolable de ne le prendre que le matin et avant toute autre nourriture ? N'apprenons-nous pas encore de saint Denys , Evêque d'Alexandrie, mort en iG6 1') , qu'on gardait le pain consacré pour les malades , et qu'un vieillard nommé Serapion étant à l'extrémité , on lui en envoya une partie qu'on ' lui donna trempée dans un peu d'eau , afin qu'il j

f)ût plus aisément l'avaler ? de saint Basile (^), que es anachorètes trop éloignés des Eglises pour pouvoir les fréquenter régulièrement , emportaient avec eux le pain sacré pour satisfaire leur dévotion dans le désert ; de saint Grégoire de Nazianze i^) , que Gorgonie sa sœur se retira une nuit dans

absentes perferunt. ... porrô aiîmentum hoc apud nos vocatur Eucharistie. T. 2. Dibl. Patr. apud Anissanios , parte 2. p. 02.

(i) Ven'im illi ipsi , qui te prsccesserunt Presbyteri , quamvis id minime observarent , Ecclrsiaruni Presbyteris , qui id observabant , Eucharistiam transmiserunt. Ilist. tib. IV. c. 24. Edit. Valesii , p. 195.

(2) Non sciet maritus, quid ante omnem cibuni gustes, et si sciverit panem , non illum crédit esse , qui dicitur. L, 2. ad Uxorem. éd. Frobcn. p. 552.

(5) Exiguam Eucharistîae partem puero tradidit , jubens ut in aquâ intinctam seni in os distillaret. Euseb. Hist. l. 6. c. 44- edit. Fales. p. 2^6.

(4) Qui per eremos vitam monasticam instituant , ubi copia non suppctit sacerdotis , cùm iiabeant domi coromunionem , de suis manibus illam percipiunt, 7n Ep. ad. Cœsariam , T. 5. edit. Ports, p. 2S9.

(5) Jntenipcstà norte captata ci'un morbus non nihil rcmisisstt, ad aitare cum iide procumbit. Edit. Billii. /?. 4u.

l'Eglise , et que s'étant prosternée en la présence du saint Sacrement , elle avait été délivrée d'une fâcheuse maladie ? de saint Ambroise (0 , que son frère Satyre fut garanti du naufrage par la trèssainte Eucharistie , qu'il attacha à son col avec autant de respect que de confiance?

Or , s'il est vrai que l'Eucharistie cesse d'être Eucharistie, dès que l'action de la Cène est finie, ainsi qu'on le prétend chez vous, comment du pain envoyé , transporté , gardé pendant un espace de temps considérable , peut-il être encore appelé Eucharistie par les Auteurs que je viens de citer ? corament a-t-il pu passer dans l'esprit des premiers fidèles pour être l'aliment céleste , destiné au soutien et à la nourriture de leurs âmes ?

Artifice de Kemnîtius.

Kemnitius n'ignorait pas tous ces faits de l'antiquité , puisqu'il les rapporte lui-même W ; mais au lieu d'en conclure , ce que tout homme d'un sens droit en eût naturellement conclu , que les premiers Chrétiens étaient doués d'un sentiment fori opposé à celui de la présence prétendue passagère, il s'amuse à rechercher les raisons (^) qui faisaient permettre ces usages, et à nous dire que les mêmes raisons ne subsistant plus -, plusieurs Conciles avaient défendu très-sévèrement ces communions secrètes et domestiques.

Il n'était pas fort nécessaire que Kemnitius nous étalât sur cela son érudition. Nous savions , sa!is qu'il nous l'apprît , que l'Eglise a changé de discipline sur cet article ; mais il eût rendu un service important à son parti , s'il eût pu concilier ces

{i) Sacratnentum ligarifecit in orario, et orarîiim involvit coHo, atque itft sn <l«'jecit in marc. Decxccssit Satyr, T. it, eilit. Paris, p, ii45. (■») T. I. E.vam, part, 2. p. 167. n. 4o. (ôj Ibid, part, a. p, iGS. n. 10. 2<i.

SUR t*ElTCHARlSTIE. 55

pratiques des premiers temps avec la Doctrine Luthérienne : car nous lui demandons si les premiers Chrétiens regardaient , après l'action de la Cène finie, le pain qui avait été consacré comme n'étant plus que du pain commun ? Nous lui demandons si dans ces paroles : Prenez et mangez , ils ont reconnu un précepte de le manger immédiatement après la consécration , s'ils ont satisfait à ce précepte, ou s'ils sont coupables pour y être contrevenus ? Nous lui demandons si ces paroles : Ceci est mon Corps , n'ont été vraies dans la bouche du Sauveur, que parce qne la manducation qui les a suivies immédiatement en a accompli le sens? Nous lui demandons encore si le pain Eucharistique emporté et conservé contenait le Corps de Jésus- Christ , ou s'il ne le contenait pas ? S'il le con tenait , voilà donc la présence permanente bien avouée , et s'il ne le contenait pas , que recevaient donc ces premiers Chrétiens en recevant ce pain ? recevaientils le Corps de Jésus-Christ ? c'était donc la manducation toute seule qui avait la vertu de le rendre f)résent , sans que la consécration faite depuis ong-temps y eût aucune part ? Que s'ils ne recevaient pas le Corps de Jésus-Christ , leur pratique était donc à votre avis fort vaine et fort inutile , et ne pouvait passer pour être une véritable communion. Enfin nous demandons à Remnitius , s'il pourrait bien nous faire voir que les premiers Chrétiens aient eu une moindre idée de ce qu'ils gardaient pour communier , que de ce qu'ils recevaient en communiant effectivement.

Autres preuves tirées des saints Pères en faveur de la présence permanente.

Pour moi je puis faire voir que saint Cyprien donne au précieux dépôt qu'une femme gardait

SOUS la clef , le même nom qu'à ce que reçut un homme en communiant; car ce Père appelle (Ol'un et l'autre Sanctum J9owm/, voulant sans doute dire le très-saint Corps du Seigneur. Je puis faire voir que saint Optât de Milève appelle (=) l'Autel , le Siège du Corps de Jésus-Christ , et les Calices , les Porteurs de son Sang ; que , selon l'expression de saint Chrysostôme C-^) , le même Corps qui a été couché dans la Crèche , repose aujourd'hui sur nos Autels , et que W) le même Sang qui a coulé du côté du Sauveur , se trouve dans le Calice ; que , selon la doctrine expresse de saint Grégoire de Nysse (^), le pain devient le Corps de Jésus-Christ , non parce qu'on le mange , mais parce qu'il est consacré par le Prêtre ; et qu'au sentiment de saint Cyrille d'Alexandrie (^- , c'est une insigne folie de soutenir que le pain consacré , s'il est gardé jusqu'au lendemain , perde la vertu qu'il avait de sanctifier les âmes. Voilà ce que je puis faire voir par des témoins non suspects des sentimens de l'antiquité, et assez bien instruits de ce qu'on croyait de. leur temps pour pouvoir en rendre compte.

Il eût donc été très à propos , pour l'intérêt de la cause que Remnitius a entrepris de soutenir,

(i) Scrm. de laps'is , ed, Frobcn, p, 225.

(2) Quid est Altare nisi sedes et Corporis et Sanguinis Cliristî ! L. 4cdlt. Paris, apud Ant. Dezaillier , p. 111. Fregistis Calices Christi Sanguinis portatoies. p. ii5.

(3) Tu vero non in praesepe sed in Altari vides. Homll. 24. in 1. ait Cor. apud Hug, p. 117.

(4) Quod est in Calice , id est quod à latere fluxit , et illius sumiis participes, p. 116.

(5) Panis, ut ait Apostolus , per verbum Dei et orationcm sanclificatur; non quia comeditur , eo progrcdiens ut veibi corpus CTadat , si il statim per verbum in Corpus mutatur , ut dictum est ji verbe , quoniaii» hoc est Corpus nieuni. In orat. Catcch. ex versione Centuriatorinn , cent. 4. r. 4. edit. Upcroni , p. 2g5.

(G) Audio esse alios , qui dicunt Mysticam benedictionenn nihil jurarc ;.d satisfactionem , si quid ex eà fiat reliqui in alium diem ; insatiir.nt \ero , qui Lsc asserunt. Jn Ep. ad Colosyriuni. T. G. cd. Paris, p. 567).

SUR l'eucharistie. 57

qu'il eût cherché à satisfaire aux difficultés que je viens de proposer , et qui naissent si naturellement des usages de l'antiquité ;mais désespérant d'y réussir, il s'est contenté de faire mention de ces usages, comme pour faire voir qu'il n'en était pas embarrassé ; et voulant détourner le Lecteur des réflexions que j'ai faites et qui se présentent naturellement à l'esprit , il s'est avisé de chercher à tourner la chose contre nous , en concluant que , puisque la coutume des communions secrètes et domestiques a été abolie , les Protestans avaient été également en droit d'abroger la coutume de garder l'Eucharistie pour les malades. Mais outre qu'il n'y a personne qui ne voie aisément combien cette conclusion est mal tirée , je déclare que je ne prendrai pas ici le change , que Kemnitius a voulu nous donner. C'était à lui à nous dire , avant toutes choses , comment ces usages des premiers temps peuvent s'accorder avec le système de la doctrine Luthérienne : il ne l'a pas fait ; personne ne le fera jamais pour lui. Qu'on reconnaisse donc de bonne foi, que l'antiquité a été comme nous dans le sentiment de la présence permanente.

J'ai cru , Monsieur, devoir ici vous faire remarquer l'artifice de Kemnitius , afin que vous vissiez dans cet exemple comment vos Ministres s'y prennent, quand ils se sentent embarrassés; avec quelle ruse ils savent cacher leur embarras; et comme ils comptent pour rien d'en imposer à la simplicité de ceux qui ne sont pas si fort au fait de ces sortes de disputes, pourvu que de leur côté ils paraissent faire toujours bonne contenance.

Mais n'en voilà que trop sur cet article , si toutefois on en peut trop dire sur ce qui fait le capital et l'essentiel de mon sujet : car vous comprenez parfaitement , Monsieur , que quand il resterait

du pain clans TEucharistie , pourvu qu'il ne donnât pas l'exclusion au Corps de Jésus-Christ , la présence de ce Corps, quoique accompagnée d'une autre substance , fonderait toujours également le devoir de l'adoration. Certainement si les espèces qui couvrent ce divin Corps ne peuvent nous empêcher de lui rendre nos hommages , je ne vois pas pourquoi ni comment nous en serions empêchés par la substance même du pain , au cas qu'elle se trouvât jointe , aussi-bien que les accidens , au Corps de Jésus-Christ. Mais pour faire voir que nous établissons la présence permanente sur le même fondement sur lequel l'ont établie les premiers Chrétiens , et que notre doctrine sur l'Eucharistie est en tout point parfaitement conforme à la leur, souffrez, Monsieur, que je remonte encore une fois jusqu'aux premiers temps du Christianisme , et que j'examine si nous méritons le reproche qui nous a été fait par les Chefs de votre réforme , d'avoir innové en enseignant le changement de la substance du pain , ou si nous ne sommes pas plutôt en droit de leur reprocher , qu'en combattant la Transsubstantiation , ils ont combattu la doctrine constante de l'Eglise.

Contradiction grossière de Luther.

Luther a bien osé fixer la naissance de ce dogme au temps de saint Thomas d'Aquin. Mais Dieu a confondu la témérité de Luther , en manifestant son ignorance par la contradiction la plus grossière , dans laquelle il a permis qu'il soit tombé ; car dans le même chapitre (0 , où Luther fait saint Thomas et ses disciples auteurs de la Transsubstantiation, il dit (=«) qu'elle a été approuvée par

|i) Llb. de eapt. Babyl. e. de eœnâ Dotnlni , T, a. Ed. Jen. Christ. Uhod'ù , p. 377.

(2) Ibid. p. 278. l3.

SUR l'eucharistie. 59

le Chapitre Finniter. Or le Chapitre Firmiter est du quatrième Concile de Latran, célébré en I2i5^) , et saint Thomas n'est venu au monde qu'en 1224. On demande donc à Luther, comment saint Thomas a pu être l'auteur d'une chose approuvée quinze ans avant sa naissance? Convenait-il d'ailleurs à un homme aussi fier de son savoir que l'était Luther , d'ignorer que deux Conciles généraux tenus à Rome, l'un sous le Pape Nicolas II, en 1060 (2) , l'autre sous Grégoire VU , en 1079 ^^^» avaient déjà décidé le dogme de la Transsubstantiation comme un article de foi ; et que dès le temps du Concile d'Orléans célébré en 1017 W, on avait traité la doctrine opposée de doctrine exécrable ?

Vous jugez bien que , si je fais ici mention de ces Conciles , c'est bien moins pour prouver l'antiquité de notre sentiment, que pour démontrer la fausseté de l'époque marquée par Luther. Il me paraît néanmoins que la méprise de Luther étant ici parfaitement démontrée, peut être de quelque usage pour faire tomber entièrement le reproche qu'il nous fait d'avoir innové ; car si ce reproche était effectivement vrai , on pourrait sans doute nommer l'auteur de l'innovation. Or on ne le peut; Luther l'a tenté inutilement , et n'a fait que se rendre ridicule en voulant le désigner ; on ne peut donc regarder le reproche de l'innovation que comme un reproche mal fondé , avancé témérairement, et sans qu'il soit possible de trouver au-

(1) Tom, 11. Conc. Labb. parie i. p. i43.

(2) Conc. Labb. T. 9. p. loii.Terba Concilii , de conversione substantiali intelligenda esse testantur Lanfrancus, Lib. de Corp. Chrhti c. 5. T. 18. Bibl, Pair, apiid Aniss. p. 766. Guidmundus, L. 5. de Corp. Cliristi , Tom. iS. J)ibt. Pair. p. 4*35. Anselmus , in ep. de Corp. Doini/ii,

(ô) T. 10. Conc. Labb. p. ô~S.

(4) Spicileg. Dacheri T. 2. p. 672. et 674.

cane preuve qui puisse lui donner la moindre couleur de vérité.

Mais , Monsieur , le langage des anciens Pères de l'Eglise, dont je vais rapporter quelques expressions , vous fera encore mieux sentir la témérité de ce reproche. Oui , il faut qu'après avoir convaincu Luther , par lui-même , d'avoir fort mal combiné ses idées sur ce qui regarde le temps et les circonstances de l'innovation prétendue , je le convainque encore par d'autres , de ne s'être pas moins trompé pour le fond de la chose même.

I,a Transsubstantiation prouvée par les Pères. Témoignage de saint Cyrille de Jérusalem.

Voici comme parle saint Cyrille, Evêque de Jérusalem , dans ses Catéchèses qu'il composa vers le milieu du quatrième siècle , pour l'instruction des Catéchumènes qui se disposaient à recevoir le Baptême et les autres Sacremens. Vous jugez bien , Monsieur , que dans ces sortes d'ouvrages on est particulièrement attentif à parler exactement, et à ne rien dire qui ne soit conforme à la doctrine universellement reçue dans l'Eglise. « Puisque Jésus- » Christ , dit ce Père (0 , a déclaré en parlant du

(i) Cùm igitur Christns ipse sic affirmet., atque dicat de pane , Hoc eut Corpus mcuiit ; quis deinceps audeat diibitare ? ac eodem quoque confirmante , tt di( ente , Hic est Sunguis meus ; quis , inqiiam , dubitet , et dicat non esse illius Sanguinem ? Aquam aliquando mutavit in vinum , quod est sanguini propinquum , in Canà Galilex solâ voluntate ; et non erit dignus oui credamus , quôd vinum in sanguinem transmutasset ? Si enim ad iiuptias corporeas invitatus stupendum niiraculum operatus est , an non mult6 niagis Corpus et Sanguinem sutim filiis Sponsi dédisse illum conCtebimur ? Quare omni ciim certitudine Corpus et Sanguinem Cliristi sumamus ; nam sub specie panis datur tibi Corpus , et sub specie vini datur Sanguig, ut, sunipto Corpore et Sanguine Christi, elFiciaris ei comparticeps Corporis et Sangtiinis. ... Hoc sciens, et pro rertissimo habens panem hune qui videtur à nobis , non esse paneni , etiamsi gustus panem esse sentiat , sed esse Corpus Christi ; et vinuni quod à nobis conspicitur tametsi sensui gustùs vinum esse videatur , non tamen vinum sed Sanguinem esse Christi. In Catechesi tljstag. 4. edil. Paris, p. tùy. et a58.

SUR l'eucharistie. 6i

» pain , que c'était son Corps , qui osera le révo- » quer en doute ? et puisqu'il assure et dit que » c'est son Sang, qui est-ce qui en pourra douter, » et dire que ce n'est pas son sang ? Il changea » autrefois l'eau en vin , à Cana en Galilée , par sa » seule volonté ; et il ne méritera pas d'être cru , w quand il change le vin en Sang ? si étant invité à » des noces humaines il a fait ce prodigieux mira- » de , à plus forte raison ne devons-nous faire au- » cune difficulté de croire qu'il en fait d'également » grands , quand il admet les Enfans de l'Epoux » au banquet sacré qu'il leur a préparé. Recevons » donc avec une entière certitude le Corps et le » Sang de Jésus-Christ; car sous l'espèce du pain » le Corps vous est donné , et sous l'espèce du vin » on vous donne son Sang, afin qu'étant faits par- » ticipans du Corps et du Sang de Jésus-Christ , » vous ne soyez qu'un même Corps et un même » Sang avec lui.... Sachez et tenez pour certain , » que ce qui nous paraît du pain , n'est pas du » pain , mais le Corps de Jésus-Christ ; et que ce qui » vous paraît du vin , n'est pas du vin , quoique cela » paraisse au goût , mais le Sang de Jésus-Christ. »

Je vous le demande , Monsieur, était-il possible que ce Père s'expliquât plus favorablement pour nous ? trouvera-t-on dans l'Eglise Romaine aucun Catéchisme , ni aucun livre de piété , qui enseigne le dosrme de la Transsubstantion avec plus de nettête et de précision , que ne le tait ici cette instruction de saint Cyrille ? Que diront à cela vos Ministres ? ne devraient-ils pas rendre les armes , et convenir de l'injustice qu'il y a à nous accuser d'innovation , puisque le dogme qu'ils prétendent être nouveau , se trouve si parfaitement établi dès le milieu du quatrième siècle, qu'on juge nécessaire d'en faire des leçons aux Catéchumènes?

Mauvaise réponse d'un Ministre d'Anspach.

Le sieur de la Lith , Ministre d'Anspach , qui a écrit récemment sur ce sujet , dit ici pour toute réponse, que saint Cyrille était encore jeune lorsqu'il composa ses Catéchèses , et qu'il ne faut pas que quelques expressions inconsidérées d'un jeune liomme , soient regardées comme une régie de foi pour toute V Eglise,

J'avoue , Monsieur , que saint Cyrille est parvenu assez jeune à l'Episcopat , puisqu'il a gouverné l'Eglise de Jérusalem pendant trente-six ans, ayant été choisi Evêque en l'an 35o , et n'étant mort que le i8 de mars de l'an 386. Mais il me paraît que sa jeunesse, bien loin de déroger à son mérite et à sa capacité , est justement ce qui leur donne le plus de relief ; car , puisqu'il a été choisi pour un poste si important étant encore jeune , il faut bien qu'on l'ait regardé dès lors comme étant doué d'éminentes qualités. Je demande de plus au sieur de la Lith , si saint Cyrille , étant parvenu à un plus grand âge , a perdu la mémoire de ce qu'il avait écrit étant encore jeune ? si , après trente ans d'Episcopat, il s'est jamais rétracté de ce qu'il avait dit. Je lui demande, si ce saint Evéque a ignoré que ses Catéchèses étaient entre les mains de tout le monde ; s'il n'a pas su , qu'elles continssent des erreurs grossières ; si , le sachant , il a pu continuer à s'en servir et à les répandre , sans y rien corriger; si les Evêques de son temps, et ceux qui sont venus après lui , ont pu en bonne conscience en permettre le cours , et dissimuler ce que le sieur de la Lith y trouve de répréhensible ? Voilà sur quoi le Ministre d'Anspach devait nous donner de bons éclaircissemens , et ne pas se contenter de dire en l'air , que quelques expressions inconsidé-

SLR l'eucharistie. 63

rées d'un jeune homme ne doivent pas servir de règle de foi à toute l'Eglise. Non, INlonsieur, les expressions d'un Prêtre , ou d'un Evéque , soil qu'il soit jeune , soit qu'il soit vieux , ne doivent pas servir de règle de foi ; mais les expressions d'un ouvrage dogmatique composé par un Prêtre, quoiqu'encore assez jeune ^0 , élevé immédiatement après à l'Episcopat , placé sur un des premiers Sièges de l'Eglise ; ces expressions , dis-je , n'ayant jamais été rétractées pendant trente-six ans d'Episcopat , ayant constamment servi à l'instruction des Catéchumènes , n'ayant jamais été contredites par une infinité de gens habiles et zélés qui n'ont pu manquer d'en avoir connaissance , ayant été transmises à la postérité avec l'approbation et l'éloge de tous ceux qui les ont lues ; oui , de telles expressions font connaître bien sûrement la foi du siècle dans lequel l'ouvrage qui les contient a été composé. Et comme vos Savans reconnaissent assez généralement , que la foi de l'Eglise du quatrième siècle était encore pure et exempte d'erreurs grossières, il s'ensuit qu'ils ne peuvent traiter la Transsubstantiation d'erreur grossière , sans tomber en contradiction ; il s'ensuit encore , que, puisqu'un Père de l'Eglise Grecque , né vers le commencement du quatrième siècle , a enseigné dans les termes les plus clairs et les plus formels le changement de substance, ce dogme ne peut être une invention des Docteurs Latins du treizième siècle. Voilà comme on conçoit les choses , quand on a la tête bien saine ; et quand on les conçoit autrement, et qu'on ose traiter cT exprcôsions inconsidérées de jeune homme , ce qui a été écrit par un témoin irréprochable des sentimens de l'antiquité , dans un

(i) Le P. Ant. Toutée prouve que saint Cyrille était âgé de 37 ou 38 ans, lorsqu'il composa ses Catéchèses. Dissert. 1. ed, Paris, p. 111.

ouvrage spécialement destiné à les faire connaître, on fait voir je ne sais quel renversement d'esprit dont il serait assez naturel d'avoir pitié , si un excès de suffisance et de présomption , qui en sont visiblement la cause , ne portait encore plus fortement à l'indignation.

Ne pensez pas , Monsieur , parce que j'insiste si fort sur le témoignage de saint Cyrille , que les autres Pères se soient expliqués moins clairement en faveur de ce dogme. Mais comme je n'ai point entrepris de dire ici tout ce qui peut se dire sur cet article , et que je ne me propose que d'en dire autant qu'il en faut pour convaincre des esprits raisonnables qui cherchent sincèrement la vérité , je me contenterai de rapporter un assez petit nombre de leurs expressions, et même je les abrégerai le plus qu'il me sera possible.

Témoignage de saînt Grégoire de Nysse , de saint Ambroise , de saint Chrysostôme , de saint Gaudence , de saint Jean Damascène.

« Je crois,» dit saint Grégoire de Nysse (0 , contemporain de saint Cyrille de Jérusalem , « que le » pain consacré par la parole de Dieu est changé » au Corps du Verbe , qui est Dieu : » Il ajoute, que de même que le pain que le Sauveur mangeait, était changé en son Corps , et par-là uni à la Divinité , de même en est-il aussi du pain qui est consacré par le Prêtre,

» La force de la bénédiction , dit saint Ambroise W ,

(i) Rectè ergo nunc quoque Dei verbo sanctlficatum panem in Dei Verbi Corpus credo transmutari. In Orat. Catli, c. ù-j. t. 3. Paris, p. io4.

(a) Quantis igitur utimur exemplis, ut probemus non hoc esse quod natura formavit , sed quod benedictio consecravit, majoremque vim esse benedictionis , quàni naturae , quia benedictione etiam natura ipsa mutatur. Dixit , et facta sunt. Sermo ergo Christi , qui potuit ex nihilo l'acere quod non erat , non potest ea quae sunt , in id mutare quod non crant?. .. et hoc quod conficinius Corpus ex Virgine est. Qnid hic quaeris naturae ordinem in Christ: Corpore, cùm priieter naturam sit ipse Doniinus Jésus partus ex Viiginc î Ambr, Lib. de initiandis , c. 9. t. 2. erf. ' l'aris. p, ôôS.

SUR l'eucharistie. 65

T) est plus grande que celle de la nature , puisque » la nature est changée par la bénédiction.... Dieu » ayant parlé , toutes choses ont été faites ; si donc , » ajoute ce Père , la parole de Jésus-Christ a pu du » néant faire ce qui n'était pas encore , ne peut- » elle pas changer en d'autres natures celles qui » étaient déjà ?.... Ce Corps que nous produisons « dans le Sacrement , est le même qui est né de la » Vierge. Pourquoi cherchez -vous l'ordre de la » nature dans la production du Corps de Jésus- » Christ en ce Sacrement , puisque c'est aussi con- » tre la nature que ce même Seigneur est né de la » Vierse ? »

ce Ce qui se fait pendant les Mystères sacrés , dit » saint Chrysostôme (0 , n'est pas l'effet d'une puis- » sance humaine ; Jésus-Christ opère ici les mêmes » merveilles qu'il opéra dans la Cène , la veille de » sa passion ; nous tenons ici la place de ses Minis- » très ; mais c'est lui qui sanctifie ces offrandes , » et qui les change en son Corps et en son Sang. »

M Le Créateur de toutes choses , qui produit le » pain de la terre , dit saint Gaudence (2) , fait aussi M de ce pain son propre Corps , et il le fait parce » qu'il le peut, et qu'il l'a promis. »

« De même , dit saint Jean Damascène (^) , qu'il » se fait un changement naturel du pain que nous » mangeons, en notre corps, et du vin que nous

(«) Non sunt humanœ virtutis hic opcra ; qui tune in illà cœnâ lixc conl'ecit, ipse nunc quoque eadem operatur. Ministrorum nos ordinein tcncmus , qui vero liacc sanctificat et transmutât , ipse est. Chrys. Hom. 85. in Mallh. c. 26. t. 2. apud Ihigoncm , i45-6,

(2) Ipse igitur naturarum Creator et Doniinus , qui produxil de terra ))anem , de paue rursùs (quia et polest et proinisit ) efficit propriuni Coipus. Gaiid, Tract. 2. de rationc Sacram, t. 5. ISiùt. Pair, apud Anisson. p. y 45.

(3) Quuinodo naturalifer par comestionem panis et vinuni transniutantur , sic et uanis et vinum per invocationem , et advcntum Spiritfis Saiicli supcrnaturalitcr transnmtantur in Corpus et Sanguinem CLristi. Damasc. de fidc Orllwd, L. 4« c> l4- f^*'- I><^il- P« j»5.

66 atriTlÈJIE LETTRÉE

» buvons , en notre sang , de même aussi se fait-iî un » changement surnaturel du pain et du vin , au Corps » et au Sang de Jésus-Christ, par l'invocation et » l'avènement du Saint-Esprit. »

Si ce n'est pas là enseigner la doctrine de l'Eglise Romaine , qu'on nous dise de grâce de quels termes il faudra se servir pour pouvoir l'exprimer plus clairement. Y eut-il jamais d'aveu plus sincère et plus vrai que celui de Socin , qui écrivant à un de ses amis , lui dit (») , que si l'on veut s'arrêter à l'autorité des Pères , c'est une nécessité pour lui et pour tous les Protestans de s'avouer vaincus. J'ajouterai que vos Centuriateurs de Magdebourg conviennent eux-mêmes que saint Grégoire de Nysse i^) , saint Chrysostôme (^) , saint Jean Damascène W), et le vénérable Bède sont pour la Transsubstantiation. Ils rapportent sur ce sujet plusieurs de leurs expressions ; mais c'est en les rangeant sous le titre Des erreurs et des opinions incommodes des Pè/es. Nous concevons assez ce que cela veut dire : ces Auteurs prétendent que les Pères qu'ils nous abandonnent n'ont pas été assez bien instruits des dogmes de la Religion , et qu'ils sont à plaindre de n'avoir pas eu des Maîtres qui égalassent l'habileté des Centuriateurs.

Nous convenons aussi que les témoignages de ces Pères sont pour les Protestans des opinions incommodes , parce qu'il est incommode d'avoir contre soi les oracles de l'antiquité, et les témoins fidèles des sentimens de leur temps. En effet , dire que ces Pères ont enseigné autre chose que ce

(i) Lcgantur modo Ponfificioruni scripta advcrsùs Lutheranos et Calvinistag, si praeter sacras littt-ra'; illorum auctoritati sit standuin , iiobi» omnibus causa cadcnduiu est. Faust. Socintis in ep, ad Radeeium T. »» alil. i656. p. ÔSi.

(2) Cent. 4. c. 4' Tvpi.i Joan. Oporlni. p. 295,

(5) Ct7it. 5. c. 4. p'. 384,

(4) Cent. S. c. 4- />• 3 1 2.

SUR l'eucharistie. 67

qu'on croyait communément dans leur siècle , qui pourra se le persuader ? et soutenir que dans les siècles les plus florissans de l'Eglise, la foi était déjà altérée et corrompue sur des points aussi capitaux que celui que je traite, quelle idée donnerait-on de l'Eglise de Jésus-Christ, de ses promesses et de son ouvrage ? Mais nous accuser d'innovation , en marquer la date , chercher dans le treizième siècle les auteurs de la nouveauté prétendue, nommer à cet effet saint Thomas , Innocent III , le Concile de Latran ( car nos accusateurs ne s'accordent pas entre eux sur ce point), et trouver dans les écrits des anciens le dogme nouveau très-parfaitement établi , cela est plus qu'incommode; avouons -le, Monsieur , et disons que cela est désolant, accablant , désespérant. Voilà toute la justice que nous pouvons rendre à la quaHfication desCenturiateurs.

L'antiquité s'est fait un devoir d'adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie.

Que si l'antiquité a pensé comme nous sur le dogme , vous jugez bien qu'elle en aura tiré les mêmes conclusions que nous pour la pratique , et qu'il ne se peut que les premiers Chrétiens aient cru Jésus-Christ présent hors de l'usage , sans s'être fait aussi bien que nous un devoir de l'adorer dans l'Eucharistie : car la foi de la présence permanente est si naturellement liée avec l'adoration , qu'à moins de faire profession d'impiété, il est presque impossible de séparer l'une de l'autre. Quiconque croit Jésus-Christ présent dans l'Euchanstie , lui parle comme à Dieu , implore sa miséricorde , lui demande ses grâces , s'excite à l'aimer par des paroles de confiance , [reconnaît sa propre indignité , s'abaisse devant la souveraine Majesté de cet Homme-Dieu , donne des marques extérieures

68 HCITliME LETTRE.

:îe son profond respect; et qu'est-ce que tout cela, si ce n'est une véritable adoration ?

Preuves de Fadoration par les Pères.

Or , peut-on douter que les Chrétiens n'aient toujours produit de ces actes , en présence de leur Sauveur caché sous les voiles du Sacrement ? Origène ne recommande-t-il pas aux fidèles (0 de s'humilier devant le Sauveur, ainsi que le fit le Centenier, ex\ lui disant comme lui : Seigneur^ je ne sucs pas (ligue que vous entriez dans ma maison , etc. Saint Grégoire de Nazianze ne rapporte-t-il pas (^) de sa sœur Gorgonie , qu'elle se prosterna devant Tautel , invoquant avec une foi vive et avec beaucoup de larmes celui qu'on adore sur l'autel ? Saint Cyrille de Jérusalem , en instruisant les Néophytes pour la Communion , ne leur dit-il pas (^) de se présenter en soutenant de la main gauche la main droite, et lie faire par-là une espèce de trône au Roi de gloire ? ( c'était pour lors l'usage de recevoir l'Eucharistie dans lamain.) Ne les avertit-il pas d'avoir aussi grand soin de ne rien laisser tomber , que s'il s'agissait de la perte d'un de leurs propres membres ; de porter les Symboles sacrés sur leurs yeux, afin de les sanctifier par l'attouchement du Corps de Jésus-Christ , de se courbeï, de s'incliner et de

(i) Quando sanclum Cibiim , illudque iacorruptum accipis epulum y tune Dominus sub tertuni tuum ingreditur , et tu crgù huniilians trnietipsuni iuiitare hune Centarionetn , et dicito .-Domine, etc. In liom, 5, in diiersos noii TcsI. locos. t. 2. Froben, p. 5iS.

(2) Ad altare cum fide procumbit , funi qui super ipso honoratur , cuin ingj-nti claniore invocans ; To'» iv dura' TtfAafMioi. Jh Orat, 2. eilit. Dilli. p. 4 1 1 .

{'■>] Sinistiani velut sedcm qnamdam subjicias dextrse , qux tantum lU-gcn: sjsccplura est, et concavâ manu suscipe Corpus Chrisli , dicens: Amen. Sanctificatis eigo diligcnter oculis taiu sancti Corporis contacta communica. Cave autem ne quid indc excidat tibi ; quod enim amilta», hoc tanquam ex proprio luenibro amiseris. Accède pronu» , adoratiunis in aioduin et vcneiationis , dicens : Amen. In Cakch, Mysi. 5. tel, l'aris, a/iiid Hier, Voiiarl. p. 244-

SUR l'eucharistie. 69

donner toutes les marques de la plus profonde vénération ? Saint Chn, sostôme rapporte (>) d'un saint vieillard favorisé de beaucoup de grâces extraordinaires du Ciel , qu'il vit un jour , pendant la célébration des Mystères, l'autel entouré d'une multitude d'Anges vêtus de blanc , la tête baissée, se tenant dans une posture infiniment respectueuse , à peu près comme le pourraient faire les soldats en présence de leur Général ou de leur Roi. Je veux qu'on ose traiter de pure vision ce que ce saint homme a pris pour une réalité ; dès que saint Chrysostôme rapporte la chose et témoigne y ajouter foi , ne fait-il pas assez voir par-là combien il était éloigné de dispenser les fidèles du devoir de l'adoration envers Jésus-Christ dans l'Eucharistie , puisqu'il était persuadé que les Anges mêmes descendaient du Ciel pour venir lui rendre leurs hommages ?

Mais qu'y a-t-il de plus positif sur ce sujet*, que ce que disent saint Ambroise et saint Augustin? «Nous adorons encore aujourd'hui la chair de notre Rédempteur, dit le saint Evêque de Milan (»), et nous l'adorons dans les Mystères qu'il a institués lui-même , et qui se célèbrent tous les jours sur nos Autels. Cette chair de Jésus-Christ , continue ce Père , a été formée de la terre aussi bien que la nôtre, et la terre est appelée dans l'Ecriture l'escabeau des pieds de Dieu ; mais cet escabeau considéré dans la personne du Sauveur , et dans le Sacrement de sa chair , est plus vénérable que tous les trônes des Rois , et c'est pour cela que nous

(1) Se perillud quidem lempus derepente Angelorum multitudinem conspexisse fulgentibus vestibus indutorum , altare ipsum circumdantium : denique sic capite inclinatorum , ut si quis milites praesente Rege •tantes videat , id quod mihi facile persuadée. Lib. 6. de Sacerd. t. 5. apiid Hiigonem , p. 555.

(2) Itaque per Scabellum terra intelllgatur , pcr terrain autem Caro Christi , quam hodiè quoque in Mysteriis adoramu5, L, 3, de Spiritu tancto , c. 12. erf. Froben. p. ao5.

l'adorons.a Je ne savais pas, ajoute saint Augustin (0,» ce que Dieu voulait dire par son Prophète , quand il nous ordonne d'adorer l'escabeau de ses pieds , qui est la terre : Adorate scabellum pedum ejus : et je ne comprenais pas comment cela se pouvait faire sans impiété ; mais j'en ai trouvé le secret et le mystère dans le Sacrement de Jésus-Christ ; car c'est ce que nous faisons tous les jours , lorsque nous mangeons sa chair , et qu'avant que de la manger nous l'adorons , non-seulement sans superstition , mais avec tout le mérite de la foi ; parce que cette chair étant un aliment de salut, quoiqu'elle soit de terre et l'escabeau même des pieds de Dieu , il faut l'adorer ; et bien loin que nous péchions en r adorant, ce serait un crime de ne Tado' rer pas. »

Or , je vous prie , Monsieur, de remarquer qu'il ne s'agit pas ici seulement du sentiment de saint Augustin et de saint Ambroise ; mais de la pratique universelle de leur temps , dont ils rendent un témoignage 'qu'on ne peut rejeter : JSemo carnem manducat nisi prias adoraverit , dit saint Augustin ; Personne ne mange cette chair , qu'il ne l'ait auparavant adorée. Supposons , s'il vous plaît, que les chrétiens aient été dans un usage contraire à celui qui nous est marqué par saint Augustin ; en ce cas, cePèreeùt-ilpu s'expliquer comme il l'a fait, et ne pas s'apercevoir qu'il n'éviterait pas de passer dans le monde pour avoir perdu l'esprit ? Si donc nous avons de saint Augustin l'idée qu'il convient d'avoir d'un homme sensé , à qui l'on ne prête pas

(i) SuscepU eDÏm de tcrrà terram , quia caro de terra est , et de carne Mariae carnem accepit : et quia in ipsà carne hîc ambulavit, et Ipsam carnem nobis manducandam ad salutem dédit ; Nemo autem carnem manducat, nisi priiis adoraverit ; inrentum est, quemadmodum adoretur taie scabellum pedum Doniini , et non solùm non peccemus adoraudo , scd peccemus non adorandp. In Ps. 9S, t. 8. éd. Froben, p. )io4.

SUR L EUCHARISTIE. yi

aisément le dernier excès de l'exti^avagance , nous ne pourrons refuser de croire que les fidèles de son temps aient en effet tous adoré la chair de Jésus- Christ avant que de la recevoir. Remarquez en second lieu, que le saint Docteur ne dit pas seulemen t que c'est une chose bonne et louable , décente , utile et convenable d'adorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie, mais qu'il en fait un devoir strict dont on ne peut se dispenser sans se rendre coupable devant Dieu : Non sotùm non peccamus adorando , sed peccamus non adorando.

Que voudrions-nous déplus pour justifier notre pratique , et la purger parfaitement de tout reproche de nouveauté ? Si nous avions des textes à composer tels que nous les désirons , pourrionsnous en imaginer jamais de plus propres et de plus décisifs que ceux que vous venez de voir ? Faut-il après cela être surpris , qu'Erasme, malgré tout le penchant qu'il a marqué pour les opinions nouvelles , nous ait rendu la justice de dire (0 , qu'en adorant l'Eucharistie nous ne faisons que ce qui s'est fait avant le temps de saint Augustin et de saint Cyprien , et ce que les Apôtres mêmes ont enseigné de vive voix, et qu'on ne pouvait condamner cet usage, sans condamner en même temps l'Eglise de tous les siècles.

Qu'il me soit donc permis , Monsieur , d'en appeler ici à votre droiture et à votre sincérité , et de vous demander, s'il est possible de lire avec un esprit qui soit en garde contre la prévention pour ne suivre que les impressions de la vérité ; s'il est , dis-je , possible de lire avec cette disposition d'esprit tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire sur

(i) Cùm doccant summam impietatem et idololatriam esse adorare Eucharistiam , quod factum est ante aetatem Augustin! et Cypriani , et Mtest credcndùm ab ipsis traditum Apostolis, nonne damnant totam Ecclesiam î Erasni. ep. ed fratres in fer. Ccrm, t, g. cri. Pétri TVandeT» p. iSyS.

'Jl HUITIEME LETTIIE.

le sujet que j'ai entrepris de traiter , et de ne pas rester convaincu que nous avons pour nous les suffrages de toutes les Nations Chrétiennes , et de la vénérable Antiquité? Tous les peuples Chrétiens ont cru et pratiqué avant Luther ce que nous croyons et pratiquons aujourd'hui par rapport à l'Eucharistie , et toutes les sociétés Scliismatiques de l'Orient sont encore aujourd'hui dans la même croyance et dans le même usage que nous : donc cette croyance et cet usage n'ont pas pris naissance dans l'Eglise Romaine : donc cette croyance et cet usage sont plus anciens que le Schisme même , qui a séparé ces sociétés de nous. C'est ainsi que la généralité de la croyance assure au dogme son antiquité , et c'est ainsi que l'antiquité du dogme prouvée par des témoignages positifs , fait aussi connaître l'origine et la véritable cause delà croyance générale : l'une et l'autre se servent comme mutuellement d'appui , et concourent parfaitement à faire voir que le sens que nous donnons à l'Ecriture , est le plus plausible de tous , puisqu'il a été si généralement applaudi de toutes les Nations et de tous les siècles. Nous prétendons que le sens Catholique est l'unique qui convienne aux paroles de l'Ecriture prises selon leur signification naturelle ; vous prétendez que nous nous flattons : que tout l'univers et toute l'antiquité parlent et décident sur nos prétentions. Si vous les écoutez , Monsieur, dès lors la dispute sera finie , et vous n'aurez plus d'autre sentiment que le nôtre.

Qu'est-ce qui peut donc encore vous arrêter , Monsieur, ou vous détourner de rendre à Jésus- Christ le même culte que nous lui rendons dans son adorable Sacrement ? Serait-ce quelques difficultés que la raison humaine objecte contre la Transsubstantiation ? niais votre sentiment de la

SUR L'EUCIIAniSTIE. ' ^3

présence pas.sagère en a-t-il beaucoup moins que celui de la présence permanente? n'est-ce pas toujours un Mystère également impénétrable à la raison? Si l'on consulte l'Ecriture , la Tradition , et les Décisions de l'Eglise , il faut croire ce cpie nous croyons; et si l'on ne consulte que la raison humaine , il ne faudra pas même croire ce que vous croyez. Vous en croyez ou trop ou trop peu. La juste mesure de la foi est d'acquiescer à la révélation divine , telle qu'elle nous est notifiée par la pure parole de Dieu, sûrement et infailliblement Lien entendue : Or on entend sûrement et infailliblement bien cette divine parole , lorsqu'on l'entend dans le sens que lui donne l'Eglise ; et si ce mot à' Eglise ne vous paraît pas assez développé pour fixer vos idées, disons qu'on est du moins très-sûr d'entendre infailliblement bien le texte sacré , lorsqu'on lui donne le même sens que Iwi donnaient, avant les contestations survenues , les Chrétiens de tous les temps et de tous les lieux. Car voudriez-vous que toute la Chrétienté eût été avant Luther dans l'erreur? et dans une erreur si capitale? et cela pendant une si longue suite d'années? Quoi ! tout le fruit de la prédication de l'Evangile n'aurait été que la substitution d'une autre idole? au lieu d'un morceau de bronze , de pierre ou de bois qu'on adorait auparavant , le culte des Chrétiens se sera terminé à adorer ce qui n'était que du pain ? Vos Ministres y pensent-ils en nous faisant des reproches , d'où naissent de si affreuses conséquences , si propres à perdre et à anéantir le Christianisme en le faisant tomber dans le souverain mépris ? Si les difficultés que forme la raison humaine contre la Transsubstantiation et contre la présence permanente sont un titre légitime pour rejeter ces dogmes , il faudra, poui des difficultés qui ne sont

pas moins considérables , refuser également de croire les Mystères de h. Trinité et de 1 Incarnation, Peut-il y avoir autre chose qu'un pur caprice, qui porte à tant faire valoir les difficultés du raison? iieraent naturel contre un Mystère, tandis qu'on n'est nullement choqué des difficultés des autres Mystères , où la raison se perd également , et où elle trouve encore incomparablement moins d'issue ? Que l'on ne croie donc plus rien de tout ce qui embarrasse la raison , ou qu'on la fasse plier également et uniformément partout sous le poids de l'autorité Divine. Voilà , Monsieur, notre manière de raisonner. Kous vous prions de juger si en raisonnant ainsi , et en ne mettant aucune borne de caprice et de fantaisie à notre soumission, nous méritons d'être regardés comme de bonnes gens , simples et livrés aux derniers excès de la crédulité. Que si , satisfait de la réflexion que je viens de faire, vous trouvez en effet qu'il n'y a aucun sujet de s'arrêter aux difficultés formées par la raison contre le dogme , et s'il n'y a plus que l'extérieur de notre culte qui vous frappe , comme ne vous paraissant pas assez conforme aux usages des premiers temps , nous vous avouerons pour lors sans peine que le rit de l'adoration n'a pas toujours été le même , ni constamment tel que nous le voyons aujourd'hui , qu'il a changé selon le goût et la piété des peuples , et selon les besoins et les vues de TEglise.

Le Rit et la Cérémonie de l'Adoration n'ont pas toujours été les mêmes,

Non , ]Monsieur , on n'a pas toujours porté le saint Sacrement publiquement dans les rues, on ne l'a pas toujours exposé sur les Autels à la vue et à ia vénération des fidèles ; les fêtes , les procès-

SUR LEUCIIARISTIE. ^5

sions , les encensemens , l'élévation de l'hostie au son de la clodiette, et plusieurs autres choses de cette nature ne sont pas de la première antiquité, et nous ne les donnons pas pour telles : mais qu'est-ce que tout cela , sinon des espèces particulières d'adoration ? et puisqu'on est obligé de convenir qu'on a constamment adoré Jésus-Christ dans l'Eucharistie , tant extérieurement qu'intérieurement , qu'importe de quelles marques on se serve pour témoigner les sentimens intérieurs de son respect , toutes ces marques extérieures étant d'elles-mêmes assez indifférentes et pleinement arbitraires. Ne serait-il pas fort étonnant de nous accorder le fond de la chose , et de vouloir chicaner sur la manière et la façon ?

Combien y a-t-il de choses pareilles chez vous , anciennes pour le fond , et nouvelles pour la manière , sur lesquelles vous seriez fort surpris de vous entendre faire des reproches de nouveauté ? Il y a toujours eu des lieux destinés à la prière publique , et à l'administration des Sacremens ; mais du temps des Apôtres il n'y avait ni temples , ni grandes Eglises voûtées ; on a toujours prêché la parole de Dieu, mais on n'a pas toujours monté en chaire. Dès les premiers temps les Ministres du Seigneur se distinguaient par leur air grave et modeste ; ils n'avaient pas pour cela d'habit qui leur fût particulier. Qui doute que les premiers Chrétiens n'aient eu des heures réglées pour leurs assemblées de piété? on est bien sûr néanmoins qu'ils n'en étaient pas avertis par le son des cloches. En chantant les louanges de Dieu on y a toujours mêlé le son des instrumens ; mais l'usage des orgues , telles que nous les avons aujourd'hui , n'est que depuis le huitième siècle. Le culte de la Sainte Trinité ne peut être moins ancien que le Christianisme, mais

'j6 HUITIÈME LETTRE.

la fête destinée à l'honorer spécialement n'a été établie qu'en 1262 , deux ans avant rinstitution de la fête du saint Sacrement. Celui qui entreprendrait de critiquer ces sortes d'usages pour la nouveauté de leur espèce , ne vous donnerait pas assarément , Monsieur , une grande idée de la justesse de son esprit : vos jMinistres ne sont pas mieux fondés à critiquer les cérémonies du culte extérieur que nous rendons à Jésus-Christ dans l'Eucharistie, puisque , si tout le détail de ce culte n'est pas de la première antiquité , le fond en est incontestable.

Les particularités du culte Catholique justifiées.

Ne vous scandalisez donc pas de ce qui doit vous édifier, et de ce qui vous édifiera sans doute , si vous considérez l'esprit qui nous anime. Oui, Monsieur, qu'il nous soit permis de le dire : Nous avons un tendre amour pour Jésus-Christ , et nous sentons ce qu'il fait pour nous dans ce divin Mystère ; ne trouvez pas étrange que nous fassions de notre mieux pour lui marquer cet amour et notre reconnaissance. L'état d'anéantissement où il se met pour l'amour de nous , excite notre zèle; plus il paraît oublier sa gloire , plus il nous paraît juste de chercher à la relever : nous savons que le Paganisme encensait ses idoles , c'était un honneur qui se rendait à de fausses divinités , et que nous détestons par cet endroit ; mais nous croyons très-convenable de le rendre à celui que nous adorons comme notre véritable Dieu. Magdelène , prosternée aux pieds de Jésus-Christ, et les arrosant de ses larmes , intéressa le Sauveur à sa défense , et le porta à faire l'éloge de ses soins officieux : craindronsnous de nous rendre blâmables en imitant cette sainte pénitente dans son humble contenance et

SUR L EUCHARISTIE. fjn

dans ses pieux empressémens ? Que ne firent pas les babitans de Jérusalem pour marquer leur respectueuse allégresse à l'approcbe du Sauveur ? ils couvrirent le cbemin de leurs habits, et y répandirent des rameaux : trouveriez-vous mauvais , Monsieur , que dans la même vue nous ornions nos Autels , et que pour faire honneur à celui qui y réside , nous y fassions briller ce que nous avons de plus riche et de plus précieux ? Plusieurs de ceux qui se trouvèrent au crucifiement du Sauveur, témoins des miracles éclatans qui accompagnèrent sa mort, frappèrent leur poitrine en disant: Cétait véritablement le Fils de Dieu ; un sentiment pareil nous fait faire la même chose à l'éléyation de l'Hostie, élévation qui nous retrace si vivement Jésus- Christ élevé en croix; Parce que Joseph avait pourvu de pain toute l'Egypte dans le temps de la stérilité et de la famine [Ùenes. xli. 43- ) ? le roi Pharaon le fit monter sur un char , et le fit conduire par toutes les Provinces de son Royaume , avec ordre à chacun de se prosterner devant lui ; le Fils de Dieu nous a donné le p§in céleste , qui est son corps; aussi est-ce pour cela que l'Eglise le fait paraître comme sur un Trône et sous le Dais, et que dans cet état elle le conduit dans les places publiques , ordonnant à tous les fidèles de fléchir les genoux devant lui , et de lui présenter leurs respects et leurs adorations.

La Procession du saint Sacrement.

Qu'est-ce qui pourrait, Monsieur, vous déplaire dans cette auguste Cérémonie , qui rassemble les fidèles autour de son Corps porté comme en triomphe au jour destiné à célébrer sa fête? Vous offenseriez-vous de ce que nous cherchons à faire à Jésus-Christ une réparation authentique de tous les

'jS HUITIÈME LETTRE.

opprobres qu'il souffrit dans les rues de Jérusalem, lorsqu'il fut traîné de consistoire en consistoire , de tribunal en tribunal ? IN'en doutez pas , c'est une des principales intentions de l'Eglise , elle veut lui faire satisfaction de cette injure , et c'est dans cette vue qu'elle le porte publiquement, et le fait suivre de tout le peuple avec des acclamations et des chants d'alégresse. Au lieu que par une inhumanité inouïe il fut couronné d'épines , c'est aujourd'hui une dévotion tendre qui le couronne, ou de fleurs , ou de pierres précieuses : au lieu des cris confus et insensés , qu'une aveugle fureur fît pousser au peuple acharné à sa perte , l'air retentit du son harmonieux des instrumens , d'un agréable concert de musique, et dés bruyantes salves de l'artillerie, si propres à marquer la présence du Dieu des armées: les ris moqueurs et insultans sont remplacés par la piété et la religion peinte sur tous les visages : ce n'est plus une canaille vile et insolente , qui pousse , presse et outrage en mille manières l'innocent opprimé, ce sont les personnes les plus distinguées , Empereurs et Impératrices, Rois et Reines , Princes et Princesses , Gehéraux, et tout ce qu'il y a de plus illustre dans le monde, qui s'empressent de faire au Roi de gloire un magnifique cortège. Je ne vous dis rien , Messieurs, dont vous n'ayez vu de fiéquens exemples sans sortir de l'enceinte de vos murs. Vous vous souviendrez sans doute , et comment pourriez- vous l'oublier ! d'avoir vu plus d'une fois notre incomparable Reine , le flambeau à la main , accompagner chez des malades pauvres et obscurs celui qui est le pain de vie , descendu du Ciel pour communiquer la force aux faibles , et la vie aux mourans ? Vous avez vu le Roi son père, digne père d'une telle fdle , porter dans ces occasions lui-même le dais , et faire par-là un hommage

SUR L EUCHARISTIE. -yg

public de ses grandeurs à celui qu'il sait en être l'unique véritable principe. Le Prince (0 héritier de la Couronne j père du plus aimable de nos l\ois, se trouvant dans cette ville pour des exploits de guerre, et voyant l'air chargé de grosses nuées qui semblaient devoir mettre obstacle à la solennité du jour , dit à un gros d'officiers , que puisqu'une grêle de balles n'empêchait pas de monter à l'assaut , lorsqu'il s'agissait du service et de la gloire du Roi , il ne fallait pas que la crainte de quelques gouttes d'eau arrêtât l'effet de la dévotion publique , sentiment qui intéressa le Ciel à se montrer favorable pendant tout le temps que dura la Procession , après quoi il suivit ses premières dispositions. Vantez-nous , Monsieur , vantez-nous votre tendre amour pour Jésus-Christ , et votre confiance en ses mérites : ce que nous sentons pour lui, nous croyons le manifester beaucoup mieux par des faits et par des actions que par de simples paroles ; nous agissons conformément à notre croyance , c'est notre persuasion qui règle nos devoirs ; et la conformité de notre conduite avec nos sentimens ne fait pas seulement notre justification , mais aussi notre gloire. La foi nous enseigne Jésus-Christ présent, c'en est assez pour ne mettre plus aucune borne à nos respects , et même ( s'il est permis de le dire ) pour nous rendre en quelque façon ingénieux à les lui marquer.

Mais , nous dit-on , il ne se trouve rien de ce culte dans l'Ecriture ; un culte que Dieu n'a p?s ordonné, comment peut-il lui être agréable? Quoi, Monsieur , il n'est point dit; P'^ous adorerez le Seigneur votre Dieu ? Vous attendez-vous que Dieu détaillera toutes les espèces particulières d'adoration qui peu-

(i) 5Iontictir le Due de riour^ognc.

8o IIUITIKME LETTRE.

vent être légilimes ? le précepte général ne les au* torise-t-il pas toutes ? et dès que Dieu n'en détermine aucune , ne les laisse-t-il pas à notre choix ? ou plutôt ne les abandonne-t-il pas aux sages réglemens de l'Eglise ?

Que ne s'est-il trouvé du temps du Roi David quelque homme pensant comme Remnitius ? Voyant ce Prince dans le dessein de transporter l'Arche d'alliance de la Maison d'Obédédom dans la ville de Jérusalem avec grande pompe et magnificence , il n'eût pas manqué de chercher à l'en détourner, en lui remontrant que Dieu n'ayant pas ordonné cette solennité , elle ne pouvait que lui déplaire; mais je doute fort que David eût déféré à cet avis , ou plutôt je tiens pour très-sûr qu'il l'eût parfaitement méprisé ; car David savait fort bien que Dieu prend plaisir à voir honorer ses dons, et aies voir célébrer par des témoignages d'une reconnaissance publique , comme aussi à voir marquer de l'empressement pour se les rendre profitables. Il savait que Dieu était spécialement présent dans l'Arche, que la Manne et les Tables de la Loi s'y conservaient , que l'Arche avait été une source de bénétions pour ceux qui l'avaient retirée chez eux; ainsi plein de respect pour la INIajesté de Dieu qui y habitait , d'estime pour les dons précieux qu'elle renfermait , et d'un désir ardent d'en tirer les mêmes fruits de bénédictions , il crut avec raison devoir faire éclater les sentimens les plus vifs de piété et de religion au transport du plus riche trésor qu'eût Israël. C'est pour cela que, quoiqu'il n'en eût reçu aucun ordre de Dieu, poussé par le mouvement de sa propre dévotion , il ordonna que la cérémonie s'en ferait avec tout l'appareil possible [i.Beg, VI. i5. item I. Parai, xv. a5.) ; il voulut que l'Arche fût accompagnée de sept choeurs de musiciens ,

SUR l'eucharistie. ' 8|

que de six pas en si pas on immolât un bœuf et un bélier, et qu'elle fût conduite au son des trompettes et des timbales et de toute sortes d'instrumens de musique. Le tout se fit ainsi que David l'avait ordonné , et lui-même, pour marquer sa joie et son alégresse, dansait en présence de l'Arche. Si l'orgueilleuse Michol en conçut du mépris dans son cœur pour David son époux , Dieu la punit par une constante stérilité.

L'Eglise a-t-elle moins de raisons de porter avec pompe et magnificence l'Arche de la nouvelle Alliance ? celle-ci est-elle moins une source de bénédictions pour nous que ne l'était celle-là pour les Israélites ? et Dieu y fait-il moins éclater les effets de sa puissance ?Trouverez-vous que la Manne méritait mieux les honneurs d'une célèbre fête, que le véritable pain du Ciel, dont la Manne n'étatt que l'ombre et la figure ? Vous ne blâmerez pas sans doute dans David , ce que l'Ecriture n'en rapporte qu'avec éloge ; et vos Ministres blâmant ce que nous faisons à l'imitation de ce saint Roi, que font-ils autre chose que montrer le penchant qu'ils ont à une téméraire et orgueilleuse critique ?

Mais , nous dit-on , il ne se pratiquait rien de semblable dans les premiers temps du Christianisme. Non , sans doute , Monsieur. Voudriez- vous que les Chrétiens fussent sortis des grottes et des cavernes où ils se tenaient cachés , pour donner le spectacle d'une dévotion publique aux Païens qui les cherchaient pour les mettre à mort ? La sage réserve avec laquelle on croyait devoir parler de nos mystères dans l'assemblée même des Chrétiens , de peur que quelque païen présent ne s'en offensât , n'était certainement pas compatible avec l'éclat de nos cérémonies.

Mais l'exercice de la Religion Chrétienne, ajoute-

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l-on , étant devenu parfaitement libre sous les premiers Empereurs Chrétiens, on ne voit pas pour cela que les Fidèles , maîtres de leurs actions , aient porté l'Eucharistie dans les rues avec l'appareil d'aujourd'hui.

Non , Monsieur , on ne l'a pas fait pour lors , parce qu'il n'y avait pas la même raison de le faire; il ne s'était pas encore élevé jusques-là d'hérésiarques qui combattissent ce divin Mystère ; mais' depuis qu'il y a eu des hommes conjurés contre la présence réelle dans le Sacrement, il était à propos d'instruire d'une manière bien sensible les peuples de ce qu'ils doivent croire. Or , je vous le demande : l'Eglise pouvait-elle en faire une leçon qui fût plus à la portée de tous , même des plus simples et des plus stupides , que par la célébrité de cette fête ? tous en effet quelque borné que soit leur esprit, ne comprennent-ils pas aisément, à la magnificence de la pompe , que l'Eglise a en vue d'honorer quelque chose de plus que du pain ? et peuvent-ils ne pas croire l'Eglise très-persuadée de la présence de celui à qui ils voient rendre tant d'honneurs? Il convenait donc très-fort d'ordonner dans le treizième siècle un nouveau triomphe à Jésus-Christ, parce qu'il venait de triompher d'une nouvelle erreur très-pernicieuse. On nous reproche que cette cérémonie est une nouveauté ; oui , Monsieur, il faut bien que c'en soit une , puisque c'est un remède contre une nouvelle erreur.

Mais en voilà assez sur la Procession ; comme elle présente tout ce que le culte extérieur de l'Eucharistie a de plus éclatant, et que par-là même elle nous attire plus spécialement la critique de vos Ministres, j'ai cru devoir la justifier dans votre esprit , persuadé que si je réussissais de ce côté-là , vous n'auriez plus de difficultés sur tout le reste.

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Je finis , Monsieur , et c'est en vous priant de décider vous-même , si eu égard à tout ce que j'ai eu l'honneur de vous dire , nous avons sujet de craindre que Jésus-Christ ne nous fasse au jour de son jugement des reproches sur les honneurs que nous lui aurons rendus dans l'Eucharistie. Quoi ! Jésus-Christ nous blâmera d'avoir cru ce qu'ont cru avant Luther tous les Chrétiens de la terre, et cela depuis les premiers temps du Christianisme? il nous blâmera d'avoir captivé notre entendement sous le joug de la foi , en faisant céder les difficultés de la raison à l'autorité de sa divine parole prise dans le sens le plus naturel et dans l'unique sens naturel ? notre déférence aux décisions de six Conciles généraux (0 sera punie par celui qui nous a ordonné d'écouter l'Eglise ? la conformité de notre conduite au sentiment de notre croyance est ce qui l'aigrira contre nous ? il nous saura mauvais gré d'avoir témoigné le cas que nous faisons du gage précieux de son amour , de nous être laissé aller aux mouvemens de notre reconnaissance, d'avoir suivi l'instinct de notre profond res-i pect pour sa personne , de n'avoir consulté que notre tendre amour pour lui , de l'avoir fait éclater par de pieuses industries , d'en avoir fait le principe, la règle et le motif de tout le détail qui compose notre culte? Ah! Monsieur, ce serait bien mal connaître notre aimable Sauveur , que d'en faire un Juge qui se tiendrait offensé des empressemens les plus vifs que nous aurions eus de lui plaire ? S'il a promis de ne pas laisser sans récompense ce qu'on aura fait au moindre des siens{3JattJi.

(i) Conc. Rom. sub Nicolao II. T. 9. éd. Labb, p, 1011. Conr. Rom. sub Gregor. VII. T. 10. p. ZjS. Conc. Rom. sub Innoc. III. T. n. part. 1. p. 140. Conc. Con.stantiense , T. 12. p, 45. Conc. Florent. T. i5« p. 575. Conc. Trid, Sc?s. i3, Can. 2.

XXV. 4o. ) , comment ne nous tiendra-t-il pas compte de ce que nous aurons fait pour honorer sa propre Personne?

Mais vous, Monsieur, comment justifierez-vous le parti que vous avez pris de quitter une doctrine qui était universellement établie avant votre séparation ? Citerez-vous pour vous disculper la pure parole de Dieu , que vous prétendrez avoir suivie à la lettre , tandis que votre Juge vous fera voir que vous avez rendu ces paroles : Ceci est mon Corps ^ par ces autres paroles, Dans ceci, ou avec ceci , sera mon Corps , lorsque vous le recevrez par la manducatiou ; car c'est là le précis de votre doctrine clairement énoncée. Est-il permis de se jouer ainsi de TEcriture , tandis qu'on se vante d'y être inviolableraent attaché ? Est-ce assez de quelques difficultés incommodes à la raison humaine , pour autoriser le mépris des décisions de l'Eglise? Recevoir une vérité révélée, et ne pas recevoir l'autre , qu'est-ce autre chose que partager sa foi ? et qui ne sait qu'une foi partagée ne vaut guère mieux que l'infidélité même , et que l'une et l'autre seront également un très-juste sujet de condamnation ?

Fasse le Ciel , Monsieur , qu'éclairé de ses lumières, vous reconnaissiez avec nous une présence, qui , quelque incompréhensible qu'elle soit, nous est notifiée par les voies les plus sûres et les plus propres à nous faire connaître la révélation divine , et que persuadé de cette présence , vous vous joigniez à nous pour rendre à Jésus-Christ les mêmes devoirs que notre persuasion ne nous permet pas de lui refuser. C'est le plus ardent de mes souhaits , comme étant la chose la plus capable de glorifier Jésus-Christ , de vous mettre à couvert de ses re-

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doutables arrêts , et de vous combler de ses grâces et de ses plus abondantes bénédictions. J'ai rhgnneur d'être avec un profond respect , et avec tout le zèle imaginable , etc.

On trouvera à la fin de la septième Lettre , les Certificats de M. l'Abbé de Targny , Bibliothécaire du Roi , et du R. P. Louis l'Emerault , Bibliothécaire de l'Abbaye de Saint-Germain-des-Prés , qui attestent que les Pièces citées dans cette huitième LettreJ, touchant la croyance et les usages des Nations Orientales, se trouvent en^original dans lesdites Bibliothèques.

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